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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 12:36

C'est avec appréhension que Nicolas a accepté de partir en classe de neige, et cette appréhension le rattrape à toute allure quand son père, qui a tenu à l'accompagner en personne à la montagne pour des questions de sécurité, part sans lui avoir donné la valise contenant toutes ses affaires. Lui à qui il arrive de faire encore pipi au lit a très peur de salir le pyjama prêté par Hodkann, le gros dur de la classe. Pour sympathiser avec lui, Nicolas invente toute une histoire à dormir debout, qui finit par le convaincre lui-même, sur la disparition d'un petit garçon à quelques kilomètres à peine de leur chalet...

 

la-classe-de-neige.png

 

Je n'ai jamais trouvé que dire d'un lire qu'il était court et se lisait vite était un beau compliment ; pourtant, je n'ai pu m'empêcher de me trouver soulagée d'avoir vite lu La Classe de neige. Instillant dès les premières pages une atmosphère très lourde, Emmanuel Carrère présente une famille bizarre. La mère, très discrète, semble absente. Le père, à force de vouloir protéger son fils, le pousse à avoir peur : il tient à l'amener lui-même en classe de neige pour éviter un éventuel accident de car scolaire, et Nicolas se rappelle d'une sortie à la fête foraine où, pour le dissuader de faire confiance à un inconnu, son père lui raconte une sombre histoire d'enlèvement d'enfant et de trafic d'organes. Youpi tralala.

 

Nicolas apparaît au milieu de tout cela comme un petit garçon perturbé : dans un recoin de sa tête, il y a toujours une histoire glauque, ou qui fait peur. Sa tendance à dramatiser, et en même temps à ne pas vouloir ni déranger, ni gêner, le conduit à fuguer un soir et à se mettre en danger de mort. Entre Hodkann, le leader du groupe, et lui, le plus fort des deux n'est peut-être pas celui qu'on croit, car Nicolas semble déjà bien grand mentalement.

 

Le dénouement du livre, qui coïncide avec la résolution de l'enlèvement d'un petit garçon non loin de l'endroit où se déroule la classe de neige, n'est pas dit clairement, mais sous-entendu, à la manière dont Nicolas perçoit les événements autour de lui. Ce qui, selon moi, fait toute la force du livre, c'est justement d'avoir pris Nicolas comme maître étalon d'une histoire d'adultes qui le dépasse, mais dont il se retrouve bien malgré lui prisonnier. Les quelques pages, phrases ou références à son avenir font d'ailleurs bien mal au coeur.

 

Je ne peux donc dire avec certitude que j'ai aimé ou pas aimé : ce qui est sûr toutefois, c'est qu'on ressort changé d'une telle lecture, et que j'aurais peut-être aimé ne pas l'avoir faite, pour tout ce côté malsain qui s'en dégage.

 

Les avis de Calypso et de La Livrophile.

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 18:30

Appelé au chevet de son père, que sa démence visiblement sénile a mis sérieusement en danger, Jake, enquêteur spécialisé auprès du FBI, en profite pour donner un coup de main (le dernier, se dit-il) dans une affaire de meurtres particulièrement atroces commis dans la ville de son enfance : plusieurs victimes sont retrouvées écorchées vives, privées de toute humanité. Les victimes ont toute un point commun : liées à la famille de Jake de manière plus ou moins lointaine, elles semblent avoir été choisi par le tueur pour atteindre Jake personnellement. Craignant pour la vie de sa femme et de son fils, Jake doit se rendre à l'évidence : il doit tuer le meurtrier pour mettre fin à la série de meurtres.

 

linvisible.jpg

 

Vous qui vous arrêtez régulièrement en ces lieux commencez à le savoir : j'adore les thrillers, et c'est le genre que je privilégie pour résoudre toute panne de lecture. Alors, quand nous avons décidé avec  Caro et Khadi, toutes deux jeunes blogueuses prometteuses, mais avant tout amies  chères à mon coeur in real life, de nous lancer dans une première lecture commune, le choix d'un thriller plebiscité par Khadi m'a de suite ravie.

