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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 20:25

Après la mort de M. Lévy, son "protecteur", la jeune Bessy doit se mettre en quête d'un nouveau travail. Par un pur hasard de circonstances, elle est embauchée en tant qu'employée au domaine de Castle Haivers. Sa maîtresse, Mrs. Arabella Reid, agit bien mystérieusement envers elle : un jour lunatique, un jour aimable, elle lui demande d'obéir à des ordres loufoques comme celui de se lever et de s'asseoir sans s'arrêter jusqu'à n'en plus pouvoir. Bien décidée à ne pas se laisser malmener de la sorte, Bessy est prête à quitter les lieux lorsqu'elle découvre la raison des agissements de Mrs Reid. Elle décide de lui tendre un piège pour se venger, mais n'imagine pas encore les conséquences de ses actes.

 

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La narration de La Servante insoumise est construite de manière complexe. Bessy témoigne de son histoire pour des lecteurs que nous ne connaissons pas et dont l'identité ne nous sera dévoilée qu'à la fin de l'oeuvre. Au sein de son récit, elle inclut des passages du journal que Mrs Reid lui faisait rédiger et des écrits de Mrs Reid elle-même, qui ont visiblement un intérêt sociologique. La démarche d'Arabella m'a fait penser au livre et au film La Couleur des sentiments, qui montre lui aussi un certain renouveau des relations entre maître et domestique(s).

 

Le ton adopté par l'auteur est un régal. Censé être prononcé par la jeune Bessy, qui a à l'époque des faits une quinzaine d'années, le récit est émaillé de grossièretés, de jurons, de ragots et de tout ce qui fait le sel des conversatio ns de l'époque. Bessy est une jeune fille courageuse, mais qui n'a pas la langue dans sa poche ! Grâce à elle, la vie d'un corps de ferme se réveille malgré ce qui ressemble à une gêne financière.

 

Cependant, cet éloge ne fait pas oublier que certains personnages sont loin d'être sympathiques : Mr Reid ne vit que pour servir son ambition, et les parents de Bessy, si tant est qu'on puisse parler de parents, sont des êtres totalement irresponsables.

Par ailleurs, la tournure fantastique du roman, à partir du moment où Mrs Reid "réagit" à la vengeance de Bessy, m'a déçue. Je crois que j'attendais du livre plutôt un témoignage à la manière de  Tess d'Uberville, de Thomas Hardy. Parler fantômes et revenants en tous genres pouvait être amusant tant qu'il ne s'agissait que des manigances de Bessy. Dès lors que Mrs Reid entre dans son jeu, tout cela m'a ennuyée, puisqu'on a du mal à faire la part des choses entre le réel et le surnaturel et que cela m'a semblé ici très artificiel. Là encore, c'est le ton de Bessy et l'indépendance assumée des personnages qui m'ont poussée à continuer...

Il s'agit donc là d'un roman qui avait tout pour plaire, mais dont le parti pris fantastique n'a pas fonctionné pour moi. Dommage !

 

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Et il s'agit là de ma première lecture de l'année dans le cadre du Challenge anglais d'Antoni et du Challenge Au Service de, organisé par Claire ! Pour en savoir plus, il vous suffit de cliquer sur les logos !    

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 12:22

Poétesse sexagénaire, Mia est mariée depuis trente ans avec Boris, un scientifique. Oui, mais Boris a récemment décidé de quitter Mia pour l'une de ses collègues de travail, bien plus jeune que son épouse. Mia perd les pédales et est internée pour quelque temps, histoire de retrouver pied. Et puis elle s'en sort et va passer l'été à la campagne, proche de sa mère placée en maison de retraite, pour se reposer et écrire pour avancer.

 

Un-ete-sans-les-hommes.jpg

 

 

Passer un été sans les hommes n'est pas synonyme de détente ni d'amusement, chez Siri Hustvedt. Son héroïne, Mia, qui n'a d'héroïne que le nom, passe un été peu glorieux, entre questionnement et... questionnement.

 

Elle a de quoi être perturbée, Mia. Son Boris, dont elle connaît les moindres détails, l'a quittée et demande de "faire une pause". Pour Mia, rien de plus cruel : elle eût préféré être virée pour de bon plutôt que de rester en suspens, attendant de savoir le sort auquel Boris pourrait la réserver. Cette pause est bien vite personnifiée et devient la Pause, cette étrangère dont il faut taire le nom et qui lui a pris son mari. En voilà, une idée brillante : on comprendra alors que l'avenir de Mia se joue sur la relation Boris/l'autre, et à laquelle Mia ne peut rien.

