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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 15:14

Comme sa mère avant elle, comme sa grand-mère avant elle, Corrag a été arrêtée pour sorcellerie et devrait bientôt être brûlée vive. En attendant que la neige fonde et que son bûcher soit installé en place publique, elle est détenue prisonnière dans une sombre prison écossaise, dans laquelle on la laisse croupir sans soin et sans considération aucune.

Seul le pasteur Charles Leslie lui rend visite, mais seulement pour servir son propre intérêt : loin de vouloir l'absoudre, il ne la questionne que sur Glencoe, une ville des alentours où des massacres, auxquels Corrag auraient assisté, ont eu lieu récemment. Le clan des Mc Donald, fervents partisans du roi Jacques, y aurait été massacré ; Charles lui-même, soutien du roi Jacques et militant dans l'ombre pour son retour sur le trône, cherche, en questionnant Corrag, à trouver des pistes qui lui permettraient d'accuser Guillaume et de le faire destituer.

Or, bien heureuse de trouver une oreille pour l'écouter, Corrag décide de raconter sa vie tout entière à Charles, et pas seulement les massacres. Elle lui conte son enfance, sa fuite vers les Highlands, sa cabane dans la montagne, les soins qu'elle prodigue aux malades et sa rencontre avec Alasdair, l'homme qu'elle a tant aimé.

D'abord rétif au récit de la supposée sorcière, Charles se laisse bientôt gagner par le charme de son récit...

 

fletcher.jpg

 

Voilà un livre dont le sujet m'intéressait beaucoup : bien avant d'avoir ri aux éclats avec les mésaventures des sorcières qui flottent ou ne flottent pas dans le film des Monty Python, Sacré Graal !, je me régalais déjà d'histoires de sorcellerie, de possession, de magie.

Dans ce roman, la jeune Corrag est dès sa naissance marquée par le sceau de la sorcellerie, car son prénom mélange à la fois le prénom de sa mère, Cora, et hag, qui veut dire gueuse. De nombreux qualificatifs insultants sont jetés aux oreilles de Corrag, petite fille, à cause des choix de vie de sa mère mais surtout de l'incompréhension de leurs voisins ou des gens qu'elles croisent. Certains sont même capables de mentir et de maltraiter des animaux pour les accuser toutes deux. La mort de sa mère et de sa grand-mère, racontée par Corrag, est saisissante : l'une a été noyée, l'autre pendue, et on réserve le bûcher à Corrag.

 

Mais selon quelles preuves ? Aucune. En racontant son histoire, on comprendra que Corrag n'est coupable que de vivre différemment, en accord avec les saisons, en osmose avec la nature, les animaux, et en se tenant prudemment à l'écart des hommes et de leurs vices. La seule pratique "magique" qu'elle évoque consiste en soins qu'elle prodigue grâce à la connaissance des plantes et de leurs bienfaits. Les passages de description de ses escapades pour trouver des plantes, pour gagner les Highlands, pour observer les animaux... sont légion et sont emplis d'une vraie poésie.

 

Pourtant, j'ai été ennuyée par la fin du roman, qui ne m'a guère convaincue : l'histoire d'Alasdair et Corrag reste sous-développée, alors qu'on s'attend à une folle intrigue amoureuse. Les massacres de Glencoe, dont le récit est attendu pendant la grande majorité du roman, sont expédiés bien rapidement, et l'on ne saura pas vraiment si le révérend Charles Leslie aura tiré profit de ses entrevues avec Corrag. Les 450 pages du roman manquent cruellement d'actions(s), mine de rien. Pour moi, c'est un peu dommage...

 

Merci à Silvana, des éditions J'ai Lu, pour la découverte de la belle écriture de Susan Fletcher malgré tout !

Petite Fleur et Theoma ont toutes deux lu ce roman.


