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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 15:54

La découverte du corps du jeune Mads Birk dans une maison à vendre, entouré de guêpes, met la police danoise sur les dents : à quelques jours de Noël, il semble en plus que l'assassin ait décidé de menacer le commissaire Daniel Trokic. Lorsqu'un second garçon disparaît, la crainte d'avoir affaire à un tueur en série s'aggrave.

 

niddeguepes

 

Après quelques déceptions dues à des policiers scandinaves, je ne donnais pas cher de ma motivation à lire encore à l'avenir des thrillers ou polars venus du froid. Fort heureusement, ce titre, lu ce week-end à l'occasion du Challenge des 1000 (dont vous pouvez lire le compte-rendu ici), m'a réconcilié avec le genre !

 

Il faut dire que le commissaire et ses adjoints savent y faire, confrontés à des histoires sordides. Les témoins qu'ils interrogent n'y mettent pas toujours du leur ! Interrogée à propos d'un voisin psychologiquement fragile, voici ce que répond une femme : 

"" Et non, je n'ai rien remarqué de particulier ces derniers temps. Ce n'est pas la première fois qu'il se tape la tête contre les murs, alors de ce point de vue-là, rien d'exceptionnel."

Trokic n'était pas certains d'avoir un jour rencontré quelqu'un dont le seuil de tolérance aux comportements anormaux soit aussi élevé. Ou alors c'était la personne la plus naïve qu'il ait jamais vue."

 

Même héros de l'histoire, Trokic n'occupe pas le haut du pavé, et chacun des personnages de l'enquête se verra réserver une place identique sous la plume de l'auteur. M'est avis que l'auteur pourrait bien ouvrir là une saga : je suivrais avec plaisir le devenir de ce commissariat.

 

Je poussais il y a quelque temps ma complainte contre les personnages censés jouer les gentils mais eux-mêmes torturés par des souvenirs qui les hantent. Trokic en fait partie. Lisa, une de ses collaboratrices, juge ainsi l'attirance qu'il provoque : "Que plusieurs secrétaires lui courent après, ce n'était pas aberrant dans le monde de Lisa, mais on trouvait toujours des espèces de kamikazes prêtes à se crasher pour ce genre de type renfermé." Mais l'auteur n'accorde pas une place prépondérante aux défauts de son commissaire, n'en faisant pas un prétexte à agir de manière borderline.

D'ailleurs, le ton extrêmement détaché pour lequel a opté l'auteur permet de porter un regard nouveau sur ce style étonnant : une jeune recrue du commissariat raconte ainsi très sobrement sa jeunesse : "Mon père et ma père buvaient quand j'étais petit. Mon père a abattu ma mère avec un fusil à canon scié juste avant que je quitte l'école. C'est moi qui l'ai trouvée. Elle était par terre dans la cuisine, une cocotte à la main, et mon père faisait une réussite." Point. Avouez que ça a de quoi scotcher ! 

 

Si l'enquête et sa résolution sont menées plutôt sans surprise, la mayonnaise prend bien grâce justement à ce ton décalé qui rend l'ensemble agréablement fluide. On en redemande !

 

Merci à Sophie, des éditions Mirobole, pour l'envoi de ce titre qui est l'un des premiers de leur catalogue.

Le soin apporté à la couverture et à la typographie, ainsi qu'à la mise en page, en font un livre très soigné qui présage du meilleur pour l'avenir de cette toute jeune maison d'éditions !

J'ai tardé à lire ce livre, au même titre que le reste de ma PAL, mais je vais tâcher de rattraper ça !

 

Mylène, Kincaid, Noémie, Nelfe, Kalhan, et Dup ont aussi leur avis !


 


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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 14:24

Après avoir économisé pendant des lustres, Manda, Kylah, Chell et Kay retrouvent leur amie d'enfance, Finn, pour des vacances qu'elles s'imaginent idéales. Accompagnées d'Ava, une amie londonienne de Finn, les jeunes femmes ont bouclé leurs gigantesques valises et n'ont plus qu'à se décider au dernier moment sur la destination vers laquelle s'envoler... Mais à l'aéroport, les bourdes s'enchaînent et Manda perd son passeport. Entre compromis et perte de temps, la bande de six va devoir commencer par quelques jours à l'hôtel, à l'aéroport !

 

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Comme dans Les Amants passagers , tout commence à l'aéroport... sauf qu'ici, on y reste !

