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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 12:21

C'est pour acheter un lit à clous que le fakir Ajatashatru Lavash Patel débarque un jour à Paris et prend un taxi direction le magasin Ikea le plus proche. N'ayant en poche qu'un faux billet de cent euros imprimé sur une seule face, il piège le chauffeur de taxi qui, dès lors qu'il se rend compte de la mauvaise plaisanterie, n'a de cesse de vouloir le retrouver et de le faire payer, au sens propre comme au figuré ! Mais, pendant ce temps, Ajatashatru se retrouve enfermé dans une armoire pour avoir voulu dormir dans le magasin puis échapper aux vendeurs. Il prend la route de l'Angleterre bien involontairement, enfermé dans un container, avant de mettre le cap sur l'Espagne, l'Italie... Mais il voudrait regagner la France pour y retrouver Marie, croisée à la cafétéria Ikea, et lui déclarer sa flamme.

 

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Parfois, ce n'est pas moi qui fournis des lectures à ma génialissime maman, c'est elle qui se charge de me faire découvrir ce que j'ai manqué ! C'est donc à elle que je dois ma récente rencontre avec Ajatashatru.

 

Voilà un livre très clairement placé sous le signe de l'humour. Avec ce titre à rallonge, l'auteur nous emmène avec son fakir dans un voyage initiatique tout ce qu'il y a de plus loufoque. Pour ses nombreux lecteurs qui ne seraient pas spécialistes en prénoms indiens, la prononciation du prénom du fakir est illustrée à maintes reprises : "prononcez J'attache ta charrue, la vache", "prononcez Achète un chat roux", '"prononcez J'ai un tas de shorts à trous".

Notre fakir se trouve en plus être une arnaque sur pattes, entre tours de magie, prestidigitation et simples pièges à c*** ! Il réussit à flouer tout son petit monde et à se débrouiller de toutes les situations complexes dans lesquelles il est le roi pour se fourrer.

 

Toutefois, même si les aventures du fakir à travers toute l'Europe avec quiproquo sur quiproquo nous font sourire à chaque page, le livre est également l'occasion de signaler les rocambolesques situations que vivent les réfugiés et autres clandestins qui sillonnent les routes d'une Europe élargie en espérant gagner un jour les côtes anglaises. Notre fakir les croise lors de son périple et l'on compatit à leur sort, car les autorités les traitent comme des moins que rien et les renvoient dans des pays qu'ils ne connaissent pas.

 

Romain Puertolas signe là un premier roman à la fois drôle et concerné. Les records de vente de son livre couronnent le succès de cet auteur prometteur, dont la biographie à l'intérieur de la couverture nous apprend qu'il a été successivement "DJ turntabliste, compositeur-interprète, professeur de langues, traducteur-interprète, steward, magicien, avant de tenter sa chance comme découpeur de femmes dans un cirque autrichien." Souhaitons-lui de persévérer encore dans la voie de l'écriture !

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 18:30

Appelé au chevet de son père, que sa démence visiblement sénile a mis sérieusement en danger, Jake, enquêteur spécialisé auprès du FBI, en profite pour donner un coup de main (le dernier, se dit-il) dans une affaire de meurtres particulièrement atroces commis dans la ville de son enfance : plusieurs victimes sont retrouvées écorchées vives, privées de toute humanité. Les victimes ont toute un point commun : liées à la famille de Jake de manière plus ou moins lointaine, elles semblent avoir été choisi par le tueur pour atteindre Jake personnellement. Craignant pour la vie de sa femme et de son fils, Jake doit se rendre à l'évidence : il doit tuer le meurtrier pour mettre fin à la série de meurtres.

 

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Vous qui vous arrêtez régulièrement en ces lieux commencez à le savoir : j'adore les thrillers, et c'est le genre que je privilégie pour résoudre toute panne de lecture. Alors, quand nous avons décidé avec  Caro et Khadi, toutes deux jeunes blogueuses prometteuses, mais avant tout amies  chères à mon coeur in real life, de nous lancer dans une première lecture commune, le choix d'un thriller plebiscité par Khadi m'a de suite ravie.