 

Et je dois avouer que L'Invisible a commencé par répondre à mes attentes de manière fort efficace. Déployant un scénario implacable, le livre voit les victimes s'enchaîner tandis que Jake sent se resserrer l'étau autour de lui. La couverture choisie par les éditions Sonatine et reprise par Le Livre de poche reprend clairement l'image du puzzle que l'on va compléter pour comprendre les rebondissements au fur et à mesure de l'enchaînement des chapitres.

 

L'univers de Jake est brillamment dévoilé par l'auteur : ancien alcoolique, drogué jusqu'à la moelle, Jake est sur la brèche depuis son adolescence, et ne doit son salut qu'à la présence de Kay, sa compagne elle aussi repentie et qui l'aide à se stabiliser. Il doit également composer avec une ombre qui plane depuis son enfance sur sa vie : l'assassinat de sa mère, jamais résolu depuis une trentaine d'années. Toutefois, là où tout cet arrière-plan pourrait être très lourd, il participe ici de la création d'une atmosphère pesante telle que j'aime la retrouver dans les thrillers, au bon sens du terme donc.

Jake possède aussi un talent très particulier pour comprendre les scènes de crime : "Son véritable talent [...] était sa capacité à peindre les derniers moments de la vie des autres. Et grâce à cette aptitude mystérieuse et souvent effrayante, Jake Cole était très doué pour traquer les monstres."

 

Les chapitres, souvent courts, font alterner les moments d'enquête et d'introspection par Jake, mais on assiste également au déploiement et au déchaînement progressif d'un ouragan qui, d'une ampleur exceptionnelle, symbolise à mon sens la recrudescence de violence au fur et à mesure de l'intrigue. Mais jamais cet ouragan ne sera exploité suffisamment par l'auteur, ce que je regrette puisqu'il aurait été un élément fort intéressant d'arrière-plan. J'ai aimé toutefois cette petite pique adressée par l'auteur à ses contemporains : "Jake observait les gestes nerveux et précipités des gens qui fuyaient leur domicile et se demandait quand, exactement, la devise des Américains était devenue : Pour me prendre ma télévision il faudra me passer sur le corps."

 

Et si l'exploitation insuffisante de l'ouragan m'a déplu, je crois que le bouquet final aura quand même été la fin, aussi décevante que le reste m'avait paru passionnant. Dure a été la chute ! Toute autre solution m'aurait davantage convenue que celle choisie par l'auteur : de très nombreuses questions restent en suspens quant au sort des parents biologiques de Jake, quant au meurtre de Mia, quant à ses tatouages... Et le ridicule des scène finales n'a rien arrangé.

 

Ainsi, ce qui aurait pu être un vrai bon thriller se voit gâché au moment le plus délicat par un choix, vu et revu d'ailleurs, hautement discutable.

 

Heureusement, mes camarades de jeu Khadie et Caro sont partantes pour qu'on retente l'expérience dès le mois prochain ! Elles aussi partagent mon avis, et vous pouvez retrouver leur avis sur leurs blogs respectifs !

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 08:00

Lorsque son mari décède brutalement dans un accident, Désirée n'avait pas imaginé un seul instant son veuvage précoce. Après des années de vie commune plutôt plan-plan, voilà que son horloge biologique se réveille et que son coeur palpite pour l'inconnu qui vient entretenir au cimetière la tombe voisine de son défunt mari ! Pourtant, il n'a rien pour lui plaire, ce grossier personnage tout droit sorti de sa ferme et qui ne lit jamais. La réciproque est tout aussi valable : pourquoi lui plait-elle, à lui, cette bibliothécaire terne dénuée de tout sens pratique ? Mais leur histoire, qui balaie d'abord leurs différences, est bien vite rattrapée par les réalités de la vie.

 

 

mazetti

 

A l'époque de sa sortie, j'avais comme tout le monde remarqué la jolie couverture de ce roman suédois, mais ma chère  Caroline n'avait guère apprécié sa lecture et j'avais repoussé le moment de m'y mettre...

 

C'est désormais chose faite et, à l'instar de Khadie qui l'a lu récemment, je dois reconnaître que j'ai aimé !