 

J'ai lu les 515 pages de ce roman en oscillant constamment entre envie de meurtre et compassion extrême : Manda est un personnage terrifiant, qu'on a envie d'étrangler à chaque instant, et l'on ne peut qu'admirer la patience incroyable dont font preuve ses "amies" pour la supporter ! Il faut dire que le vase clos dans lequel vivent les six jeunes femmes va permettre à chacune de révéler ses pires travers... et c'est notamment le cas de Manda.

 

Là où les autres (et tout individu normalement constitué) baissent la voix, respectent autrui dans l'espace public, font preuve de considération les uns avec les autres, Manda ne montre aucune retenue ni la moindre gêne. Les remarques gratuites fusent à l'encontre des touristes en partance comme elles, des serveurs, etc, mais les piques les plus acerbes et cruelles visent ses amies, qu'elle accuse des pires maux de la terre. Je vous laisse admirer la sublime poésie de la prose mandienne : "Regarde Kay. Kay, Kay la fille du docteur, elle torpille son assiette comme une morte de faim. Cette gnasse en rut. T'as la dalle, Kay ? Comment ça se fait ? Hein ? T'es claquéé, Kay ? Comment ça se fait ? Tu as des poches sous les yeux, on dirait deux vieux slips noirs de petites pétasses." (p. 482)

 

Finalement, Manda se révèle être un parfait stéréotype : celui de la femme bornée et dont l'univers ne s'étend pas plus loin que son salon de coiffure et le bar qu'elle fréquente assidûment. Elle qui n'est pratiquement jamais sortie de son trou perdu écossais entend reproduire partout ailleurs le même mode de vie que chez elle. Elle a du mal à comprendre les études de philo de Finn et Ava, à envisager la possible homosexualité ou bisexualité de certaines d'entre elles come autre chose q'une perversion réservée aux soirs de beuverie, à croire que le bonheur pourrait ne pas être d'avoir accès aux carrés VIP des boîtes de nuit de son canton.

 

C'est donc aussi pour cela que les autres filles font preuve d'autant d'indulgence à son égard, se disant qu'elles auraient pu être Manda si elles n'avaient jamais eu la chance de s'ouvrir au monde en voyageant ou en étudiant.

 

Mais à l'autre extrémité de l'échelle sociale, Ava, riche, belle et intelligente, finit par se montrer elle aussi sous un jour pas très reluisant non plus. Plus perverse encore parce qu'elle maîtrise la rhétorique, elle méprise avec un air royal les goûts médiocres de ses compagnes de voyage. C'est à Ava que l'on pardonne le moins : elle exerce un clivage avec les autres, comme si elle valait mieux qu'elles alors que ses propres démons sont plus dangereux que tous ceux des autres réunis.

 

Heureusement, la majorité de l'oeuvre prête à sourire, et on finit par se demander si les vacances tant attendues auront bien lieu ! A ce propos, j'ai trouvé le rebondissement final de grande qualité. En faisant appel à un événement historique, l'auteur inscrit l'oeuvre dans une dimension tragique et nous fait comprendre que la belle innocence de ces six jeunes femmes va devoir laisser place à une prise de conscience du monde duquel elles se sont coupées ces quelques jours durant.

 

Les Etoiles dans le ciel radieux est une belle surprise : il ne s'y passe grand chose en terme d'action véritable, mais on sourit au gré des émotions qui se catapultent chez les personnages, avant d'être assommé par une fin aussi inattendue qu'efficace et douloureuse. Well done, Mr. Warner !

 

Livre lu dans le cadre du Prix du meilleur roman des lecteurs de Points.

Et par ici, pour le même Prix, Accabadora de Michela Murgia !

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 16:13

Pongo Twistleton se trouve dans une position délicate : après avoir perdu au jeu, il doit éponger ses dettes, mais il se trouve à court de liquidités et décide, pour éviter qu'une brute épaisse ne lui fasse passer un sale quart d'heure, d'aller réclamer de l'argent à son oncle Lord Ickenham. S'apprêtant à demander à son ami Horace Davenport, celui-ci lui a refusé tout prêt : Valerie, la soeur de Pongo, venait justement de rompre ses fiançailles avec lui. Lord Ickenham, pas disposé non plus à lui prêter de l'argent, fomente un complot consistant en l'usurpation de l'identité du psychiatre Roderick Glossop pour s'introduire au château de Blandings, chez Lord Emsworth, et sauver le cochon préféré de celui-ci, que l'oncle d'Horace, Lord Dunstable, a prévu de dérober... Lord Emsworth, reconnaissant, pourrait alors verser à Pongo et à son oncle la somme tant désirée. Mais évidemment, rien ne se passe comme prévu !