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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 20:27

Enfin libéré de sa thèse, Michael Young, 24 ans, se presse d'aller la présenter à son professeur référent. Manque de bol, ce dernier, excentrique au possible, renvoie Michael au travail et lui demande de retravailler des passages trop romanesques à son goût. De toute façon, rien ne se déroule comme prévu pour l'étudiant : sa petite amie vient de le quitter après une soirée trop arrosée et, en renversant le sac contenant sa thèse sur un parking , Michael a fait la connaissance de Leo Zuckermann, un professeur d'histoire énigmatique qui le met étrangement mal à l'aise. Leo le convie à prendre un café et le questionne d'un peu plus près sur le sujet de sa thèse, à savoir l'enfance d'Hitler et son accession au pouvoir. Très vite, Michael comprend que Leo est concerné de très près par le sujet et, au fur et à mesure que tous deux sympathisent, ils mettent au point un plan pour changer le cours de l'Histoire.

 

Le-faiseur-dhistoire.gif

 

Partant d'un postulat somme toute relativement banal mais qui touche à l'histoire patrimoniale commune (mais que serait devenu le monde sans Hitler et son effroyable entreprise ?), Stephen Fry bâtit une uchronie qui a l'avantage non négligeable d'être amusante sur un sujet qui l'est moins.

 

Stephen Fry, je l'ai d'abord connu en mon jeune temps pour V pour Vendetta, que j'avais vu un paquet de fois à l'époque de sa sortie, fascinée entre autres par le rôle du monsieur en question. Depuis, j'ai croisé la route de Fry à de nombreuses reprises, notamment pour son rôle de Jeeves dans l'adaptation des romans de Wodehouse, chroniqués à trois reprises déjà en ces lieux, et surtout, surtout, pour ses rôles inoubliables avec la fine équipe de The Black Adder.

 

ba.jpg(Déjà pendant la guerre ! D'accord, la Première. Il s'agit ici de la saison 4. Vous reconnaîtrez aisément Rowan Atkinson à droite. Et sinon, y a aussi Hugh Laurie jeune, mais ce n'est pas le sujet...)

 

Toute la première partie du livre est consacrée à la présentation des personnages dans leur vie quotidienne, pour mieux dépeindre le quotidien de Michael, anti-héros s'il en est. Les chapitres sont entrecoupés par des passages de la thèse de Michael, ce qui donne de l'épaisseur à l'entreprise qui viendra ensuite, d'autant qu'en effet, on ne s'aperçoit pas tout de suite qu'il s'agit d'une thèse tant le style est romancé !

 

La deuxième partie, après l'initiative entreprise par Michael et Leo, est une réécriture de l'histoire telle qu'elle aurait pu être si... Finalement, ce qui m'a le moins plu, c'est l'action en elle-même qui détermine le point de départ de l'uchronie. L'avant est réussi, l'après aussi. L'instant T est un peu en deçà, à mon sens. En revanche, ce qui me semble original (si tant est que je le sache puisque cette lecture est ma première plongée dans l'uchronie), c'est le double renversement décidé par les personnages qui vont agir une première fois sur l'Histoire, puis une deuxième. Là, je suis comblée !

 

Toutefois, il m'a semblé un peu dommage que, quelle que soit l'action choisie, elle mène vers une seule et unique option, le "Mal". Hitler une fois disparu, un boulevard s'ouvre pour une autre figure du Mal, ce que je trouve regrettable. Y a-t-il une leçon à tirer de tout cela ? On notera quand même quelques nuances au sujet de la tolérance et du rapport à l'autre, si émouvantes que je vous avoue sans honte les larmes qui me sont presque venues à la fin de ma lecture !

Heureusement, tout cela est tellement bien structuré par l'humour fry-esque que l'ensemble de la lecture, passages un peu mous y compris (je pense aux scénarios écrits par Michael lorsqu'il prévoit ses actions futures), coulent tous seuls avec plaisir.

 

A peine terminé, ce livre a pris le chemin des vacances chez ma copine L'insomaniaque qui sera, je l'espère, aussi contente que moi de sa lecture !

D'autres avis sont à lire chez BlackWolf, Emily, Cachou, maggie76 et Caro.