 

On s'attendrait à ce que Mia agisse. Seulement, Mia réfléchit. Après avoir sombré quelques jours dans une folie furieuse, qui semble d'ailleurs bien étrange pour le lecteur auquel Mia se présente davantage comme un être doux et peu enclin à se laisser aller à quelque excès, elle se retire du monde et profite de la campagne pour faire le point. A aucun moment Mia ne prend sa vie en main : sa réflexion consiste à faire se compléter les références philosophiques démontrant l'égalité de l'homme et de la femme. Intéressant, mais vain : Mia n'en tire que de faibles arguments qui l'aident à peine à savoir que faire avec Boris. Si elle s'érige en femme savante, Mia n'en est que faible lorsqu'il s'agit d'interroger son mari... Peut-être la dernière phrase résume-t-elle sa résolution ? Peut-être.

 

J'ai beaucoup aimé le personnage d'Abigail, pensionnaire comme la mère de Mia d'une maison de retraite : alors que le corps ne suit plus, Abigail sait montrer et démontrer à Mia qu'elle a su être une forte femme, qui a su prendre en main le cours de son existence et en est toujours fière à la veille de sa mort.

En revanche, j'ai trouvé vain l'échange entre Mia et M. Personne : à quoi cela pouvait-il bien rimer ? En quoi Mia tire-t-elle le moindre intérêt de ces mails énigmatiques et parfois insultants auxquels elle s'attache pourtant ?


Finalement, de nombreux points m'agacent avec Un Eté sans les hommes : la lecture n'a pas été désagréable ni dénuée d'intérêt, mais on aurait presque envie de changer un paquet de choses là-dedans pour y trouver son compte...

 

LEcture commune initiée par Hilde, dont vous retrouverez l'avis sur son blog ! Par-là, l'avis de Praline.

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 13:40

Aux abords d'un lac gelé, dans le Nord, Merlin est à la recherche d'un compagnon de longue date, qu'il a rencontré plusieurs centaines d'années plus tôt. Aidé d'Urtha et de Niiv, il réussit à sortir des profondeurs glaciales un certain Jason, accroché au mât de l'Argo... Il s'agit bien du Jason de la mythologie, celui qui se lança dans la quête de la Toison d'or, et il s'agit bien de Merlin, l'enchanteur arthurien... Sept cents ans après leur rencontre, Merlin décide d'aider Jason à retrouver ses fils, envoyés dans le Temps par Médée.

 

http://libre-et-ris.cowblog.fr/images/Couvertures/CodexMerlin.gif

 

Réunir Jason et Merlin dans un même cycle était un pari risqué : si les deux univers ont chacun leur part de merveilleux, la confrontation ou le mélange des deux risquait de virer au ridicule. C'est en tout cas tout l'attrait de l'ouvrage, et ce qui m'a attirée d'emblée.

 

Ce volume a l'avantage de regrouper les trois tomes de la saga publiée par l'auteur : Celtika, Le Graal de fer et les Royaumes brisés. Quitte à plonger dans l'univers de Holdstock, on en prend pour plus de mille pages !

 

Je l'avoue pourtant d'emblée : j'ai eu énormément de mal à entrer dans l'histoire, à dépasser les premiers chapitres. C'est la démarche de Merlin pour arriver auprès du lac dans lequel Jason est emprisonné qui ouvre le livre et, malgré mon envie de voir Merlin évoluer dans un autre monde que celui auquel on peut l'associer généralement, j'ai dû relire plusieurs fois la première partie, "Niiv", pour comprendre la situation initiale. La lecture se fait ensuite plus aisément, sans touet fois couler de source, mais le style de l'auteur ne m'a jamais, tout au long de ma lecture, paru fluide. Les conversations entre les personnages m'ont paru ampoulées ; était-ce une volonté de l'auteur que d'imiter le style épique, en le mêlant au chevaleresque ? L

 

Le personnage de Merlin, pivot de l'histoire, est quant à lui complexe et parfois déroutant : n'allez pas imaginer le Merlin complètement décalé et dans la lune que Kaamelott nous avait présenté ! Merlin est à la fois jeune et très vieux, puissant mais réfléchi : il faut dire que c'est l'usage qu'il fait de sa magie qui décide de sa qualité de vie et de santé... Forcément.