 

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Si j'adore les Wodehouse (et que vous commencez à le savoir), ce volume-là a peut-être bien été celui dont l'action, particulièrement étoffée, a été la plus difficile à résumer ! Les multiples usurpations d'identité, les quiproquo, les oncles par paquets m'ont parfois embrouillée au point que j'avais du mal à retenir qui est qui.

Mais le plaisir éprouvé à lire un Wodehouse se renouvelant sans cesse, celui-là ne fait pas exception, et j'ai retrouvé en l'oncle Fred, l'oncle de Pongo, de nombreux traits de caractère m'évoquant Wooster dans d'autres volumes. Un régal !

 

Ce sont encore une fois des relations amoureuses qui sont à l'origine de l'intrigue. Valérie, soeur de Pongo et nièce d'Ickenham, s'offusque qu'Horace l'ait fait suivre pour la surveiller et rompt leurs fiançailles : "C'est une fille remarquablement intelligente.

- Remarquablement. J'ai parfois pensé que ce serait une chose admirable si elle s'étranglait."

 

Chacune des disputes qui opposent les personnages, notamment sur des questions d'argent, a beau être virulente, elle se conclut toujours par une formidable démonstration de flegme britannique : "La question est posée de savoir si Ricky était excusable, dans ces circonstances, de dire à M. Pott qu'il était un abominable menteur et que seul le fait d'être une informe petite déjection qu'aucun homme soucieux de sa dignité ne voudrait toucher avec une perche, lui évitait d'avoir le cou tordu. M. Pott, qui trouvait que Ricky était sans excuse, se leva avec humeur.

- Jeune Gilpin, dit-il, je vous souhaite le bonsoir."

 

D'ailleurs, Lord Ickenham sent qu'il aurait tort de ne pas reconnaître sa stratégie : "Vous m'accusez d'avoir usurpé l'identité d'un autre, n'est-ce pas, et d'abuser de l'hospitalité de Lady Constance en pénétrant chez elle sous un faux nom. Vous affirmez délibérément que je suis un menteur et un imposteur ?

- Exactement.

- Eh bien vous avez raison, mon cher, tout à fait, reconnut Lord Ickenham.

 

Je crois bien que Lord Ickenham a de toute façon été mon personnage favori du début à la fin. Admirez la perspicacité qu'il met dans l'élaboration de son rôle supposé de psychiatre : "Vous amenez la conversation sur les oiseaux, par exemple, et si le type déclare qu'il est un canari, saute sur la cheminée et se met à chanter, vous sentez qu'il y a quelque chose qui ne va pas."

Il n'est jamais tendre avec Pongo, qu'il aime pourtant tendrement. Il le présente ainsi à une jeune femme : "Voilà Pongo, Polly, dit-il en rejoignant la jeune fille. Il est possible qu'il ait une idée. Il a failli en avoir une il y a trois ans."

 

Vous l'aurez compris, après ces citations : un Wodehouse n'est jamais décevant ! Voilà qui me donne envie de retrouver mes chers Jeeves et Wooster !

 

D'autres Wodehouse en ces lieux :

Ca va, Jeeves ?, P.G. Wodehouse

Jeeves, au secours !, P.G. Wodehouse

Pas De Pitié pour les neveux, P.J. Wodehouse


Et quelques pages comptant déjà pour le Challenge S.T.A.R. organisé par Liyah :

67 (de la page 168 à la page 235) plus exactement, lues le vendredi 6 avril !

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 11:37

Jeeves n'est pas dans son assiette, Wooster le sent. Alors qu'il a réussi par le passé à démêler des imbroglios qui ont sauvé plus d'un couple, Jeeves manque désormais d'inspiration. Du coup, son employeur, le fringant Bertram Wooster, décide de porter lui-même main forte au pauvre Gussie Fink-Nottle, trop timide pour demander sa main à la belle Madeline Bassett : il se trouve que cette dernière va passer quelques jours de vacances chez la tante de Wooster, Dahlia ! Les deux compères se retrouvent donc à Brinkley Court, demeure de l'oncle Tom et de Tante Dahlia, l'un pour faire sa demande, l'autre pour se repaître des petits plats du chef français employé par son oncle, Anatole. Séjournent eux aussi à Brinkley Court la cousine de Wooster, Angela, et son fiancé, Tuppy Glossop... mais ils viennent justement de rompre leurs fiançailles, Glossop n'ayant pas voulu croire qu'Angela avait failli mourir dévorée par un requin lors de ses récentes vacances sur la Côte d'Azur. Wooster se voit donc investi d'une deuxième mission, réconcilier les deux amoureux. 