 

Quant à moi, je participe avec ce titre à ma première lecture pour le challenge Winter Time Travel organisé par Lhisbei sur le RSF Blog !


wintertimechallenge.jpg



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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 16:57

Au printemps 1969, Eddie de Wire, une jeune Américaine en visite en Finlande chez sa tante, trouve la mort en se noyant dans un lac. Quelques années plus tard, Sandra et Doris, deux petites filles qui grandissent un peu comme des laissées pour compte, se fascinent pour le mystère de la fille américaine et se lancent dans un jeu aux conséquences funestes qui les dépassent bien vite.

 

la-fille-americaine.jpg

 

Voilà une lecture à laquelle je n'étais pas préparée : si le synopsis me plaisait et que je me faisais une joie de retrouver en mots la Finlande visitée l'hiver dernier, je ne m'attendais pas à ce que Monika Fagerholm nous a réservé avec La Fille imaginaire.

 

Toile de fond du roman, la Finlande qui nous est décrite n'a rien à voir avec la Finlande touristique. La région, très marécageuse, est désignée par des appellations fort peu attirantes : "le Coin" et "la partie boueuse" sont les deux secteurs privilégiés de l'action et recèlent de bois, d'étangs et de lacs à n'en plus finir. C'est dans cette nature, peu clémente bien que l'histoire se déroule principalement en été, que les personnages vagabondent, déambulent sans fin, à un point qui semble effrayant pour le lecteur.

 

Pas un des personnages ne semble à ce propos être très sain : les parents des uns et des autres, étouffants ou irresponsables, perdent tous pied au cours du roman et ne réussissent pas à garder saufs leurs enfants.

Ce sont bien les enfants, depuis le début de leur adolescence jusqu'à leur (presque) entrée dans le monde pas enviable du tout des adultes, qui se lient et se fâchent tout au long du roman et en sont l'intérêt principal. Les jeux d'enfants, qui n'ont d'enfantin que le nom, sont les moteurs d'une histoire dont on sait dès le prélude qu'elle finira mal, par la mort ou la folie de chacun.

 

Au fur et à mesure de la première partie se dessinent les personnages et l'impression d'un drame pré-déterminé, d'un drame qui devait arriver se renforce. On lit La Fille américaine avec la sensation troublante que tous ces personnages flottent dans le monde sans y appartenir et n'avaient pas leur place dans ce monde trop concret pour eux... La lecture se révèle dérangeante et le poids de ces vies difficiles d'enfants trop sombres est, lui, un peu lourd à porter. Pfiou.

 

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 06:00

Mia, jeune virtuose du violoncelle tendance surdouée, sort avec le beau Adam, musicien dans un groupe de rock qui commence à prendre de l'envergure. Tous deux s'aiment, sous l'oeil protecteur des parents de Mia, ex-musiciens rangés des voitures. Mia a également un petit frère qu'elle chérit et qui l'amuse beaucoup avec des mots d'enfant innocents mais qui veulent dire beaucoup. Et il suffit un matin d'une plaque de verglas, d'un conducteur dépassé par les événements, pour que tout ce bonheur vole en éclats.

 

si-je-reste.jpg

 

J'aurais pu parier que je ne le lirai jamais... Et pourtant, après coup, cette petite lecture rapide, sans chichis, reste un doux souvenir. L'histoire de Mia n'a rien d'original : un accident de voiture décime les membres d'une famille et laisse une oprheline. Là où l'auteur se fait remarquer, c'est que Mia, à la frontière entre la vie et la mort, a toutes les clés en main : un peu à la manière d'Anubis, le dieu égyptien qui pèse le coeur des morts, Mia doit peser le pour et le contre pour savoir si elle peut ou non rester dans le monde des vivants et y retrouver la joie de vivre ou suivre ceux qu'elle a perdus, ne pouvant vivre sans eux. 