 

Tout l'intérêt du roman repose sur le contraste très fort entre les deux personnages, Désirée et Benny. L'une est bibliothécaire, l'autre paysan ; elle lit des livres, il se contente de ses revues agricoles. Il aime la nature tandis qu'elle se réfugie à l'opéra ; il aime la bonne cuisine mais elle achète du surgelé... J'en passe et des meilleures. On s'amuse dans les premières pages de voir leurs différences disparaître dès lors qu'ils se découvrent l'un l'autre, et leur entente charnelle dépasse toutes ces différences. De très jolis passages racontent leur intimité, et Désirée se révèle la femme sensuelle qu'elle a cru ne jamais devoir être, parce que son époux ne lui faisait tout bonnement aucun effet.

 

La re-naissance de Désirée prend tout son sens dans le roman grâce aux efforts de Benny pour lui rendre la joie de vivre qui lui manque. Malgré tout, leurs deux caractères s'opposent irrrémédiablement, et j'ai pris parti pour le pauvre Benny qui, malgré tous les efforts du monde, ne peut apprivoiser l'aérienne Désirée.

 

Par ailleurs, j'ai frémi pour la pauvre Marta, la meilleure (la seule ?) amie de Désirée, malmenée par un homme pour lequel elle a tout fait, allant jusqu'à se faire ligaturer les trompes parce qu'il ne veut pas d'enfant, et qui le voit un beau jour débarquer accompagné d'une autre enceinte jusqu'aux yeux... Argh !

 

Le Mec de la tombe d'à côté aura donc été pour moi une lecture agréable, pleine de bons sentiments, mais pas que, et dont les personnages hauts en couleurs sont l'atout majeur.

 

Merci, ma Caro, pour le prêt ! D'autres avis chez Heclea, Hilde, Calypso, Frankie, Riz-Deux-ZzZ...

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 11:18

Lorsqu'on retrouve, un dimanche matin, un homme avec une broche à rôtir plantée dans l'oeil, c'est le procureur Teodore Szacki qui se retrouve dépêché sur les lieux du crime, un ancien monastère au coeur de Varsovie, utilisé désormais pour des séances de thérapie collective. Si Teo soupçonne fort logiquement l'un des participants à ces séances de psychothérapie, il doit rapidement se rendre à l'évidence : le meurtre d'Henryk Telak est lié à l'histoire communiste de la Pologne, que certains personnages influents préfèreraient voir tue à jamais. En plus de mener à bien une enquête dangereuse, Teodore va devoir composer avec sa patronne, son épouse et une jolie journaliste qui le fait craquer, et remettre en cause son quotidien.

 

lesimpliques.png

 

J'avais déjà eu la chance de recevoir, il y a quelques mois, le premier titre paru aux toutes jeunettes éditions Mirobole, Nid de guêpes, un policier danois. Cette fois, cap sur la Pologne !

 

J'accorde aux Impliqués toute l'originalité qui manquait à Nid de guêpes. La forme, déjà, est intéressante : le livre est découpé en journées, du 5 au 18 juin 2005, entre le moment du meurtre et la résolution de l'enquête, et chacune de ces journées débute par un rappel de l'actualité de la Pologne et de Varsovie à ce moment-là. De plus, les incursions de Teo dans la ville pour les besoins de l'enquête sont l'occasion pour l'auteur de raconter sa ville plus que de la décrire. C'est un véritable bain dans Varsovie, l'histoire et la culture polonaises, ce que j'ai apprécié.

 

L'enquête elle-même prend au fil des 400 et quelques pages une dimension historique : le meurtre d'un simple homme d'affaires dépasse le cadre familial et particulier pour atteindre l'Histoire, avec un grand H. Les années sombres de la Pologne communiste forment le cadre du roman, mais à un aucun moment l'auteur ne se perd dans des explications interminables qui pourraient nous perdre. Au contraire, il sait mettre au service de l'enquête les détails historiques fournis sans engluer la narration et l'avancée de l'intrigue.

 

Cette enquête tout entière tourne autour de questions posées aux techniques de psyschothérapie mises en oeuvre par le docteur Rudzki, adepte de la méthode de la constellation familiale. Je ne connaissais pas ce mode de fonctionnement qui semble à la fois fascinant et dangereux dans les conséquences qu'il engendre pour les personnages. Le procureur semble d'ailleurs sceptique et intrigué par ce que cette thérapie particulière pourrait lui apprendre sur lui-même.