 

2011-05-13-12.46.11.jpg(Vous noterez l'étrange similtude entre cette couverture et celle-ci... Un Jeeves peut en cacher un autre !)

 

Que peut-il bien arriver à Jeeves, ce valet d'habitude si futé ? Bertram se fie généralement à son avis éclairé ! Voilà que ce dernier estime que Jeeves n'a plus une réflexion si aiguisée qu'auparavant... Il va donc décider de prendre en main le problème de Fink-Nottle, "un de ces phénomènes comme on en rencontre de temps en temps dans l'existence et qui ne peuvent supporter Londres. Il vivait à longueur d'année, couvert de mousse, dans un petit village retiré du Lincolnshire".

Même s'il a visiblement passé une soirée arrosée, Wooster propose une solution pour arranger les affaires de Fink-Nottle ("On n'a jamais vu sherlock Holmes refuser de recevoir un client sous prétexte qu'il avait passé la nuit précédente à fêter l'anniversaire du docteur Watson.") Mais Tante Dahlia ne semble pas ravie de la prise d'initiative de Wooster et lui envoie des télégrammes enflammés ; jugez un peu :

"Prends renseignements pour savoir si étrangler un neveu idiot constitue crime. Considère votre conduite dépasse limites. Quel toupet m'infliger ainsi votre répugnant ami? Prenez-vous Brinkley Court pour colonie lépreux ? Qui est ce Fink-Bottle ? Tendresses."

La réponse à l'explication de Wooster est du même tonneau :

"Très bien. Suppose vous n'avez pas tort. Vous considère ver de terre, perfide et méprisable, chiffe molle peureuse, mais engage Spink-Bottle. Restez où vous êtes. Espère autobus vous passera dessus. Tendresses.

 

Vous vous doutez que rien ne se passera à Brinkley Court selon les prédictions de Wooster... "Si j'avais été debout, j'aurais certainement chancelé ! Mais il n'est pas très facile de chanceler quand on est calé dans un profond fauteuil." D'ailleurs, Tante Dahlia en profitera pour en rajouter une couche...

"Alors, voudriez-vous faire quelque chose pour moi !!!!!,

- Dites toujours.

- Cela ne vous prendra pas longtemps. Vous voyez le chemin qui passe derrière la serre ? Si vous le prenez vous arriverez à une mare.

- Je vois.

- Bon. Alors vous prendrez un bout de corde solide et vous irez jusqu'au bord de la mare.

- La mare. Je vois.

- Vous tâcherez ensuite de trouver une bonne grosse pierre ou à défaut une brique assez lourde.

- Je vois, dis-je, bien qu'en réalité je ne voyais rien du tout et fus complètement perdu. Pierre ou brique. Bon. Alors ?

- Alors, dit la tante, je voudrais que comme un gentil garçon vous attachiez la brique à un bout de la corde, que vous enrouliez l'autre bout autour de votre satané cou, que vous sautiez dans la mare et que vous vous noyiez. Dans quelques jours je vous ferai repêcher et enterrer pour pouvoir danser sur votre tombe."

 

Vous l'aurez compris, les relations tante-neveu sont un des régals de ce volume des aventures de Jeeves et Wooster, illustrées par des échanges de répliques savoureuses, cruelles en apparence mais qui ne font que traduire l'agacement que peuvent ressentir les victimes des pseudos plans futés de Wooster. Heureusement, Jeeves viendra finalement remettre de l'ordre là-dedans, et Wooster s'apercevra que son valet avait raison depuis le début ! Décidément, après six volumes lus dans cette série de Wodehouse, je suis plus que jamais fan !

 

nécrophile

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et un deuxième Wodehouse dans le cadre du Challenge initié par Fashion !

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 20:40

Pensant détenir un filon prometteur avec le projet de site Internet qu'il a en tête, Matthew Prior démissionne de son poste de journaliste pour se lancer dans les... conseils boursiers poétiques ! Mais oui, que pourrait-on davantage avoir envie de lire en ces temps de crise que les cotations de Bourse en vers ?

Le temps de se rendre compte que son idée est en fait désastreuse, le journal qu'a quitté Matt pour de nouveaux horizons licencie à tour de bras : Matt ne retrouve son ancien poste que pour quelques mois avant de se retrouver sur le carreau. Devant faire face aux échéances de l'emprunt monstrueux contracté pour l'achat de leur maison, ainsi que l'hypothèque qui s'y ajoute, Matt refuse d'inquiéter davantage sa femme Lisa et tente de trouver une solution d'urgence pour mettre la main sur plus de trente mille dollars en moins d'une semaine... Il faut dire que Lisa a l'esprit ailleurs : Matt la soupçonne d'entretenir une liaison virtuelle avec l'un de ses ex, Chuck. Déprimé, stressé, acculé, Matt opte pour la dernière des solutions qui s'offre par hasard à lui, devenir... dealer !