 

Et je dois avouer que L'Invisible a commencé par répondre à mes attentes de manière fort efficace. Déployant un scénario implacable, le livre voit les victimes s'enchaîner tandis que Jake sent se resserrer l'étau autour de lui. La couverture choisie par les éditions Sonatine et reprise par Le Livre de poche reprend clairement l'image du puzzle que l'on va compléter pour comprendre les rebondissements au fur et à mesure de l'enchaînement des chapitres.

 

L'univers de Jake est brillamment dévoilé par l'auteur : ancien alcoolique, drogué jusqu'à la moelle, Jake est sur la brèche depuis son adolescence, et ne doit son salut qu'à la présence de Kay, sa compagne elle aussi repentie et qui l'aide à se stabiliser. Il doit également composer avec une ombre qui plane depuis son enfance sur sa vie : l'assassinat de sa mère, jamais résolu depuis une trentaine d'années. Toutefois, là où tout cet arrière-plan pourrait être très lourd, il participe ici de la création d'une atmosphère pesante telle que j'aime la retrouver dans les thrillers, au bon sens du terme donc.

Jake possède aussi un talent très particulier pour comprendre les scènes de crime : "Son véritable talent [...] était sa capacité à peindre les derniers moments de la vie des autres. Et grâce à cette aptitude mystérieuse et souvent effrayante, Jake Cole était très doué pour traquer les monstres."

 

Les chapitres, souvent courts, font alterner les moments d'enquête et d'introspection par Jake, mais on assiste également au déploiement et au déchaînement progressif d'un ouragan qui, d'une ampleur exceptionnelle, symbolise à mon sens la recrudescence de violence au fur et à mesure de l'intrigue. Mais jamais cet ouragan ne sera exploité suffisamment par l'auteur, ce que je regrette puisqu'il aurait été un élément fort intéressant d'arrière-plan. J'ai aimé toutefois cette petite pique adressée par l'auteur à ses contemporains : "Jake observait les gestes nerveux et précipités des gens qui fuyaient leur domicile et se demandait quand, exactement, la devise des Américains était devenue : Pour me prendre ma télévision il faudra me passer sur le corps."

 

Et si l'exploitation insuffisante de l'ouragan m'a déplu, je crois que le bouquet final aura quand même été la fin, aussi décevante que le reste m'avait paru passionnant. Dure a été la chute ! Toute autre solution m'aurait davantage convenue que celle choisie par l'auteur : de très nombreuses questions restent en suspens quant au sort des parents biologiques de Jake, quant au meurtre de Mia, quant à ses tatouages... Et le ridicule des scène finales n'a rien arrangé.

 

Ainsi, ce qui aurait pu être un vrai bon thriller se voit gâché au moment le plus délicat par un choix, vu et revu d'ailleurs, hautement discutable.

 

Heureusement, mes camarades de jeu Khadie et Caro sont partantes pour qu'on retente l'expérience dès le mois prochain ! Elles aussi partagent mon avis, et vous pouvez retrouver leur avis sur leurs blogs respectifs !

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 09:16

Jeune apprenti auprès des Moines de l'Histoire, Lobsang se révèle être particulièrement doué en réussissant à éviter une gigantesque fuite de temps. Mais lorsque les moines, chargés de veiller à la bonne marche de l'histoire, apprennent que la construction d'une horloge très spéciale menace de détruire le temps, et le monde à sa suite, Lobsang et son maître Lou-tsé vont avoir fort à faire : il faut à tout prix mettre la main sur l'horloge avant qu'elle ne soit mise en service ! Suzanne Sto-Hélit, désormais institutrice, est elle aussi chargée de l'affaire par son grand-père, la Mort en personne.