 

En effet, Teo est un héros riche et complexe. Marié à une femme qu'il aime pourtant, il alterne entre des phases de désir et de mépris pour celle qui se laisse aller chez eux alors qu'elle se pomponne pour aller travailler, mais il est très conscient des failles de son jugement. Par ailleurs, il se laisse charmer par Monika, une jeune journaliste qui lui renvoie une image flatteuse de lui-même, et ne sait mettre un terme à un flirt qui lui complique la vie en même temps qu'il semble le libérer.

 

Pour résumer, donc, Les Impliqués est un policier fort bien documenté, qui sait faire la part belle à l'histoire de la Pologne sans perdre de vue une enquête minutieuse (le coup de la broche à rôtir, brrrr !), et dont le héros, Teo Szacki, se révèle être un homme à la fois réfléchi et humain.


L'auteur a d'ores et déjà écrit le volume 2 des enquêtes de Teo, que Mirobole publiera en 2015 : je dis oui !

 

Merci aux éditions Mirobole pour leur confiance !

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 20:40

Ruth Ellis, une jeune femme qui se maquille pour ressembler à Marilyn Monroe, n'a connu que des malheurs dans sa vie personnelle et, rêveuse, accorde une grande confiance aux hommes à qui elle vend ses charmes pour qu'ils la sortent du caniveau. Mais c'est de David Blakely, ce séduisant coureur automobile, dont elle est amoureuse, et dont elle attend un enfant : là, c'est sûr, son bonheur est fait. Mais David ne veut pas entendre parler de cet enfant, et Ruth, après les coups de trop, se venge. Condamnée à mort, elle sera exécutée par Albert Pierrepoint, dernier bourreau à avoir du exécuter une femme au Royaume-Uni.

 

lapenduedelondres.jpg

 

J'ai lu pour la première fois un ouvrage de Didier Decoin grâce au magnifique  Est-Ce Ainsi Que Les Femmes meurent ?, qui relatait déjà une histoire tirée d'un fait réel : la jeune Kitty Genovese mourait après une agression alors que plusieurs voisins étaient témoins de son agonie.

Déjà, le style extrêmement touchant de Decoin avait fait mouche.

 

Pour cette deuxième lecture, j'avais acheté à sa sortie (en mai, voyez à quel point je tarde) La Pendue de Londres, évoquant une histoire vraie romancée par les bons soins de Decoin. Cette histoire avait fait l'objet d'une émission sur RTL, "L'Heure du crime", animée par l'inimitable et légendaire Jacques Pradel, au cours de laquelle Didier Decoin, invité, avait raconté et détaillé les détails de l'affaire Ruth Ellis. Je n'avais pu résister, et à peine acheté, le livre était lu.

 

Au cours de ce roman, deux destins se croisent : d'une part, Ruth Ellis et son cortège de malheurs, de l'autre, le modeste Albert Pierrepoint, bourreau excessivement précautionneux. Ces passages sont particulièrement émouvants : Pierrepoint a le scrupule de ne pas faire souffrir plus que de raison les condamnés qui lui sont soumis, et exécutera (au sens propre comme au figuré) les tâches qui lui incombent avec toute l'application possible. Il est touchant de constater qu'il cachera longtemps à son épouse cette activité, en plus de son métier "officiel".

 

Ruth Ellis quant à elle semble cumuler sur ses épaules toute la misère du monde : née dans un milieu plus que modeste, elle grandit sous le joug d'un père incestueux, dont les abus sont couverts par une mère aveugle au malaise de Ruth. Trop facilement amoureuse, elle restera malgré sa force de caractère une victime permanente des hommes, qu'elle attire, qu'elle fascine mais dont elle révèle les pulsions de violence. Mais un jour, c'en est trop... Et Didier Decoin présente pudiquement la prise de conscience de Ruth : "Or ce n'est pas parce qu'elle a passé le plus clair de son temps  à endosser à peu près tous les rôles de victime au répertoire féminin que Ruth Ellis a jamais eu la moindre attirance pour la souffrance."