 

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Comment croire que la crise financière dans laquelle les Etats-Unis ont sombré avant qu'elle n'atteigne l'Europe aurait pu faire un bon sujet de fiction ? Mieux, qu'on en rie ?

Pourtant, ça marche, et pas qu'un peu !

 

Le style de Jess Walter peut surprendre, d'emblée : le rythme, soutenu, enlevé, traduit l'état de stress dans lequel Matt baigne en permanence. On a l'impression de devoir mener sa course contre la montre, avant la saisie éventuelle de sa maison qui le laisserait sans-abri, lui et sa famille. La situation de Matt n'a rien d'enviable : un père sénile à charge, deux enfants aux antipodes l'un de l'autre, une femme qui s'éloigne peu à peu et un mariage qui prend l'eau, voilà la partie émergée de l'iceberg que viennent compléter les dettes incommensurables du couple.

 

Que sauver ? Tout cela vaut-il la peine de se battre ? Loin de s'apitoyer sur son sort, Matt pose un regard franc sur les erreurs qu'il a commises, celle de quitter son travail étant la pire de toutes. D'ailleurs, ce regard a parfois de quoi surprendre : Matt ne se leurre pas sur la vie que mèneront ses deux garçons plus tard, et par extension tous les gamins de cette génération : il n'hésite pas à les imaginer en train de fumer quelques pétards, à leur tour... Etonnant !

 

Ce sujet ne vient pas au hasard dans la bouche de Matt : sorti un soir à la supérette du quartier, il croise la route de deux drogués un peu paumés, et surtout perchés dans leur bulle enfumée... Par un concours de circonstances, et aussi sûrement un peu par dépit, Matt les suit et s'embarque dans une histoire de trafic de drogue sans comprendre qu'il se lance là dans des actes totalement illégaux. Matt remarque d'ailleurs, avec son oeil de journaliste observateur, que l'ensemble des dealers et consommateurs à l'époque actuelle ont tous des looks de gendre idéal...

 

La Vie financière des poètes est l'occasion, par le prisme de la crise financière de la fin des années 2000, de mettre le nez dans les défauts d'une société qui a causé sa propre perte sans se rendre compte de la mauvaise pente qu'elle suivait. Mais on sourit, on rit en voyant nos propres torts se dessiner dans la vie de Matt... et on se plaira à suivre un dénouement qui ne sera que justice, avec une touche d'espoir en bonus !

 

Merci aux éditions 10-18 et à la librairie Dialogues pour ce roman aussi nouveau, tant dans son sujet que dans la manière de l'aborder !

 

dialogues

 


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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 14:13

Bertram Wooster, notre dandy préféré, est toujours l'heureux patron de Jeeves, valet distingué et flegmatique comme on n'en fait plus. Jeeves est mis à contribution par l'oncle de Wooster, Percy, pour l'aider à organiser une entrevue secrète avec un homme d'affaires de ses confrères, entrevue devant aboutir à la signature d'un juteux contrat.

Bien évidemment, rien ne se passe comme prévu : alors que la résidence d'été de Wooster devait servir de lieu de rencontre entre les deux hommes, Edwin, le boy-scout fils de Percy, met le feu par accident à la maison. Jeeves va donc devoir trouver un autre manège ! Wooster, pendant ce temps, est pris à parti par la fille de Percy, la terrifiante Florence, qui s'est mis en tête de l'épouser, et par Nobby, fille biologique de Percy, que son père ne laisse pas épouser l'homme qu'elle aime, l'écrivain Boko Fittleworth : Jeeves et Wooster vont avoir fort à faire pour se débrouiller de toutes ces histoires...

 


Jeeves, au secours !

 

Wodehouse, je vous en ai déjà parlé avec  Pas De Pitié pour les neveux. Depuis, j'en ai lu d'autres, sans prendre le temps de vous en parler ; je les ai même dévorés : il y a eu Bonjour, Jeeves, Gardez le sourire, Jeeves ! et Jeeves et la saison des amours. J'ai laissé un peu d'eau couler sous les ponts et revoilà Wodehouse avec ses deux héros complémentaires, illustrant les rapports maître et valet déjà exploités à de nombreuses reprises en littérature.