 

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Cela faisait bien (trop) longtemps que je ne m'étais pas offert un pur moment de divertissement avec un Pratchett, et pour cause ! L'éditeur, faisant fi de la maniaquerie de ses lecteurs pratchettiens les plus fervents, a interrompu la publication des ouvrages du maître dans leur couleur habituelle de gris pour en faire une nouvelle collection, à la tranche blanche ! Or, avec vingt-cinq tomes gris en ma possession, je ne pouvais pas m'imaginer intégrer à ma collection une tranche blanche ! Un an plus tard, résignée et en manque, j'ai dû affronter la terrible réalité : j'allais devoir passer au blanc pour continuer à lire !

 

Procrastination est donc le vingt-sixième tome des fameuses Annales du Disque-Monde et nous y retrouvons avec plaisir Suzanne, la petite-fille adoptive de la Mort devenue institutrice. Etant moi-même professeur à mes heures perdues, je n'ai pu que sourire à la description de Jason, un des élèves de Suzanne (page 89) :

"Si les enfants étaient des armes, un traité international aurait interdit Jason. [...] C'était manifestement un gamin qui avait des besoins particuliers. Du point de vue du corps enseignant, il fallait commencer par un exorcisme."

En mon for intérieur, j'aimerais faire aux élèves (et à leurs animaux !) le même effet que mademoiselle Suzanne. Admirez plutôt (page 32) : "Aucun chien ne mangeait les devoirs d'aucun des élèves de mademoiselle Suzanne parce qu'il y avait quelque chose de mademoiselle Suzanne qui les suivait chez eux ; le chien leur apportait plutôt un crayon et les observait d'un air implorant le temps qu'ils les terminent." J'ai bon espoir.

 

En parallèle, nous suivons Lou-tsé, un moine balayeur peu conventionnel qui, vieux de plusieurs siècles, n'a pourtant pas réussi à percer tous les mystères de son sacerdoce (page 62) : "Lou-tsé, qui n'était pas un saint homme et pouvait donc entretenir des pensées impies, se demandait parfois si les moines vocalistes chantaient de vraies paroles ou s'ils se contentaient de proférer des "aahaaahahah". On ne savait jamais avec tous ces échos."

Lou-tsé et Lobsang doivent mettre la main sur l'horloge construite dans cette bonne vieille ville d'Ankh-Morpork, pas assez évoquée pourtant dans ce tome à mon goût. Jérémie, l'horloger, est aidé dans sa tâche par Igor, qui n'est pas sans rapport familial, on l'imagine, avec la créature du Dr Frankenstein ("celui qui ne gagnerait pas un concours de beauté même s'il était le seul candidat", précise Pratchett à propos d'Igor !).

 

Si j'étais contente de m'y replonger, je dois pourtant dire que j'ai trouvé ce tome un peu abrupt. Cerains passages me sont restés assez hermétiques, notamment lorsque Lobsang et Lou-tsé découpent le temps, ou lorsque le rôle des Contrôleurs est évoqué (mais d'où ils sortent, ceux-là ?) Néanmoins, un Pratchett reste un Pratchett ! Et le prochain, le vingt-septième, sera Ronde de nuit !

 

Les autres Pratchett chroniqués dans ce petit blog se trouvent ici !

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 09:59

Hylas et sa soeur Issi sont des Parias : abandonnés en forêt alors qu'ils étaient tout petits, ils ont été recueillis par des villageois qui, loin de les sauver, les ont exploités pour garder leurs troupeaux. Mais un jour, des guerriers tout de noir vêtus, les Corbeaux, les attaquent : Hylas est séparé d'Issi et n'a d'autre recours que de prendre la mer pour échapper à ses poursuivants. Même la protection de son ami Télamon, fils du gouverneur, ne parvient pas à lui garantir la sécurité. Mais l'embarcation de fortune d'Hylas dérive et le jeune garçon échoue sur l'île de la Déesse. Il y fait la rencontre de Pirra, qui se cache pour échapper au mariage forcé qu'a conclu pour elle sa mère, la Grande Prêtresse. Il leur faut quitter l'île, mais comment ?