 

Alors, non, c'est sûr, voilà qui ne remportera jamais le Goncourt ; pourtant, l'histoire de Mia, jouant sur nos coeurs sensibles aux clichés les plus mièvres (jeune fille, pas rebelle pour un sou, parents excentriques, amour filial, petit copain trop-beau-trop-canon-des-groupies-par-milliers, petits bisous chastes, accident terrible, questionnement philosophique vivre-ou-ne-pas-vivre-telle-est-la-question) sait nous toucher là où ça picote... et que celle (oui, j'élimine sciemment tout lecteur masculin pouvant survivre jusqu'à la fin) qui l'a lu sans un pincement au coeur me lance le premier coeur de pierre, donc.

 

Etrangement, tout est bien qui finit bien, mais étant donné à quel point tout commence mal... Voilà qui remet la morale de l'histoire, si tant est qu'il y en ait une, en jeu.

 

Alors, oui, j'aurais très bien pu ne jamais le lire, et me priver d'une jolie histoire qui-commence-mal-mais-quand-même, mais j'ai gagné ce livre dans un lot des éditions Pocket sur Facebook ! Ensuite, j'aurais très bien pu le lire, et ne pas vous en parler... mais c'était sans compter la malicieuse Stephie qui inaugure aujourd'hui son premier mardi de l'inavouable ! Avouez que là, je suis dans le sujet avec ce petit livre pour ados avec un bandeau rouge très très laid qui aurait plutôt de quoi nous faire fuir ! Et vous, avez-vous quelque chose à avouer ?

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 18:47

Jonathan Stride, policier cinquantenaire, voit surgir cinq ans après le décès de son épouse des traces du temps de leur adolescence : revenue à Duluth, Tish, une camarade de lycée devenue journaliste, l'invite à se pencher à nouveau sur une affaire de meurtre irrésolue survenue en 77, l'année de leurs dix-huit ans.

Cet été-là, alors que Brian et Cindy se préparaient à leur première fois ensemble, la soeur de Cindy, Laura, se faisait assassiner sauvagement sur une plage voisine. Le coupable, un vagabond de passage, désigné d'office, quitte la ville brusquement. L'affaire s'arrête là, faute de mieux... Trente ans plus tard, Jonathan découvre de nouvelles preuves qui le laissent penser que son épouse lui cachait de sombres secrets.

 

voyeur

 

Voilà un page turner redoutable ; rien de bien original, loin de là, dans l'intrigue ou son traitement, pourtant. Dès le départ, j'ai même pensé que l'auteur faisait un peu trop dans le mélo pour la psychologie de ses personnages : Jonathan a perdu son épouse d'un cancer, et son père d'un accident lorsqu'il avait quinze ans ; sa nouvelle compagne a perdu son premier mari, assassiné ; la mère de Tish a été tuée lors d'une prise d'otage ; la mère de Cindy et Laura était décédée trop tôt elle aussi... Aucun personnage ne semble épargné d'un drame personnel à partir duquel il s'est construit : on touche à la caricature du thriller.

 

Même l'intrigue reposant sur le voyeur qui sévit de nos jours parait au départ un peu fine : elle se corse et s'améliore lorsque la jeune Mary, handicapée mentale, fait son entrée. L'ensemble des passages la concernant, notamment les derniers, ainsi que ceux de ses parents, sont touchants et plus persuasifs que les autres.

 

Il est intéressant de constater que l'ouvrage alterne entre un récit à la troisième personne, qui se centre aussi bien sur Stride que ses partenaires ou les parents de Mary, et des passages pris en charge par Tish, qui écrit un roman sur le drame de son amie Laura. Ces passages, qui apparaissent au départ d'une utilité discutable, révèlent leur importance au fur et à mesure que son récit avance.

 

Comme je le disais d'emblée, malgré ces remarques, ce fut une lecture plaisante et rythmée : si je craignais au départ un ensemble un peu mou, à l'image des mauvais Higgins Clark, je suis revenue sur mon opinion en avançant dans le livre et ai même, je le confesse, écrasé une larme au moment de l'épilogue. Nul doute que Brian Freeman, sans avoir réinventé les codes du genre, se réserve un succès probable avec un livre efficace !

 

Merci à la Librairie Dialogues pour cette lecture en avant-première (sortie le 10 février) !