 

Les deux destins se croiseront dès lors que la condamnation de Ruth sera prononcée, et Pierrepoint reconnaît la difficulté extrême de la tâche : comment donner la mort à cette jeune femme, gracile et au regard si doux, sans être atteint personnellement ? Détail, non pas amusant, mais qui révèle les mystères des destinées humaines : Pierrepoint et Ruth Ellis se croiseront un soir dans un bar, bien loin de s'imaginer que l'un devra un jour accompagner l'autre jusqu'à la mort... "C'est ainsi que la jeune fille qui ressemble un peu à Marilyn Monroe et le bourreau qui ressemble un peu à Stan Laurel se rencontrent un soir de brume par le plus grand des hasards, et presque aussitôt s'écartent l'un de l'autre sans pressentir le moins du monde que la vie, et la mort, vont bientôt les réunir à nouveau."

 

Nul doute que Didier Decoin n'a pas son pareil pour évoquer la singularité des destins féminins, et que je lirai avec plaisir, même si les sujets sont difficiles, d'autres de ses titres.

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 01:00

La mort accidentelle et brutale de son épouse laisse l'écrivain Mike Noonan complètement démuni : pendant plusieurs années, il ne peut plus écrire et sa carrière semble toucher inévitablement à sa fin. De plus, alors qu'ils essayaient d'avoir un enfant depuis longtemps, Mike apprend que sa femme était enceinte à sa mort. Il décide alors d'aller se réfugier dans leur maison secondaire auprès d'un lac, pour réfléchir et tâcher de se reprendre en main.

Il rencontre dans son voisinage la petite Kyra, qu'il sauve d'un accident certain, et sa maman Mattie, une très jeune veuve à laquelle il s'attache. Mais le beau-père de Mattie, qui veut la garde de sa petite-fille, ne leur laisse aucun répit et les traîne en justice.

Par ailleurs, Mike fait dans sa maison l'expérience de phénomènes effrayants et hors du commun qui lui laissent à penser que des esprits, pas forcément bienveillants, hantent les lieux.


 

sacdos.jpg

 

Après avoir lu  Blaze, en début d'été, j'avais envie de renouer avec un "vrai" Stephen King comme je les aime : d'une longueur certaine (726 pages ici) et effrayant à souhait. Bingo !

 

Le livre commence par ce que certains pourront considérer comme des longueurs, mais qui constitue ce que j'aime beaucoup chez l'auteur, c'est-à-dire la mise en place du décor et une présentation très intime des personnages : Mike, le narrateur, s'étend sur la vie qu'il mène à la mort de son épouse Jo. Veuf à 36 ans, Mike est entouré de la famille de Jo, mais il s'en éloigne pour se retirer dans leur grand chalet, au lieu-dit Sara Laughs. On apprend qu'une grande famille d'artistes et de chanteurs noirs, les Red-Top Boys, menés par Sara Tidwell, s'est installée il y a une cinquantaine d'années.

 

Ce qui pourrait n'être qu'une anecdote va se révéler être le point de départ de l'intrigue et surtout des phénomènes terrifiants dont Mike sera la victime : cauchemars interminables et extrêmement perturbants, cris et pleurs inexplicables dans la nuit d'une maison vide, magnets alphabet qui se mettent à former des mots sur le frigo, etc. Sara et sa bande ne sont pas partis d'eux-mêmes, mais ils ont été harcelés et pris pour cible par le racisme ambiant véhiculé par les autochtones de l'époque, et Sara hante les lieux pour réclamer vengeance...

 

J'étais loin de faire la maline en lisant ce livre en pleine nuit ! J'ai eu le plaisir et le frisson de retrouver les mêmes sensations que lors de mes premières lectures adolescentes de Stephen King... à croire qu'à l'époque, j'avais le coeur mieux accroché ! Outre les passages terrifiants dont King a le secret, j'ai aimé voir la communication télépathique entre Mike et Kyra, communication dont King a l'habitude et qu'il attribue souvent à des personnages en état de stress et d'angoisse intense. Encore une fois, le Maine offre à Stephen King le décor fantastique, au sens littéraire du terme, d'une intrigue dense.

 

Je ne crois pas que j'avais déjà lu ce livre auparavant, mais ce fut une lecture riche en émotions !

 

Les avis de Shanaa, Tigger Lilly, Lonewolf.