Médée est la plus proche de ce qu'on attend d'elle : tout entière dans sa folie, c'est un personnage inquiétant et en pleine tourmente. Pour démêler le reste des personnages, s'armer d'un carnet n'est pas superflu tant les personnages foisonnent ! En cela encore, on reconnaît une particularité des récits épiques... Cela n'ira pas plus loin : ces trois tomes m'ont paru tourner au ralenti. On est loin de la ferveur des combats et des passions chez Homère ou Virgile : ici, on a presque l'impression d'entendre les rouages tourner dans la tête de nos personnages...

 

Malgré le postulat de départ qui valait le détour, ma lecture a donc été plus ou moins laborieuse, et je n'ai jamais pris un véritable plaisir à avancer dans l'histoire : seuls les personnages ont retenu un intérêt qui n'était pas loin de flancher, je l'avoue, vers la fin. Vous êtes prévenus !

 

Merci aux éditions du Pré aux clercs ainqi qu'à l'équipe de Livraddict pour ce partenariat que, pour toutes les raisons sus-citées, j'ai fait durer plus longuement que prévu...

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 11:44

Cathy Bailey est une jeune femme névrosée. Atteinte de TOC irrépressibles, elle ne peut s'empêcher de compter ses pas, de vérifier entre six et douze fois les portes et fenêtres de son appartement, d'obéir à des rituels de vie qui la rassurent. Pourquoi ce tel besoin de se sentir en sécurité, à l'abri de toute intrusion ? On comprendra au fil du roman que Cathy a survécu à un amant violent, qui a tenté de l'assassiner... Alors que Cathy, aidé par son voisin Stuart, semble être sur la bonne voie pour atténuer ses manies, elle apprend que son ancien bourreau va être libéré de prison...

 

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Le livre s'ouvre sur la retranscription d'un procès, en 2005 : un certain M. Brightman est interrogé sur sa relation avec Mlle Bailey. Puis on passe en 2001, avec l'agonie et le massacre post-mortem de la jeune Naomi Bennett. On arrive en 2007, où l'on rencontre Cathy, dont la première image nous la montre comme timide face à des collègues de travail délurées. Puis on revient en 2003 pour suivre une jeune femme extravertie dans ses sorties entre copines, toutes plus alcoolisées les unes que les autres, à la rencontre d'hommes d'un soir.

 

On comprend dans les premières séquences que les deux dernières jeunes femmes sont une seule et même personne : le roman se construit en alternance entre la vie de Cathy avant et après. Le contraste est flagrant : en 2007, Cathy n'a plus rien à voir avec celle qu'elle a été. Méfiante, timide à l'extrême, elle peut passer des heures à vérifier la fermeture des issues de son appartement, ayant même prévu comment échapper à une éventuelle agression chez elle. Basculant dans l'irrationnel, elle pense voir partout l'homme qui l'a agressée, Lee, alors qu'elle sait fort bien qu'il est emprisonné. Ces scènes, douloureuses, nous plongent en pleine empathie avec la pauvre Cathy, dont on craint qu'elle soit victime de sa propre folie. Paranoïa infondée ou méfiance nécessaire, on oscille souvent entre deux feux.

 

Il faut dire que le ton est donné dès les premières pages : "Les yeux ouverts, Naomi Bennett gisait au fond d'un fossé, et le sang qui l'avait maintenue vingt-quatre en vie giclait dans les gravats". Voilà bien longtemps que je n'avais lu de thriller aussi efficace dans la montée de l'angoisse. Comme Cathy, on tente de relever ce qui n'est pas normal autour d'elle ; on l'accompagne dans ses peurs les plus intimes. Stuart, qui se montre attentionné, éveille notre crainte, exacerbée lorsque l'on comprend que Cathy n'a pas été agressée au hasard, mais épiée et traquée par un amant passionné et jaloux à l'extrême. 

 

Le premier roman d'Elizabeth Haynes, analyste criminelle, se révèle être une vraie réussite, angoissante comme je les aime, et qui ne laisse de répit qu'une fois le livre terminé... et encore !

 

Merci à l'équipe de Blog-O-Book et aux éditions Presses de la cité pour ce thriller à paraître le 07 avril !