 

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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 12:04
Mon incursion dans le domaine de la fantasy n'est pas encore très probante. D'ailleurs, le rayon de ma bibliothèque concernant la fantasy ne compte qu'un Fabrice Colin et vingt-et-un Pratchett. Je suis limitée. Mais il ne sera pas dit que je laisse couler la maison Pocket, au moins (Et pourquoi ce violet gris sur la tranche chez toutes les maisons d'édition, hmm ?)

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Il était temps de remédier à cette situation, même si j'avoue prendre peur dès que je vois une couverture avec des animaux merveilleux, des sorciers un peu trop lookés et un titre tirant sur l'ésotérisme.
Quand Craklou a lancé son challenge La Fantasy pour les nuls, j'ai compris qu'il y avait un message caché là-dessous. Et me voilà plongée dans les abîmes de la fantasy...

2010-03-30 12.17.17

C'est grâce à l'équipe de BOB et à la collection Folio SF chez Gallimard que j'ai mis le nez dans la fantasy made in France. Avouez qu'ils ont tous fait pour ne pas m'effrayer : un titre joliment mystérieux, qui tinte comme une clochette, et une couverture tout en ombres et en lumière sur le corps tatoué d'une jeune femme endormie, rien que de très joli.

"Bon, vas-y, dis-moi plutôt de quoi ça parle !"

Serpentine est un recueil de nouvelles ; voici une courte présentation de celles que j'ai préférées.

Dans Serpentine, un homme se rend chez un tatoueur pour se faire représenter une pulsion sur le corps... Le tatoueur s'exécute au moyen d'une encre aux pouvoir magiques, qu'il partage avec quatre autres professionnels : cette encre, qui change de nom au gré de ses utilisateurs, empêche, entre autres, la réalisation des événements, peurs et rêves tatoués sur les corps...

Elégie est un texte splendide, dans lequel une mère lance une supplique à un arbre de la foret voisine, qu'elle soupçonne de lui avoir enlevé ses enfants. Elle est prête à se sacrifier et à entrer elle aussi dans l'arbre.

Dans Nous Reprendre A La Route, une jeune femme se retrouve seule sur une aire d'autoroute, après le car qui l'emmenait jusqu'à Strasbourg l'a oublié en chemin. Elle fait la connaissance de Léo, une petite punkette qui a l'habitude de se rendre souvent sur les scènes d'accident. L'on comprend ensuite que tous les gens présents sur cette aire ne sont pas en transit...

Rêves de cendre m'a paru très inquiétant : on y fait la connaissance d'une jeune fille fascinée par le feu, prête à tout pour y retrouver un oiseau qu'elle a l'impression d'avoir vu, dessiné par les flammes, dans la cheminée, lorsqu'elle était petite.
J'ai trouvé cette nouvelle à la fois effrayante et très belle, et j'ai eu l'impression fugace de comprendre ce que pouvait ressentir un pyromane, ou tout autre personne affectée par ce genre de manie.

Dans Le Faiseur de pluie, deux enfants qui s'ennuient voient apparaître le personnage de leur dessin...

Les autres nouvelles, pourtant jolies aussi (Mémoires des herbes aromatiques, Matilda...), m'ont un peu moins convaincue.

Voilà un recueil que j'ai trouvé à la foix complet et complexe : les personnages sont torturés ou résignés, mais tous porteurs d'un secret déterminant pour leur vie ; les décors, mystérieux, souvent plongés dans le silence ou la pénombre, sont inquiétants (même dans Matilda, en pleine salle de concert peuplée d'inconnus en transe et prêts à tout !).
L'écriture de Mélanie Fazi est un vrai régal : tout en délicatesse apparente, l'écriture se révèle puissante et nous entraîne dans les méandres des pensées torturées des personnages.
Je termine avec un extrait d'Elégie, juste pour le plaisir :
"Laisse-moi devenir toi. Je viens en paix, ivre de ton parfum, goûter le parfum rassurant du bois sous mes paumes. Je veux me fondre en toi, laisser l'écorce m'engloutir. Plus tard, peut-être, tu me recracheras. Je me ferai mère porteuse pour toi si c'est ce que tu souhaites. [...] Laisse-moi vous rejoindre. Altère-moi s'il le faut, nourris-moi de ta sève. C'est avec plaisir que je me ferai arbre - pour ce que j'ai à perdre ici. Je ne te crains plus, tu vois. Tout ce que je désire, c'est atteindre les deux visages, ajouter le mien à la fresque."