 

Et les autres Stephen King chroniqués sur le blog sont ici :

Blaze, Stephen King (alias Richard Bachman)

Carrie, Stephen King

La Cadillac de Dolan, Stephen King

Dolores Claiborne, Stephen King

Dôme 1, Stephen King

Misery, Stephen King

La Petite Fille qui aimait Tom Gordon, Stephen King

Le Pistolero (La Tour sombre, tome 1), Stephen King

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 01:00

L'anthropologue judiciaire Temperance Brennan se rend au Guatemala pour aider à l'identification des corps des victimes de la guerre civile tuées entre les années 60 et 90. Bientôt, on l'appelle à la rescousse pour travailler sur une affaire en cours, la disparition de plusieurs jeunes filles qui ont peut-être un lien entre elle. Mais Tempe se rend compte que les responsables des massacres de la guerre civile ont un rapport avec cette nouvelle affaire : tout est lié, et elle se retrouve en danger...

 

secrets-d-outre-tombe

 

J'ai lu ce thriller au cours du  Challenge des 1000 il y a une quinzaine de jours : ce fut un choix parfait que ce page-turner !

 

Comme tous les amateurs de séries télévisées, je connaissais déjà Temperance Brennan par le biais de Bones. Je dois d'ailleurs avouer que je n'ai jamais été une grande fan de cette série, que j'ai toujours trouvée un peu molle ; l'héroïne elle-même ne m'a jamais convaincue, trop froide, trop "lointaine". J'avais du coup quelques réticences à lire ce titre, qu'on m'avait prêté : quelle ne fut pas ma surprise de constater que la Temperance Brennan version papier n'a que de vagues liens avec son alter ego télévisé ! Elle n'a rien d'une handicapée sociale, du moins pas dans cet opus, et fait preuve d'un véritable caractère bien trempé et sans concession : en bref, c'est une femme de tête ! Les explications scientifiques et observations anatomiques ne sont pas légion, mais sont toujours extrêment précises et détaillées : on rejoint là la série télévisée et ce que je peux apprécier dans celle-ci ; tant mieux, donc !

 

L'intrigue est bien construite, puisqu'elle révèle les ponts entre la guerre civile, censée être terminée, et le pouvoir en place, dont on se rend compte qu'il abrite encore d'anciens criminels. J'ai aimé le récit à la première personne, qui laisse la part belle aux réfléxions de Temperance et qui se raconte en même temps qu'elle vit cette double enquête.

 

Il s'agit là de la cinquième enquête de Brennan : nul doute que je lui donnerai à nouveau sa chance à l'avenir... peut-être pour un nouveau challenge ?

 

L'avis d'Hanaëlle.

 


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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 01:00

L'holmésologie, c'est la discipline quasi scientifique selon laquelle Sherlock Holmes ne serait pas un simple personnage de fiction mais bien un personnage historique, ayant réellement existé. Alors que la première chaire d'holmésologie est créée à la Sorbonne, les candidats en lice à l'obtention de cette place se livrent une lutte enragée à l'hotêl Baker Street : c'est à celui qui livrera le plus gros scoop sur Sherlock Holmes ! Mais bientôt, les participants sont décimés un à un... Qui veut la mort des spécialistes ? Un concurrent ? Un fantôme ? C'est ce sur quoi enquête le commissaire Lestrade !

 

sherlock.jpg

 

 

J.M.Erre, c'est bien simple, est selon moi l'un des auteurs français les plus drôles du moment. Que dis-je, LE plus drôle. Après les désopilants Série Z, Prenez Soin du chien et  Made in China, il était logique que je lise Le Mystère Sherlock maintenant sorti en poche.

 