 

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Je me suis toujours montrée très sceptique envers la littérature de jeunesse prenant pour cadre l'Antiquité, redoutant plus que tout la caricature d'une époque trop souvent malmenée pour l'adapter aux desiderata des auteurs. Or, Michelle Paver nous offre avec Le Temps des héros un véritable travail de recherche et déploie sous nos yeux un paysage à la fois soigné et captivant, dans lequel les héros agissent avec une grande fluidité : les montagnes grecques, l'île de la Déesse et la Lykonia surgissent clairement devant nous. Pour le décor donc, la réussite est totale.

 

Le roman est loin de disposer de ce seul atout : les personnages principaux, trois jeunes adolescents, ont chacun un caractère bien affirmé, se démarquant ainsi de trop nombreux héros de littérature de jeunesse, souvent trop lisses. Ils n'agissent pas que selon leur bon sens, mais aussi en fonction de leurs sentiments, leurs colères, leurs réflexes, et se rendent ainsi très attachants. Seule la mise en route de l'intrigue m'a au départ moins convaincue : les premières attaques des Corbeaux m'ont paru trop peu claires, tout comme l'importance donnée au poignard d'Hylas, mais l'ensemble se lie bien vite et forme un roman construit et, il faut bien le dire, vraiment prenant.

 

Là où j'ai haussé un sourcil dubitatif, c'est lorsqu'Hylas, à la dérive, se lie avec le dauphin qu'il nomme Esprit. Je n'ai jamais été une grande fan de Flipper, voyez, ni n'ai jamais rêvé de nager avec un dauphin. J'ai donc senti se profiler, aussi clairement que l'aileron du dauphin, le côté cucul de la chose. Et pourtant ! Je reconnais avec honnêteté que j'ai aimé suivre ces passages, et ce même lorsque l'on a accès aux pensées d'Esprit. Dit comme ça, ça sonne un peu niais, mais je peux vous assurer que ce n'est justement pas le cas.

 

Pour une fois donc, voilà un roman jeunesse à l'inspiration mythologique que j'ai trouvé fort bon et qui, je l'espère, ravira bien d'autres lecteurs. D'autant que, mes chers amis, il s'agit d'un premier tome... La série s'annonce bonne !

 

Merci aux éditions Hachette !


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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 20:32

Tout juste héritière de la fortune de son misanthrope de père, Amelia Peabody s'ennuie : rêvant de parcourir le monde à la découverte de ses merveilles, elle commence son voyage à Rome, où elle sauve la belle Evelyn Barton-Forbes. Celle-ci, reconnaissante mais aussi ruinée, accepte de lui servir d'accompagnatrice dans le périple tant chéri par Amelia. Toutes deux se rendent en Egypte, désireuses de contempler et d'étudier de plus près les vestiges de la glorieuse période d'Akhénaton.

Alors qu'elles suivent le cours du Nil pour guider leurs pas, ces jeunes dames font la connaissance des frères Walter et Radcliffe Emerson, qui mènent avec peu de moyens des fouilles archéologiques. Elles se joignent à leur compagnie tandis qu'une momie est découverte sur le chantier... mais disparaît la nuit suivante ! Alors que le petit groupe soupçonne les villageois les plus proches d'avoir subtilisé leur trouvaille, une terrifiante créature couverte de bandelettes vient à plusieurs reprises perturber le sommeil de nos aventuriers...

 

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Ce policier figurait dans ma PAL depuis plus d'un an... Faute de temps, je n'avais jamais fait l'effort de m'y plonger : heureusement, les vacances sont l'occasion de réaliser des fouilles archéologiques PALesques, un peu à la manière des héros de l'ouvrage !