Merci à BOB et à Folio SF pour cette belle découverte.
Et voilà le logo de Craklou, à l'occasion de cette première lecture !

Fantasypourlesnuls.jpg

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 21:12
Moi qui ne me suis jamais très bien entendue avec la littérature de jeunesse, me voilà ravie de pouvoir fourrer mon nez dans un CDI lycéen. J'y ai trouvé une jolie pépite, chaudement recommandé par le maître des lieux, et que j'ai lu il y a quelques jours.


Avouez que la couverture est toute mignonne : des pieds de petite fille, chaussés de jolies sandales et entourés de papillons... Elle reflète exactement ce qu'on va trouver dans le livre : une petite fille qui marche dans ses rêves et se construit une vie de famille qui la satisfait plus que sa vie réelle...

"Bon, vas-y, dis-nous plutôt de quoi ça parle !"

Loulou
a dix ans. C'est une petite fille plutôt silencieuse et bien plus avancée que les enfants de son âge. Un jour, sa maman l'emmène assister à l'hommage rendu par François Mitterrand à Jean Monnet lors du transferts des cendres de ce dernier au Panthéon. Et là, c'est la révélation : Loulou, subjuguée par le Président, est alors persuadée que Mitterand est son véritable père.

J'ai quasiment lu ce livre d'une traite : à peine 120 pages, ça me change de mes pavés du moment ! Mais, même s'il avait compté deux cents pages de plus du même acabit, j'aurais tout autant savouré sa lecture.

Quelle belle histoire... Au début, c'est assez amusant : voir Loulou se réjouir de ce nouveau père, lui trouver tout un tas de qualités qu'on n'aurait pas spontanément associées à ce papa qu'on appelle Tonton, ça m'a beaucoup plu. Mais, au fil des pages, on comprend la véritable teneur de la relation entre Loulou et son "vrai" père.

Ce père, qui n'a pas de nom, et qui prend parfois la place de Loulou en tant que narrateur, est à la fois pathétique, méprisable et touchant. Séparé de la mère de Loulou, il fréquente Suzanne, une femme de caractère qui mène la danse. Lui, que Loulou trouve si hautain, si fier, si loin d'elle, est littéralement dominé par cette Suzanne, phagocyté par son besoin de porter la culotte. Suzanne a l'air de bien plus compter pour lui que cette petite Loulou, qu'il trouve étrange et bien trop silencieuse.

Mais un jour, après une énième sortie père-fille qui tombe à plat, Loulou se retrouve paralysée des jambes, d'un coup. Elle doit passer un temps fou à l'hôpital et passe son temps à créer des collages de photos d'elle et Mitterrand. Son père, qui vient un jour la voir, doit l'attendre pendant des examens médicaux et découvre ce cahier de collages : au départ amusé, il est ensuite vexé, troublé, anéanti. Il écrit alors une lettre, grand cri d'amour pour Loulou, qui nous est donnée à la fin du livre.

Si le début est amusant, on rit moins ensuite : la petite Loulou, avec ses réflexions d'adulte, m'a paru en proie à une détresse profonde, qu'elle ne peut expliquer à sa mère, d'ailleurs presque absente, mais qu'elle évoque avec son amie Marilou, elle aussi en quête d'un nouvel idéal paternel. C'est une très jolie histoire de relation père-fille, bancale s'il en est, mais pourtant profonde et sincère. L'alternance de narrateurs est précieuse et permet de se confronter aux pensées de chacun d'eux. La paralysie de Loulou, qui l'empêche de se dérober à la rencontre avec son père, les aura finalement rapprochés et les aura fait se re-découvrir timidement, maladroitement, mais sûrement.