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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 18:19

Partant du constat réalisé lors d'une pause dans une station d'autoroute, selon lequel une carte Michelin est plus belle à regarder que le paysage qu'elle représente, Jed Martin acquiert une notoriété remarquable en photographiant des cartes Michelin qu'il expose avant de les vendre à prix d'or. Il vit une histoire d'amour avec Olga, cadre chez Michelin qui le quittera ensuite pour partir travailler en Russie. Jed renoue quelques années plus tard avec le devant de la scène avec une série de tableaux représentant des métiers simples et fait la rencontre de l'écrivain Michel Houellebecq qui vit retiré du monde dans une autarcie un peu sauvage. Jed aidera d'ailleurs plus tard la police à élucider le meurtre de ce dernier avant d'à son tour se retirer du monde et vieillir dans sa propriété creusoise.

 

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Alors que le sujet du livre n'a rien de compliqué en soi, je m'interroge quant à la teneur du résumé que je viens de vous proposer : fallait-il que je vous parle de l'enfance de Jed, de sa relation avec son père, de ses conquêtes féminines, de sa technique d'utilisation du matériel photographique, ou d'autres traits de son existence donnés à voir dans ce livre ? Difficile de circonscrire l'action de La Carte et le territoire tant on a finalement l'impression que tous ces faits se valent, sans que l'un prenne le pas sur l'autre.


L'existence de Jed est vide : vide d'action(s), vide de relations humaines (peut-on encore même utiliser ce terme de "relations" lorsqu'on constate les silences entre son père et lui, l'anéantissement de tout attachement avec Olga dès que celle-ci s'éloigne), vide de sens parfois, souvent.

Pourtant, on ne s'ennuie pas : Houellebecq parle, détaille, disserte à plaisir sans que l'on compte les pages et j'ai beaucoup aimé l'apparente légereté de l'existence de Jed, qui prend bien conscience parfois de la tristesse de l'ensemble de sa vie. Les observations de Jed relèvent souvent d'un sentiment profond de fatalité teinté d'ironie (page 28 : "Les clochards allaient rester plusieurs jours, l'odeur de leurs défections emplirait la cour, empêchant d'ouvrir. Avec les locataires ils se montraient polis, voire obséquieux, mais les rixes entre eux étaient féroces, et généralement ça se terminait ainsi, des hurlements d'agonie s'élevaient dans la nuit, quelqu'un appelait le SAMU et on retrouvait un type baignant dans son sang, une oreille à moitié arrachée."), personnifié par la figure du père (page 24 : "L'excitation de son père était retombée, il mâchonnait son saint-nectaire avec aussi peu d'enthousiasme que le cochon de lait. C'est sans doute par compassion qu'on suppose chez les personnes âgées une gourmandise particulièrement vive, parce qu'on souhaite se persuader qu'il leur reste au moins ça, alors que dans la plupart des cas les jouissances gustatives s'éteignent irrémédiablement, comme tout le reste. Demeurent les troubles digestifs, et le cancer de la prostate.").

 

Finalement, seul son activité d'artiste passionne Jed, et encore, par périodes. Il faut lui accorder que le métier de photographe n'est pas souvent transcendant : "prendre une photographie de VTT, ou de tartiflette au reblochon, rapportait beaucoup moins qu'une photographie équivalente de Kate Moss, ou même de George Clooney ; mais la demande était constante, soutenue, et pouvait assurer un revenu correct" (page 44). Sa célébrité grandissante lui fait porter un regard plein de pitié sur le monde pseudo-merveilleux des pseudo-people, mais c'est bien la vie que mène l'ermite Houellebecq qui le tente le plus.

 

Houellebecq vu par Houellebecq, exercice difficile ? Exercice réussi, selon moi, mais rien de bien original sous le soleil, à l'image d'ailleurs du roman qui, s'il m'a plu, ne me laissera pas un souvenir impérissable...

 

Merci à Priceminister pour ce livre.

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 15:23

Tess Durbeyfield, née d'un père rêveur et alcoolique et d'une mère dépassée par sa maison à tenir, grandit en apprenant à être responsable d'elle-même et de ses frères et soeurs. Alors qu'elle remplace son père pour emporter une carriole au marché, leur âne décède. Tess se sent terriblement coupable et accepte, pour atténuer sa culpabilité, d'aller demander à une supposée parente nommée D'Urberville de l'employer. En effet, depuis que le père de Tess a appris que leur famille descendait de nobles déchus du voisinage, il n'a de cesse de retrouver le faste du passé.