 

Emporté avec moi sur la route de Gaudi et Miro à Barcelone, ce livre m'a enchantée : voilà un policier savoureux et amusant ! Les personnages, Amelia Peabody la première, possèdent tous une épaisseur intéressante, qui rend attrayant tout échange de paroles entre eux : les disputes Radcliffe/Amelia sont l'occasion de débats sans fin sur l'inefficacité des égyptologues, l'hystérie féminine, la paresse des autochtones... Les débats ne sont pas nouveaux et nous semblent d'ailleurs parfois datés ou à la limite du racisme : il faudra prendre garde à replacer ce roman dans son époque, suivant l'éternelle question du racisme de Tintin au Congo, par exemple...

 

Amelia est réjouissante de par son caractère impétueux, qui n'est pas sans rappeler celui d' Imogène chez Exbrayat. Parlant de la dame de compagnie qu'elle s'apprête à embaucher avnt de rencontrer Evelyn, voilà ce qu'elle mijote : "J'étais impatiente de l'avoir à mes côtés. Je me voyais déjà en train de la houspiller dans les rues malodorantes du Caire ou les déserts arides de la Palestine. Sa présence procurerait à mon esprit la distraction dont il avait besoin." Charmante, isn't it ?

 

Du coup, la fin m'a semblé un peu trop mièvre, ne s'accordant pas à la fougue d'Amelia. Pour le reste, j'ai été charmée par les descriptions et l'ambiance orientalisante, ainsi que la dignité à toute épreuve de nos héros anglais, même en plein désert, évoquant les ouvrages d'Agatha Christie que j'affectionne. A moi d'autres Elizabeth Peters, maintenant !

 


 


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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 20:08

Avant de lire cet ouvrage, je ne connaissais de Zoroastre que son nom avestique, Zarathoustra, sous lequel le désigne Nietzsche dans son poème philosophique Ainsi Parlait Zarathoustra... que je n'ai jamais lu d'ailleurs. Ayant entrepris tant bien que mal au cours de ces dernières années d'améliorer les fondements de ma culture religieuse, je me suis penchée avec grand intérêt sur ce livre sacré qui m'était encore entièrement inconnu.

 

zoroastre.gif

 

Pour (essayer de) dire les choses simplement, le zoroastrisme est une religion monothéiste née du mazdéisme, religion polythéiste proche du brahmanisme, mais qui ne célèbre qu'un dieu unique, Ahura Mazda, le Roi de la Sagesse. Le zoroastrisme, né entre le premier millénaire et 500 avant J.C, est la religion des anciens Iraniens et des Perses à l'époque sassanide (du IIème siècle au VIIème siècle après J.C., période qui marque l'âge d'or de l'Empire Perse).

C'est le libre arbitre qui se trouve au coeur de la doctrine de Zoroastre, le prophète mal connu qui aurait été inspiré par Ahura Mazda pour aller convertir la cour du roi où les prêtres se livraient à la magie. Le zoroastrisme prévoit une réaction à chacune des actions humaines ; la bonté serait donc inhérente aux hommes qui obtiennent des bienfaits pour avoir été bons. Zoroastre est aussi bien l'un des personnages du récit que l'auteur présumé des textes les plus anciens.

 

Dès l'introduction, Eric Pirart, qui traduit ici les Yast (des hymnes sacrificiels en l'honneur des dieux (oui, car le zoroastrisme conserve un panthéon de dieux et de déesses tout en condamnant les rituels traditionnels), annonce le ton des textes qu'il nous présente : il s'agit de litanies dont le ton sec et insolite peut dérouter le lecteur moderne. Voltaire n'y voyait qu'un "abominable fatras" ! Jean Kellens, lui aussi éminent spécialiste du persan ancien, explique dans la préface que "L'Avesta est une oeuvre littéraire très ancienne, issue d'un passé qu'aucun autre vestige ne documente sûrement, élaborée par des hommes qui ne s'adressent pas à nous et dont l'intention créatrice nous est étrangère" : j'aime cette impression de me voir offrir ces textes lointains et obscurs, comme un secret mystique révélé !