Merci, Elsa Flageul, pour ce premier roman (paru en janvier 2009) très joli et très réussi. Je m'étonne qu'il soit passé inaperçu chez vous !
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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 13:01
J'ai enfin plongé mon nez dans cet énooorme bouquin la semaine dernière (plus de 1000 pages !) en pensant que ça allait être un calvaire... Et je l'avais en plus réclamé pour Nowël : il était vraiment temps que je m'y mette ! Mais finalement, grand bien m'en a pris : quelle merveille !


(Z'avez vu ma jolie édition ? J'aime !)

"Bon, vas-y, dis-nous plutôt de quoi ça parle !"

L'ouvrage commence par un prologue où l'on assiste à la pendaison d'un jeune homme étrange, roux, rêveur... (Ah oui, nous sommes au Moyen Âge !) Au moment où on lui passe la corde au cou, l'homme entonne une chanson en français, qui glace le sang des officiels qui président cette lugubre cérémonie.
Dans la foule qui se presse pour admirer le supplice se trouve une jeune femme, enceinte, qui est sa compagne : une fois son homme décédé, la jeune femme prend la parole et profère une malédiction envers le moine, le chevalier et le prêtre qui ont condamné le pendu.

Nous faisons ensuite un bond dans le temps pour suivre le périple de Tom le bâtisseur, de sa femme enceinte Agnès et de leurs deux enfants Alfred et Martha. Les temps sont durs, et Tom et les siens se lancent sur les routes à la recherche d'un chantier sur lequel Tom pourrait être embauché. Malheureusement, après avoir connu quelques déceptions, ils ne trouvent aucun travail durable. Agnès, enceinte, se voit contrainte d'accoucher dans la forêt en plein hiver ; elle va malheureusement y laisser la vie. Tom, accablé par le chagrin, enterre sa femme sur place et se résoud à prendre une affreuse décision : il abandonne son nouveau né, lui qui doit d'abord penser à assurer la subsistance de ses deux premiers enfants.
La route de Tom, Alfred et Martha reprend et va bientôt se lier pour longtemps avec celle d'Ellen et Jack, une marginale et son fils qui vivent dans la forêt. Tom ne désespère pas de réaliser son rêve : bâtir une cathédrale...

Ce rêve pourrait bien devenir réalisable à Kingsbridge, où le prieur d'une communauté monastique, Philip, souhaite recontruire la cathédrale. Il se trouve opposé à l'évêque Waleran Bigod, qu'il a pourtant aidé à accéder au pouvoir.
D'autres rivalités occupent le livre, notamment pour la possession du comté, déchiré entre Richard et sa soeur Aliena, héritiers légitimes, et le brutal William Hamleigh, un jeune noble sanguinaire et assoiffé de pouvoir, qui n'hésite pas à user de violence envers ses sujets et les femmes...

Les destinées de chacun de ces personnages vont se croiser : tous vont s'aimer, se détester, s'unir, lier leurs forces, lutter... même (et surtout) entre les différentes classes sociales. Toute la société est dépeinte : du roi aux hors-la-loi, des prêtres aux commerçants, des pèlerins aux prostituées... 


Si je devais sélectionner un coup de coeur parmi tous les livres dont j'ai parlé sur ce blog depuis près de deux mois, ce serait sans hésitation celui-là. Arrivée au bout des 1000 pages, j'étais peinée que l'histoire se termine... J'en aurais voulu encore !
Ce livre m'a passionnée. Je ne suis pas particulièrement attachée au Moyen Âge, mais tout, tout, tout m'a plu. On en apprend beaucoup sur les personnages que l'on suit pendant près de quarante ans. Le vocabulaire architectural utilisé pour décrire et suivre la construction des cathédrales n'est pas trop confus, et là encore, on en apprend beaucoup.
Je n'en dirais pas plus. Mais si un jour, un SWAP quelconque, une occasion particulière ou autre me donne l'occasion de vous envoyer un livre surprise, la surprise ne tient plus : ce sera celui-là !
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