Si Tess est embauchée, c'est grâce au jeune Alec d'Urberville qui abuse bientôt de la confiance de la jeune femme. Quatre mois plus tard, Tess n'a d'autre choix que de rentrer chez elle, enceinte d'un enfant qui mourra peu après sa naissance. Mais Tess est déshonorée et s'engage à nouveau loin de chez elle pour ne pas subir le regard accusateur des autres. Employée dans une laiterie, Tess rencontre le jeune Angel Clare, fils d'un pasteur. Leur histoire s'annonce sous les meilleurs auspices, mais Tess redoute le poids du secret qui pèse sur elle.

 

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La couverture, si jolie, n'est pas étrangère au choix du livre à la librairie ! J'en ai profité pour racheter Les Hauts de Hurlevent dans la même collection, juste pour la couverture ! 

 

J'avoue sans complexe aucun que je n'avais aucune idée du sujet du livre en le choisissant à la librairie. D'emblée, j'ai aimé le personnage de Tess, jolie et pleine de vie : "C'était une belle fille, bien faite, pas mieux que d'autres peut-être, mais sa bouche mobile d'un rouge de pivoine et ses grands yeux innocents donnaient de l'éloquence à la couleur et à la forme. Elle portait un ruban rouge dans les cheveux et elle était la seule du blanc cortège qui pût se vanter d'une si éclatante parure." Aimante envers sa famille, honnête et droite, Tess obéit toujours à des règles de conduite strictes et destinées à la préserver de la grossièreté des paysans avec qui elle travaille. Si elle leur paraît snob, elle nous paraît touchante et fragile. De fait, c'est ce qui causera sa perte : n'osant s'affirmer face au rustre Alec, elle se laisse prendre petit à petit dans un piège qui se referme sur elle et Alec profite de la situation pour les perdre en forêt et abuser de la jeune femme qui s'était endormie.

Le passage de la mort de l'enfant né de cette union est effroyable de tristesse, tout comme son enterrement :"L'enfant fut donc porté au cimetière, cette nuit-là, dans une petite boîte de bois blanc, sous un châle de vieille femme et enterré à la lueur d'une lanterne, moyennant un shilling et une chope de bière au fossoyeur, dans ce coin méprisable du terrain assigné à Dieu [...]. Malgré ces fâcheux alentours, Tess fit bravement une petite croix avec deux planchettes et un bout de ficelle et, l'ayant entourée de fleurs elle la planta au haut de la tombe, un soir qu'elle put entrer au cimetière sans être vue ; elle mit également à l'autre extrémité une botte des mêmes fleurs dans un petit vase rempli d'eau pour les conserver fraîches. Qu'importe si le regard du passant remarquait sur le vase les mots " "Confitures Keelwell" ! La tendresse maternelle, dans sa vision plus haute, ne les apercevait même pas."

Heureusement, tout au long du livre, les paysages de l'Angleterre, verdoyants, lumineux et fertiles, enchantent notre imagination et nous transportent avec Tess dans la laiterie, sur le lieu de son nouvel emploi. On comprend facilement qu'un tel retour à la vie, après des moments si sombres pour la jeune Tess, qui n'a que vingt ans, soit propice à l'amour de la nature et de l'autre en la personne d'Angel : "Sans jamais aller plus loin que les paroles, sans jamais tenter d'autres caresses, il lui fit une cour obstinée, à mi-voix, en accents aussi doux que le murmure du lait jaillissant, auprès des vaches, ou à l'heure de l'écrémage, ou tandis que se faisait le fromage ou le beurre, parmi les poules couveuses ou les cochons et leur portée. Jamais petite laitière n'avait été ainsi courtisée et par un homme comme lui." La vie là-bas est d'une simplicité déconcertante et pleine de tendresse.

C'est la raison pour laquelle les tours et détours connus par Tess après le mariage et la longue absence d'Angel m'ont moins convaincue. Je garderai toutefois le souvenir d'une Tess touchante, sincère et empreinte d'une conscience trop aigüe pour son temps et sa condition.

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 20:21

La SF est un domaine (où l'amour sera roi, où l'amour sera loi, mais là n'est pas la question) qui m'est presque totalement inconnu. Et pourtant, lorsque Livraddict a proposé ce livre en partenariat avec Le Livre de Poche, le résumé m'a emballée et je l'ai lu quasi dès réception (ô miracle).

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"Bon, vas-y, dis-nous plutôt de quoi ça parle !"