 

Comme à son habitude, Wooster est mis à contribution dans une affaire impliquant l'une de ses tantes : ici, il s'agit pour lui d'aider oncle Percy, l'époux de sa tante Agathe, sa "redoutable tante qui est femme à avaler des tessons de bouteille et à organiser des sacrifices humains sous les rayons de pleine lune." Charmant portrait de femme, isn't it ?

 

Pauvre, pauvre Wooster... Obligé donc d'aider Percy, voilà qu'il est en plus pris pour cible par Florence Craye qui veut l'épouser, alors même qu'il a réussi à rompre leurs fiançailles il y a quelques années ! Florence remet le couvert par dépit, déçue qu'elle est pour l'instant par son fiancé Stilton, qui n'a pour ambition que de rester le gendarme local. Wooster va devoir oeuvrer pour réconcilier les deux tourtereaux, de peur de passer sur le grill !

Il lui faut aussi aider la jeune Zénobie, alias Nobby, qui voudrait épouser Boko : la ruse finale de Jeeves pour décider l'oncle Percy est l'une des plus efficaces que j'ai lues dans ces cinq premiers Wodehouse de ma collection !

 

C'est sûr, 2011 s'annonce encore comme une année Wodehouse !

Cette lecture est la première s'inscrivant dans le cadre du challenge de Fashion : cette année, je me tape des auteurs morts !

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 12:04

Enfermé depuis presque trois ans à la prison de Green River pour un viol qu'il n'a pas commis, Klein apprend par la bouche du directeur qu'il sera libéré le lendemain. C'était sans compter sur le coup de folie du directeur, frustré de n'avoir su mener à bien sa mission de réhabilition des milliers d'hommes sous sa garde et qui est bien décidé à les laisser se massacrer en mettant la prison à feu et à sang. Après avoir poussé les hommes à bout et les avoir humiliés dans un discours méprisant, le directeur se retire dans son bureau et observe... Les clans se révoltent : Blancs, Noirs, Latinos se livrent une guerre sans merci dans laquelle Klein se retrouve pris entre deux feux. Médecin bénévole de l'infirmerie, il s'indigne à l'idée que les mutins aillent assassiner dans leurs lits les malades du Sida : à ses risques et périls, s'associant à un prisonnier schizophrène et un gardien un peu secoué, Klein tente de se rendre à l'infirmerie, dans laquelle se trouve en plus coincée le Dr Juliette Devlin, une psychiatre qui se découvre des affinités avec Klein et qui se trouve être la seule femme de toute la prison au milieu de centaines d'hommes en furie. 

 

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Voici un livre qui patientait depuis six mois dans ma PAL après avoir été acheté à Lyon lors du salon Quais du Polar 2010 : dédicacé par son auteur, l'échevelé Tim Willocks, il s'est avéré bien meilleur que ce que j'aurais pu imaginer...

 

Tim Willocks nous plonge dans un milieu carcéral bien plus cru et impitoyable que ce que l'on peut s'imaginer : sévices corporels, humiliations, rapports sexuels forcés, règlements de compte sont monnaie courante entre des prisonniers de deux rangs, dominés et dominants. On assiste impuissants à ces jeux cruels, jouissifs pour les dominants, inévitables pour les dominés résignés. Klein, de par son activité à l'infirmerie, s'est fait respecter et évite de son mieux les prisonniers les plus dangereux. Adepte des arts martiaux, il développe une stricte philosophie de vie et se force à se préserver avant les autres, contrairement à ce que la pratique de la médecine devrait lui commander.

Mais son attirance grandissante pour Devlin le conduit à prendre parfois des risques inconsidérés, et il va devoir laisser s'ouvrir la carapace qu'il s'était construite. Drôle de personnage que ce Dr Devlin, symbole absolu de la féminité, qui transcende son rôle de femme par la multitude de ceux qu'elle doit jouer pour les détenus : collègue, amante, mère, fantasme inaccessible, elle assume toutes ces facettes avec brio dans un contexte excessivement dur et stressant, tant et si bien que les hommes finissent par la trouver aussi dure qu'eux. Le plus beau compliment qu'elle recevra se révèlera être "sacré fils de pute".

 

L'écriture de Willocks, ni complaisante ni racoleuse, trouve le ton juste pour décrire un monde étrange, où les lois n'ont plus cours, où la violence nécessaire est le seul mode de survie adopté par des hommes privés de tout espoir. Willocks décrit aussi bien cette violence que les scènes de passion charnelle : tous les personnages (prisonniers, gardiens, innocents et coupables) semblent vivre dans la même fureur, dans l'instantanéité la plus pure qui leur permet d'échapper à des projections dans l'avenir, parfois bien illusoires.