 

Les Yast s'adressent donc aux divinités, fils et filles d'Ahura Mazda : on les nomme les Adorables. Les Adorables se divisent en deux groupes, ceux qui sont visibles et ceux qui ne le sont pas : on y croise l'Eau, "Molle Opulence Inaltérable" (avouez que l'épithète a de quoi faire pâlir Homère !), le Dieu Lune, la déesse Chevaux-fixes, le Moi de la Vache, le Pouvoir de briser les obstacles... Voilà qui pourrait nous laisser perplexes : heureusement, chacun des Sacrifices est précédé d'une présentation du traducteur qui nous permet de comprendre un peu mieux de quoi il retourne. Par exemple, la déesse Chevaux-fixes vient probablement de l'Etoile polaire, divinité des cieux dont le char est visible dans une constellation immobile. Voilà qui prête à rêver !

 

Pour ne pas nous y perdre, l'ouvrage se termine par un glossaire, absolument indispensable !

La démarche d'Eric Pirart est absolument admirable : le travail abattu semble monstrueux et il réactualise brillamment, même selon mon avis peu éclairé pourtant sur le sujet, une traduction qui ne fut révélée aux Français qu'au XVIIIème siècle !

 

Merci à la librairie Dialogues et aux éditions Max Milo pour cet ouvrage complexe et d'abord rude, mais intéressant, et pour le document qui l'accompagnait et qui me fut fort utile pour ne pas me noyer dans la masse au début de ma lecture !

 

dialogues

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 15:01

François-Claudius Simon, frais émoulu de l'Ecole des services actifs de la Préfecture, fait ses premières armes au Quai des Orfèvres. La Première Guerre mondiale, qui vient de s'achever, lui a laissé des séquelles tant physiques que psychiques, qu'il tente tant bien que mal d'oublier pour se concentrer sur la tâche qui est désormais la sienne. Protégé par le chef Robineau, qui l'a pris sous son aile, sa première affaire consiste en un meurtre commis à la gare Montparnasse sur un homme laissé défiguré comme une gueule cassée. Rapidement, la sagacité de François lui fait soupçonner un complot bien plus qu'un simple crime... 

 

valse.gif

 

C'est le seul titre de l'ouvrage qui m'avait au départ décidé à le lire : j'avais imaginé un défilé rythmé de victimes d'un tueur fou, qui aurait affolé des services de police sur le qui-vive. Par ailleurs, il s'agit de la première enquête d'un jeune inspecteur dont on sait d'avance qu'on le retrouvera dans d'autres volumes et d'autres enquêtes : voilà de quoi se laisser tenter, d'autant que, si la Première Guerre n'est pas un de mes sujets de prédilection en terme de lectures historiques, la prendre pour arrière-plan d'un policier me semblait prometteur.

 

Et pourtant, que de banalités ! J'ai regretté dès le premier chapitre que le schéma choisi pour le roman soit si classique : présentation de notre personnage et de ses séquelles, découverte de son nouveau milieu de travail, des coéquipiers et du chef, première affaire, personnage laissé en autonomie, première piste et avancée progressive... rien de bien original ! La rencontre de François et de celle qui deviendra son amante arrive comme un cheveu sur la soupe, dans des circonstances intéressantes mais qui resteront malheureusement inexploitées.

Le dénouement lui-même, qui veut opérer un basculement net avec l'enquête menée précédemment, manque de crédibilité dans la façon dont il est annoncé. 

 

Dans une galerie de personnages stéréotypés, seuls les gueules cassées rencontrées à l'hôpital dans le service qui leur est dédié semblent être des personnages honnêtes et convaincants, bien qu'ils ne soient que donnés à voir sans être vraiment exploités. La scène où on les voit danser entre eux pour préparer un retour progressif au monde, qui pour certains n'arrivera jamais, est extrêmement touchante. Malheureusement, l'ensemble de l'ouvrage reste à la fois banal et trop peu passionnant.