L'ingénieur Daniel Davis et son chat Pete s'apprêtent à faire un long voyage. Pour se venger d'une femme qui l'a trompé et l'a floué dans l'entreprise de robotique qu'il a montée, Davis a décidé d'accomplir le Long Sommeil : endormi pendant plusieurs dizaines d'années, il veut traverser les années à venir en restant jeune et aller narguer son ancienne compagne, qui aura vieilli. Mais une fois réveillé en plein XXIème siècle, Davis se retrouve ruiné. Il va devoir accomplir une longue enquête pour découvrir ce qu'il est advenu de ses brevets qui auraient pourtant du lui permettre de faire fortune...

Il paraîtrait que je n'ai pas fait le pire des choix en recevant ce Heinlein, qualifié par les éditeurs d'"un des plus grands auteurs de science-fiction" et applaudi par les collègues qui m'ont vue lire cet ouvrage en salle des profs. Malgré mon peu d'expérience en la matière, je le trouve moi aussi fort bon, si bon d'ailleurs que son ouvrage ne m'a pas fait souffrir en me flagellant à coups de robots, de mondes futuristes et de sociétés imaginaires. Serait-ce un compliment que de dire que je n'ai pas retenu que l'aspect science-fiction de la chose, justement ?

Je me suis régalée à suivre les pérégrinations spatio-temporelles de Davis et son chat qui miaule de façon drôlatique. Si l'on est en pleine empathie pour le sort de l'ingénieur à la confiance abusée au début, la fin, qui me ferait presque penser à l'imprégnation dans la saga Twilight, me dérange un peu...

Quoiqu'il en soit, voilà un livre qui se lit facilement et qu'on a plaisir à ouvrir, au point que oui, messieurs-dames, je mets volontiers un pied dans la science-fiction. Au suivant !

 

Merci encore à Livraddict pour ce partenariat réussi avec Le Livre de Poche !

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 11:15
Je n'ai pas hésité longtemps à mettre ce livre dans ma besace lors de mon dernière tour à la bibliothèque municipale. Etant moi-même jeune professeur de Lettres Classiques, je prends évidemment très à coeur la cause de l'enseignement d'Homère et des auteurs de langues grecque et latine en général... Et je ne renie pas Shakespeare non plus à mes heures perdues !

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"Bon, vas-y, dis-nous plutôt de quoi ça parle !"

Frais émoulu d'un IEP, d'une Ecole supérieure d'art dramatique et titulaire d'une agrégation de Lettres Classiques, Augustin d'Humières a derrière lui, et c'est le moins que l'on puisse dire, un parcours brillant.
A l'heure de sa première rentrée de titulaire, il est désormais temps de se frotter aux élèves pour leur enseigner le français et/ou le latin et/ou le grec. D'Humières, envoyé dans un lycée de banlieue, ne trouve pas foule pour remplir les bancs en langues anciennes. Il explique, dans cet ouvrage, les différentes astuces et techniques qu'il a mis en place pour recruter des élèves. Il raconte également qu'il a mis sur pied une association pour aider les élèves et monter des pièces de théâtre.
En parallèle, on relèvera quelques citations et le témoignage d'enseignants ou d'une principale qui, au risque de se faire mal voir de leur hiérarchie, ont mis les pieds dans le plat en jouant la carte de l'initiative, de la transparence et de l'égalité pour tous.