 

Une lecture marquante que celle de Green River, donc, par petites touches, sans pouvoir absorber tout ce déchaînement de passions d'une traite. Un vrai coup de coeur pour moi, violent et marquant ; une claque monumentale. James Ellroy dit de ce thriller qu'il est "étourdissant. Peut-être le plus grand roman jamais écrit sur la prison".

 

Pimprenelle elle aussi a apprécié sa lecture !

En prime (sans mon prénom), la dédicace de l'auteur, parachevée par la devise latine de la prison, Virescit vulnere virtus (Le courage est renforcé par la blessure) :

 

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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 23:51

Jeremiah et Ellie sont tous deux ados et fréquentent le même établissement scolaire huppé, réservé aux fils et filles de bonne famille et/ou fortunés. Leurs points communs s'arrêtent là : elle est blanche, il est noir ; les parents de Jeremiah sont divorcés, ceux d'Ellie toujours mariés ; Jeremiah est très proche de sa mère alors qu'Ellie ne comprend pas la sienne...

Pourtant, les deux ados se croisent au lycée et deviennent rapidement amoureux l'un de l'autre, et se posent de multiples questions sur la façon de gérer leur histoire d'amour naissante face à leurs familles.

 

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La couverture est jolie et bien pensée. Mais la jeune fille paraît plus niaise que notre Ellie !

 

Je dois l'avouer avant d'aller plus loin : j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps en arrivant à la fin de l'ouvrage. Vous pouvez rire et me jeter la pierre : je suis une ado vieillissante irrécupérable. Mais quelle fin, mes amis, quelle fin ! Sans trop en dire, elle est d'une tristesse terrible, trop terrible même !

 

Pourtant, en y regardant de plus près, il faut avouer que le livre souffre de quelques défauts. L'histoire d'amour débute d'une manière très convenue, vue et revue. Notre couple d'ados est bourré de clichés sur la différence, quelle qu'elle soit. En réalité, ce ne sont que les défauts des qualités du livre (c'est clair ?) : je le dis haut et fort, nous, les filles qui aimons les films et les histoires d'amour, on adore les histoires d'amour impossibles ou contrariées. La preuve en images :

 

http://2.bp.blogspot.com/_d1cfSEIe8fQ/SwRPJ-vc5wI/AAAAAAAAI7U/ebxdYdQ_zHs/s400/loveactuallypuba.jpgLove Actually

 

http://www.premiere.fr/var/premiere/storage/images/cinema/photos/themes/les-baisers-de-cinema/node-889756/10537143-1-fre-FR/image_reference.jpgQuatre Mariages et un enterrement

 

http://img2.timeinc.net/ew/dynamic/imgs/070727/tearjerkers/romeo_l.jpgRoméo et Juliette

 

http://d3.img.v4.skyrock.net/d3b/sbata-2008/pics/1821368839_3.jpgTitanic


J'en passe et des meilleures. Ah, Héloïse, Abélard, Tristan, Iseult et tous les autres...

Alors voilà, ce n'est pas nouveau mais c'est une belle histoire d'amour contrariée qui devrait encore faire pleurer des milliers d'adolescentes (attardées mais pas que) !

 

Stephie et Clarabel l'ont lu aussi récemment.

Merci à Cécile, de chez Hachette Jeunesse, pour cet envoi qui a atteint son but !

 


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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 05:12

Oui oui, Wodehouse. Le même qui vous a posé problème lors du concours organisé à l'occasion du premier anniversaire de mon blog. Non non, ne partez pas^^

 

J'en ai commencé la découverte avec ce premier volume des aventures de Jeeves et Wooster, qui est en fait le dernier. L'inconvénient d'acheter des livres d'occasion sans faire attention...

 

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"Bon, vas-y, dis-nous plutôt de quoi ça parle !"

 

Bertram Wooster se découvre un beau matin des boutons sur la poitrine. Sur les bons conseils de son valet Jeeves, il prend rendez-vous chez un docteur, qui lui préconise quelques jours de repos à la campagne. Wooster se prépare donc à aller passer quelques jours chez sa tante Dahlia.

Mais il se trouve que leur séjour au calme va se révéler plus chaotique que prévu ! Des courses de chevaux sont le centre de l'attraction locale et Tante Dahlia, qui a misé un sacré paquet d'argent sur un cheval en réalité pas vraiment doué, demande à Bertram de l'aider à la faire gagner, en allant dérober chez l'adversaire le chat qui remonte le moral du cheval favori. Là encore, rien ne sera si aisé...