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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 21:07

L'heure est grave au royaume de Lancre : invités par le roi Vérence à la cérémonie de baptême de sa fille, les vampires venus d'Überwald menacent de ne plus jamais repartir et de prendre le pouvoir sur le pays. Les sorcières Agnès Crettine et Nounou Ogg essaient de contre-attaquer, mais les vampires, grâce à leur capacité à influer sur le psychisme de leurs adversaires, les contraignent à revoir leur plan. Pour couronner le tout, Mémé Ciredutemps s'est fait la malle alors qu'on aurait bien eu besoin d'elle pour venir à bout des suceurs de sang.

 

Carpe-Jugulum.jpg

 

Si ouvrir un nouveau volume de Pratchett m'assure toujours le même plaisir garanti de lecture, je me rends compte après coup que j'ai encore plus apprécié ce volume que les précédents !

 

On y retrouve le bon roi Vérence, ex-bouffon reconverti et époux de l'ex-sorcière toujours sorcière à ses heures perdues Magrat Goussedail. Vérence se révèle très novateur en matière de politique extérieure : le troll douanier et son poteau métaphysique est un vrai bonheur d'absurdité ! Le roi fait en plus preuve d'une patience à toute épreuve face à la rhétorique inépuisable de Nounou : un vrai modèle de maîtrise de soi !

 

La fille de Vérence et de Magrat se serait, elle, sûrement bien passée d'une telle cérémonie en son honneur, d'autant qu'elle se retrouve affublée, par la maladresse d'un prêtre à la timidité maladive, d'un prénom à rallonge imprévu : "Esmeralda Margaret Attention Orthographe"... alors que sa pauvre mère avait simplement voulu attirer l'attention du prêtre sur l'exactitude des deux premiers noms...

 

Quant aux vampires, ils veulent faire new generation en se faisant appeler vampyres et entendent se débarrasser des anciennes traditions de leur race. Heureusement que leur serviteur Igor, partisan de la vieille école, veille ! On n'oubliera pas les Nac Mac Feegle, drôle de petits schtroumpfs dotés d'un dôle d'accent ch'ti !

 

Voilà qui marque une étape supplémentaire dans le challenge proposé par Craklou :  Fantasypourlesnuls


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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 15:57

Voilà plus de six mois que ce Pratchett moisissait dans ma PAL, faute de temps pour bien en profiter. Une fois l'ensemble des obligations professionnelles achevé, j'ai enfin eu le plaisir de retrouver Rincevent et les mages déglingos de l'Université de l'Invisible.

 

http://www.deslivres.com/images/products/image/Le-dernier-continent---Les-annales-du-disque-monde.jpg

 

"Bon, vas-y, dis-nous plutôt de quoi ça parle !"

 

Le bibliothécaire de l'Université est malade : les livres risquent de s'en donner un peu trop à coeur joie... Pour éviter une catastrophe, les mages décident de retrouver Rincevent, qui pourrait être le seul à pouvoir aider le bibliothécaire. Mais un problème s'élève : Rincevent est malencontreusement coincé à Iksiksiksiks, un continent lointain sur lequel les mages craignent ne pas savoir se rendre. Ils décident de se faire aider par le professeur de géographie insolite et cruelle, dans le bureau duquel les mages empruntent un passage sans retour qui les mène vers une île déserte paradisiaque. Commence alors un long voyage pour les mages en quête de
Rincevent mais également décidés à prendre un peu de bon temps et pour Rincevent qui tente coûte que coûte de retrouver la route d'Ankh-Morpork.

 

Quelle joie de retrouver pour quatre cents pages environ cette équipe de bras cassés que forme la troupe des mages ! Entre l'archichancelier complètement largué à tout ce qui touche la logique et le progrès, le pauvre Cogite Stibon qui bataille pour faire entendre aux autres et pensait trouver son heure de gloire auprès d'un dieu un peu trop porté sur les insectes et l'économe qui plane comme à son habitude, on a droit à de grands moments de poésie ! Sans compter que Madame Panaris, l'intendante, fait partie du voyage et que le major de promo en a des bouffées de chaleur...