Je ne connaissais pas Augustin d'Humières avant de lire ce livre ; je n'ai pas non plus encore recherché plus d'informations sur son parcours. Muté dans un établissement dont les résultats ont été en chute libre pendant des années, il montre que c'est en allant chercher les élèves, en les motivant, en leur proposant parfois un marché qu'on arrive à les attirer en classe.
En voilà un qui a compris que, banlieue ou pas banlieue, les élèves disposent tous des mêmes capacités d'apprentissage et qu'il reste "simplement" à jouer la carte de la motivation et de l'envie d'apprendre. Que d'énergie déployée dans la tournée des établissements voisins pour aller faire la promotion des langues anciennes, que d'investissement personnel lorsqu'il va lui-même tirer les élèves de leur léthargie ou les tirer littéralement du lit pour leur faire faire du théâtre ! Là, il y va fort... Et pourtant !
On ne peut pas dire qu'il y a, pour les langues anciennes, un problème d'effectif au collège. Les élèves, curieux ou poussés de force à passer la porte du cours, viennent en nombre. En fin de troisième, libérés de trois ans de latin parfois rébarbatifs, parfois récréatifs à l'excès, beaucoup ne veulent plus en entendre parler. Et puis il reste ceux qui, poussés par un professeur qui a su équilibrer travail et bénéfice, apprentissage et intérêt, s'accrochent jusqu'au lycée. C'est ainsi que, cette année, arrivant dans mon établissement, j'ai hérité de trois minuscules groupes de latinistes qui n'arrivent pas à quinze une fois réunis.
Alors, l'investissement dont fait preuve Augustin d'Humières, voilà un atout que j'essaie de déployer aujourd'hui : les tournées promotionnelles du latin en 3ème débutent, et c'est avec plaisir que je sens déjà la publicité fonctionner. Les élèves savent que l'on va travailler d'arrache-pied, mais la conviction du prof doit leur faire plaisir à voir, j'imagine ! Et quand je vois ma collègue de théâtre faire de même, j'ai envie de l'applaudir : si nous ne donnons pas envie à nos élèves d'apprendre, en leur apportant la culture dans son écrin, personne ne le fera à notre place !
Mais les professeurs de maths, de sciences, d'EPS vont-ils dans les collèges chercher de futurs optionnaires ? D'où vient ce désert soudain pour les langues anciennes pendant l'été qui sépare la troisième de la seconde ? Le ver est sûrement dans le fruit.

Voilà un livre dans lequel je me suis parfois reconnue. Dans la bouche des élèves qui cherchent vainement un intérêt aux langues anciennes, j'ai reconnu le discours de camarades de collège, d'élèves ou de parents. Dans les remarques acerbes de collègues aigris, j'ai retrouvé l'argument de ces classes de latin où l'on n'apprend rien, où l'on passe le temps à discuter sans rien écrire.
Devant le manque de moyens donnés aux enseignements de langues anciennes, j'ai cru revoir mes emplois du temps d'élève latiniste, condamnée à faire du latin en dernière heure, du grec entre midi et une heure, sans avoir le temps de déjeuner... Alors je profite de ce message pour saluer les élèves qui, malgré les bâtons qu'on leur met dans les roues, s'accrochent à leurs options, et ont compris que la culture ne se calculait pas en terme de profit. Et pourtant... "Vous avez le droit d'étudier les langues anciennes. Mais pourquoi le contribuable devrait payer pour ça ?", a dit celui qui nous gouverne.

Merci, M. D'Humières : votre conviction déteint sur nous.

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 11:24
Ce livre aurait dû au départ être l'objet d'une lecture commune, mais je n'étais pas vraiment convaincue... Et puis j'ai fini par prendre le train un peu en retard : vous avez pu lire récemment les avis de Pimprenelle, Stephie et Lectiole au sujet de ce même livre. A mon tour de vous dire ce que j'en pense !



"Bon, vas-y, dis-nous plutôt de quoi ça parle !"

Cinq corps sont retrouvés abandonnés dans un terrain vague, près de Londres. Il s'agit de cinq femmes, toutes danseuses et occasionnellement prostituées, qui ont été enlevées puis torturées : elles ont été ouvertes selon les règles de la médecine légiste et un petit pinson a été enfermé dans leur cage thoracique.
L'inspecteur Caffery se lance sur la piste de leur assassin et se tourne logiquement vers la piste d'un homme appartenant au domaine médical. En essayant de connaître un peu mieux les cinq victimes, il s'éprend d'une de leurs amies et s'implique donc plus que raisonnablement dans cet affaire. Il faut dire que le métier d'inspecteur lui tient à coeur, depuis que son tout jeune frère a été enlevé pendant leur enfance.

Tout comme Pimprenelle, j'apprécie les thrillers à l'ambiance glauque : j'aime être sous pression, connaître les affres de la terreur que subissent les victimes, suivre les tortueuses pensées de l'assassin, avancer pas à pas avec la police... Si je dois reconnaître que j'ai apprécié ma lecture, elle ne m'a pas tenu en haleine. J'ai trouvé que l'ensemble mou, sans rythme particulier. L'identité de l'assassin ne m'a pas vraiment surprise et j'ai trouvé la fin aussi peu réussie que mes deux camarades.
En revanche, le personnage de l'inspecteur m'a plu : trop de savoir-vivre pour larguer une copine égocentrique et coincée, beaucoup de volonté pour mener une enquête difficile, du respect pour sa hiérarchie et ses collègues féminines, de la répartie quand il en faut, un passé trouble et des parents inexistants (l'attitude de sa mère étant particulièrement cruelle envers lui depuis la disparition de son petit frère), et un coup de coeur pour une femme qu'il va essayer de protéger... C'est un personnage à la fois complet et complexe, que j'aurais eu plaisir à retrouver dans une autre enquête si seulement le reste m'avait cette fois plus convaincue.
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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 21:34
C'est la première fois que je participe à l'opération Masse Critique lancée par Babelio, et j'en suis ravie... J'ai reçu ce livre la semaine dernière, et l'ai dévoré (un mot qui est tout adapté au sujet du livre ). Le voici :