 

Je regrette de ne pas vous avoir parlé de ce livre plus tôt, pour la simple et bonne raison que j'ai eu un véritable coup de coeur pour le style de Wodehouse. En revanche, ne tenant pas de carnet de lecture ou de feuille de route, je ne me souviens pas des bons mots que j'aurais pu relever... Il faudrait que j'y remédie pour les prochaines fois !

Au fur et à mesure que nous avançons dans la lecture, les rebondissements s'enchaînent, et on va d'imbroglio en imbroglio. La galerie des personnages est savoureuse : l'ex-fiancée de Bertram est un véritable Cerbère, le nouveau fiancé de celle-ci une brute épaisse... On multiplie les occasions de rire, entouré de personnages aussi spéciaux ! J'ai aussi été surprise de trouver, dans la bouche de Bertram Wooster, tant de locutions latines ! Voilà une raison de plus d'apprécier le personnage !

Je regrette simplement de ne pas avoir eu droit à plus d'interventions de la part de Jeeves, grand absent de ce roman : il fait quelques apparitions remarquées, donne quelques conseils judicieux mais se borne surtout à acquiescer aux remarques de son maître. J'attends mieux des prochains , surtout que le personnage nous est présenté comme le flegme anglais personnifié : sa seule réaction, à chaque nouvelle sottise de son maître, est de hausser imperceptiblement un sourcil !

 

J'ai remarqué, à ce propos, que mon libraire possède l'intégrale parue chez Omnibus... Alléchant !

En attendant, me voilà partie pour visionner quelques épisodes de la série Jeeves And Wooster, avec Stephen Fry et Hugh Laurie dans les rôles titres ! Voilà qui est prometteur !

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 18:43
Depuis que j'ai découvert le rayon des auteurs anglo-saxons à la bibliothèque municipale, je passe des heures à fouiner à la recherche de pépites ou de livres cultes que je n'ai jamais lus. Cette fois, j'ai sauté sur l'occasion de découvrir cette pièce de théâtre dont le titre m'a toujours fascinée...

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"Bon, vas-y, dis-nous plutôt de quoi ça parle !"

Stella Du Bois a quitté la riche demeure coloniale de sa famille il y a quelques années pour suivre le beau Stanley Kowalsky : tous deux attendent désormais un enfant et vivent dans un quartier populaire de la Nouvelle-Orléans.
La soeur de Stella, Blanche, débarque un jour chez eux et s'y installe pour quelques semaines de vacances. Mais l'appartement, plutôt petit, laisse peu d'intimité à chacun ; Blanche, qui fait preuve d'une bonne éducation, se montre gênée par une telle promiscuité. De plus, c'est l'été, il fait une chaleur étouffante : les esprits s'échauffent vite... Blanche va tout mettre en oeuvre pour décider sa soeur à quitter Stanley, qu'elle trouve grossier et brutal, tandis que celui-ci, qui se laisse peu impressionner par les manières de Blanche, décide de mener l'enquête sur elle...

Voilà une pièce que j'ai lue très vite : avec l'image de Brando en tête incarnant Kowalsky, j'étais sous le charme de cet homme pourtant ultra stéréotypé, brusque, malpoli, impulsif... J'ai trouvé Blanche particulièrement insupportable : à la fois garante des bonnes manières, selon elle, et superficielle au possible, elle passe son temps à minauder et à essayer de séduire. Et ça finit presque par marcher : elle arrive presque à se faire épouser de Mitch, un ami de Stanley. Heureusement, Stanley met au jour sa véritable personnalité : c'est une révélation à laquelle je ne m'attendais pas !
Pourtant, alors que Stella est en train d'accoucher, le faux pas de Stanley et Blanche m'a refroidie : pourquoi Stanley a-t-il craqué ? Quel intérêt à cet acte ? Stanley est redescendu dans mon estime, finalement...
Une dernière remarque sur les didascalies : c'est bien la première fois que j'en vois autant !

Ca tombe bien : avec le nouveau challenge chez Fashion et Stephanie, Lunettes noires et pages blanches, j'ai trouvé là l'occasion de voir le film dans l'année ! J'ai hâte de pouvoir baver sur Marlon Brando, et le choix de Vivien Leigh pour incarner l'insupportable Blanche s'annonce savoureux !

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Et c'est également ma deuxième lecture pour le challenge de Bouh !

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