Le roman se révèle être un roman policier tout à fait convaincant, sur le modèle des  Dix Petits Nègres qui sert de référence au cours de l'enquête. Le commissaire Lestrade enquête sur la mort des participants au colloque à partir des notes prises par l'une des victimes, Audrey, une journaliste sous couverture qui assiste à l'événement et note ce qu'elle voit pour les besoins de son ouvrage, Sherlock Holmes pour les Nuls. Il faut dire qu'elle a de quoi faire : les membres sont tous plus allumés les uns que les autres ! Jean-Patrick entend la voix de Sherlock lui parler depuis les cieux, Eva joue de ses attributs siliconés, Dolorès se réfugie dans la prière, Durieux écrit ses Mémoires, Mc Gonaghan joue la carte de l'humour mais est le plus prétentieux de tous, Manolete a un physique à faire peur... Et tous rivalisent d'ingéniosité pour décrocher la place, avant de tous mourir un par un ! Mais on fera confiance à la police pour résoudre l'enquête ; admirez le talent de ses membres : "Puisque tout se passait derrière lui et que sa parano commençait à se réveiller, le lieutenant Poséïdon fit ce que des années d'entraînement au sein des troupes d'élite des soldats du feu lui avaient appris en termes de prise d'initiative et de réactivité : il se retourna." Et la résolution de l'enquête n'a rien à envier aux "véritables" policiers, avec des retournements de situation jusque dans les dernières pages !

 

Le style de J.M. Erre fait la part belle aux jeux de mots et au comique de situation : chaque page est un prétexte à de nouvelles blagues qui font mouche. Il a un vrai talent pour les comparaisons, qui fleurissent dans cet ouvrage ; par exemple : "Depuis des mois, rongée par une haine sauvage, Dolorès penche du côté obscur. En elle bout une envie de meurtre à l'état brut dont on ne trouve guère d'équivalent que chez la hyène hypoglycémique ou le supporter de football à qui un arbitre coprophage enfanté par une péripatéticienne a volé un penalty".

 

Vite, vite, un autre titre !

 

Les avis de Clara, Mrs Pepys, Argali, Alex, Pierre, Lady K, La Livrophile, Petite Fleur.

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 01:00

Seize ans après son dernier voyage au Japon, Amélie retourne sur les terres de son enfance sous le prétexte d'un documentaire télévisé pour y retrouver Nishio, sa nourrice, et Rinri, l'amour de ses vingt ans.

 

nothomb.jpg

 

Avoir dans les mains le dernier Nothomb, c'est un peu se sentir privilégiée, quand même, surtout un mois avant sa sortie officielle : ma lecture date du mois de juillet. Mais c'est aussi un affreux moment de doute : au rythme d'un titre publié par an, il y a des bons crus, mais aussi de moins bons. D'ailleurs, ces dernières années, j'en avais surtout croisé de moins bons. Alors, au moment de se jeter dans la lecture, on respire un grand coup, et on s'attend à tout.

 

Et finalement, c'est une bonne pioche. Le retour au Japon est un moyen pour l'auteur de retrouver deux figures marquantes de sa vie là-bas, la douce Nishio-san, qui n'a plus toute sa tête, et le gentil Rinri, envers lequel elle pense avoir été trop cruelle avant de se rendre compte qu'elle a fait le bon choix.

 

Amélie Nothomb adopte dans cette oeuvre le même ton que dans ses interviews ou interventions dans les médias : planant, flottant, décalé, à la fois serein et bousculé, amusant et amusé, son style plaît toujours. On apprécie qu'elle s'émerveille de "son" Japon, entre permanence et bouleversement depuis le tremblement de terre de Kobé en 1995 et la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011. Le documentaire télévisé est donc laissé en arrière-plan, mais c'est tant mieux : il n'aura été que le prétexte, disais-je, du retour au pays, qui permet à l'auteur de conclure un pan de sa vie pour mieux regarder ailleurs.

 

J'ai donc apprécié ma lecture : sans qu'il s'agisse là d'un chef-d'oeuvre, c'est plutôt "du bon Nothomb". On aimera, on aimera moins, mais pas sûr qu'on déteste, car l'auteur s'y révèle, et ce de manière plutôt touchante. En refermant le livre, on ne peut que lui souhaiter de nouveaux voyages. Mais encore une fois, après avoir lu tant de "moins-bons-Nothomb", n'est-on pas un peu trop indulgent lorsqu'on tombe sur un "pas-si-mal" ?



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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 01:30

Danton, Victor Hugo et Churchill sont les trois grands hommes croqués par la plume puissante et stylisée d'Hugo Boris, qui en dresse trois portraits absolument saisissants.

 

boris.jpg

 

Voilà un roman de la rentrée littéraire qui fonctionne ! Alors que le sujet de départ n'avait rien de particulièrement séduisant, pour moi qui ne lis que très peu de biographies, j'ai été complètement happée par l'écriture d'Hugo Boris.