Le titre m'avait plus qu'intriguée, et je ne voyais pas du tout quel pouvait être le sujet du livre. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le requin en question m'a happée aussi...

"Bon, vas-y, dis-nous plutôt de quoi ça parle !"

Un homme se réveille chez lui sans savoir qui il est... Après quelques instants de doute, il commence à explorer l'appartement et découvre des lettres qu'il s'était écrites avant de sombrer, et qui lui disent d'aller voir le docteur Randle. Il apprend sur son permis de conduire qu'il s'appelle Eric Sanderson, et ne sait que dire au docteur qui prend l'entretien en main, en lui disant de ne pas s'en faire, et que les premières heures sont toujours difficiles pour lui. Eric Sanderson apprend alors en même temps que nous que c'est la onzième fois qu'il a perdu la mémoire...

Sanderson apprend alors qu'il a perdu la mémoire pour la première fois il y a trois fois, après l'accident de plongée en Grèce qui a coûté la vie à sa compagne, Clio Aames. Mais pas sur le coup, près de six mois plus tard... Il commence à recevoir des lettres écrites par son moi précédent, qui couchait par écrit ce dont il se souvenait. Si le docteur Randle lui conseille de ne pas les lire et de s'en méfier, Eric y plonge pour retrouver qui il est. C'est alors qu'il apprend que sa mémoire a été dévorée par ce qui est appelé un requin conceptuel, un requin de la pensée. Ce requin l'a pris pour proie et le ronge ses souvenirs petit à petit. Eric commence alors à lutter contre le requin : comment Clio est-elle vraiment morte ? Pourquoi le requin l'a-t-il pris pour cible, lui ? Va-t-il réellement retrouver la mémoire, comment Randle le lui promet ?


Ce fut une lecture pour le moins déroutante. Le début de l'histoire, la découverte de ce qui arrive à Eric, nous plonge de suite au coeur de l'action. Le style, rapide, nous fait partager la panique qui doit être celle de l'homme qui se réveille sans savoir qui il est ni où il est... Vous savez, les quelques secondes de flottement au réveil, le matin, quand on se demande où on est ? Ici, c'est mille fois pire...
Ensuite, quand on commence à entendre parler du requin et qu'on bascule dans un monde parallèle, complètement surréaliste, j'ai failli décrocher. Mais j'ai maintenu le cap de ces trente pages un peu space, et j'ai bien fait : le lutte contre le requin et la vérité qui se fait jour petit à petit, Sanderson qui retrouve ou découvre des bribes de son passé, tout cela est prenant, limite étouffant.
J'ai vraiment trouvé l'écriture de l'auteur très efficace pour traduire les sensations multiples et complexes de Sanderson, mêlant soulagement, peur, malaise... Par ailleurs, les pages sont accompagnées de dessins, par exemple pour expliquer en détail comment Sanderson déchiffre un message codé caché dans une lettre. Les dessins qui m'ont rendue mal à l'aise sont ceux de l'attaque du requin : on voit quelques mots apparaître sur une page, qui deviennent plus lisibles au fil des pages à mesure que le requin approche...
Quant à la fin, elle m'a scotchée... J'ai refermé le livre en me posant beaucoup de questions et en remettant des certitudes en cause. Je crois que je penserai pas mal à ce livre dans les jours à venir. Et quant au concept de poissons de la pensée, qui naviguent dans les esprits mais sont plus réels que ce que l'on croit, c'est très intriguant, tout comme la frontière entre le réel et les conceptions de l'esprit, plus mince qu'on ne le croit.

Je remercie donc chaleureusement les équipes de Babelio pour cette nouvelle éditions de Masse Critique, et vais guetter la sortie du prochain Steven Hall (ce petit bijou est son premier roman !). Quelqu'un a-t-il reçu le même livre que moi ?

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Published by Neph - dans H
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