De son côté, Rincevent, perpétuellement en fuite, multiplie les rencontres improbables avec des travestis, un kangourou un peu trop bavard et des cuisiniers en détresse, pour notre plus grand bonheur d'ailleurs !

Du grand Pratchett pour un volume que j'ai particulièrement apprécié : nul doute que je n'attendrai pas six mois de plus pour lire la suite, d'autant qu'on y retrouvera encore Rincevent !

 

Et une lecture supplémentaire pour le challenge de Craklou !

Fantasypourlesnuls

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 21:40

De mes cours d'histoire, de lycéenne ou après le bac, me restent des grands noms et de hauts faits, certains un peu plus flous que d'autres dans ma mémoire défaillante. A mon grand regret, je n'ai encore jamais réussi à mémoriser les règnes des rois de France, que j'essaie d'apprendre chaque année et que j'oublie presque aussi vite.

Pourtant, quand j'étais en 1ère L, notre professeur de français nous a fait acheter et lire ça :

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Le Malet-Isaac, c'est 6,5 cm d'épaisseur et 1215 pages d'histoire, parmi lesquelles nous devions nous plonger pour raviver des connaissances éparses. Depuis, je reconnais que cet ouvrage est devenu une bible et que je m'en sers fréquemment pour réviser des notions précises. En général, j'aime les ouvrages d'histoire qui, sans faire de vulgarisation, présentent quand même des époques ou des faits marquants sous un angle qui ne soit pas trop rébarbatif.

Ma dernière lecture appartient à cette catégorie.

 

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"Bon, vas-y, dis-nous plutôt de quoi ça parle !"

Dans cet ouvrage, l'auteur se propose de recenser et de présenter des personnages entrés dans l'Histoire bien malgré eux, parce qu'ils ont commis des gaffes entraînant des catastrophes, des défaites et des échecs cuisants pour la France. Voilà qui s'annonçait réjouissant !

Pourtant, mon enthousiasme est vite retombé. Dans une introduction un peu longue, l'auteur annonce, de façon un peu pompeuse, son projet ("je forme le projet de rendre justice à ces personnages qui s'illustrèrent par leurs échecs") et cite ensuite ses sources, détaille son enquête. La démarche est louable, mais le résultat est interminable... Le souci de transparence étant respecté, nous nous attendons enfin à entrer dans le vif du sujet ; pourtant, il nous faudra d'abord un premier chapitre, long de plus de quarante pages, sur les "faux nuls" qui n'entrent pas dans la catégorie qui nous intéressent ! C'est instructif, on croise des noms qui ne nous sont pas étrangers, mais on piaffe pour la suite ! Lorsqu'on y arrive enfin, grâce à la rubrique des "Z'héreaux de mer", les histoires sont très détaillées et parfois trop longues : notre intérêt s'émousse.

Toutefois, si la forme choisie ne correspond pas à l'idée que je me faisais du livre et me fait regretter quelques longueurs fatales pour mon intérêt, je souligne de bons éléments : j'ai aimé admirer le portrait de ces "gros nuls" dans les pages centrales, et j'apprécie la rubrique "Requiescat in pace ?" dans laquelle l'auteur nous apprend ce qu'il est advenu des dépouilles de ces anti-héros.

Cette anthologie plaira sûrement aux amateurs de biographies et aux amoureux de l'Histoire à travers des destins, pour une fois, exceptionnels dans le mauvais sens du terme. Malheureusement, si le sujet est traité et tient ses promesses, je ne suis pas convaincue. 


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Merci à l'équipe de BOB qui a proposé cet ouvrage en partenariat avec les éditions JCLattès, que je remercie également !

Saxaoul, une des autres lectrices, a été bien plus séduite que moi.

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