Dans la première partie, l'auteur revient sur l'enfance de Danton, victime à de multiples reprises de la violence d'animaux et de la maladie, ce qui le défigurera. Il doit composer avec la mort de sa tendre Gabrielle, qui l'aime tant et ne le trouve pas si laid : sa disparition l'accable tant qu'il ira jusqu'à la faire exhumer pour qu'un peintre en fasse un portrait. On le retrouve ensuite à la tribune, puis guidé à la guillotine, croyant jusqu'au dernier instant qu'il pourra y échapper.

C'est peut-être la partie que j'ai préférée, même si l'oeuvre tout entioère est particulièrement forte. Le portrait de Danton est à la fois humain et terrible, et donne à voir le grand homme à travers des faits plus personnels. Je ne peux que transcrire ici ces quelques lignes, absolument efficaces et évocatrices, du Danton orateur : "Les applaudissements l'enivrent et le guident. il s'interrompt, cherche un nouvel aliment pour son prêche. Des fils de salive s'étirent entre ses lèvres. Il se contredit à loisir dans ce festin de mots, soucieux d'abord de son plaisir, des cris et des bravos qui le paient. Si lui n'a pas de notes, c'est qu'il cannibalise sans trembler le plaidoyer de l'orateur précédent, s'en sert comme d'un brouillon pour son propre discours. ll ne supporte pas ces députés qui ne savent pas dire deux paroles de suite. Alors il prend la tribune et s'approprie leur propos, les agrège à son univers, répète des pans entiers de leurs exposés en y injectant le souffle qui leur manquait. Les énoncés des autres sont de vulgaires escabeaux au service de sa propre éloquence. Prononcées par lui, les phrases ne sont plus les mêmes, transfigurées, magnifiées par la puissance de sa voix de basse-contre, le velours menaçant de son regard." (page 26, c'est le petit Post-it sur la photo !).

 

La deuxième partie a pour objet Victor Hugo. Là encore, le style est acéré, et le Victor Hugo qui prend vie se révèle bien loin de l'image paternelle rassurante que transmettent les portraits du grand auteur que l'on connaît tous. Hugo est dépeint comme un homme à femmes, certes, mais un prédateur qui collectionne les femmes, même les plus jeunes. Un étrange parallèle est construit entre l'âge de ses maîtresses et celui de sa fille regrettée, Léopoldine ; par la suite, d'autres remarques laissent toujours planer un doute sur la nature de l'affection qu'Hugo porte à ses filles et petite-fille. Etrange, donc.

Là encore, la carrière du grand homme n'est dépeinte qu'à travers le prisme de la vie privée, ce qui est encore plus fin que dans la partie sur Danton. J'ai découvert comment Hugo avait survécu à tous ses enfants, comme un carnassier qui les aura dévorés les uns après les autres, ces enfants qui n'ont pas eu la place d'exister à côté de lui. Le sous-titre de la partie est d'ailleurs le suivant : "Où l'on apprend que Danton s'est trompé puisqu'il suffit de manger ses enfants pour gagner en longévité."

 

Enfin, la troisième partie concerne Winston Churchill, depuis son enfance, triste période au cours de laquelle le petit Winston est délaissé, abandonné par ses parents, jusqu'à l'après-guerre qui dévoile l'infinie mélancolie du grand Churchill. L'homme politique se construit sous nos yeux, dépassant de bien loin les maigres espoirs que son père avait pour lui, faisant fi des prétentions d'Hitler qu'il considère pourtant comme le seul ennemi à sa taille, et ne comprenant pas la fuite du gouvernement français au moment où les Allemands s'engouffrent dans la brèche en mai 1940.

Cette fois, le grand homme nous est donné à voir dans les souvenirs de Churchill lui-même, qui revient sur sa destinée.

 

Dans les trois parties, les vies des trois hommes se croisent, Hugo se comparant à Danton, Churchill à Hugo et admirant la statue de Danton, comme s'il existait des liens presque tangibles entre ces trois figures. Le livre est une belle réflexion sur la question de savoir ce qu'est un grand homme, et forme une leçon d'humanité à travers la leçon d'histoire. Magistral.

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Published by Neph - dans B
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