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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 15:23

Tess Durbeyfield, née d'un père rêveur et alcoolique et d'une mère dépassée par sa maison à tenir, grandit en apprenant à être responsable d'elle-même et de ses frères et soeurs. Alors qu'elle remplace son père pour emporter une carriole au marché, leur âne décède. Tess se sent terriblement coupable et accepte, pour atténuer sa culpabilité, d'aller demander à une supposée parente nommée D'Urberville de l'employer. En effet, depuis que le père de Tess a appris que leur famille descendait de nobles déchus du voisinage, il n'a de cesse de retrouver le faste du passé.

Si Tess est embauchée, c'est grâce au jeune Alec d'Urberville qui abuse bientôt de la confiance de la jeune femme. Quatre mois plus tard, Tess n'a d'autre choix que de rentrer chez elle, enceinte d'un enfant qui mourra peu après sa naissance. Mais Tess est déshonorée et s'engage à nouveau loin de chez elle pour ne pas subir le regard accusateur des autres. Employée dans une laiterie, Tess rencontre le jeune Angel Clare, fils d'un pasteur. Leur histoire s'annonce sous les meilleurs auspices, mais Tess redoute le poids du secret qui pèse sur elle.

 

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La couverture, si jolie, n'est pas étrangère au choix du livre à la librairie ! J'en ai profité pour racheter Les Hauts de Hurlevent dans la même collection, juste pour la couverture ! 

 

J'avoue sans complexe aucun que je n'avais aucune idée du sujet du livre en le choisissant à la librairie. D'emblée, j'ai aimé le personnage de Tess, jolie et pleine de vie : "C'était une belle fille, bien faite, pas mieux que d'autres peut-être, mais sa bouche mobile d'un rouge de pivoine et ses grands yeux innocents donnaient de l'éloquence à la couleur et à la forme. Elle portait un ruban rouge dans les cheveux et elle était la seule du blanc cortège qui pût se vanter d'une si éclatante parure." Aimante envers sa famille, honnête et droite, Tess obéit toujours à des règles de conduite strictes et destinées à la préserver de la grossièreté des paysans avec qui elle travaille. Si elle leur paraît snob, elle nous paraît touchante et fragile. De fait, c'est ce qui causera sa perte : n'osant s'affirmer face au rustre Alec, elle se laisse prendre petit à petit dans un piège qui se referme sur elle et Alec profite de la situation pour les perdre en forêt et abuser de la jeune femme qui s'était endormie.

Le passage de la mort de l'enfant né de cette union est effroyable de tristesse, tout comme son enterrement :"L'enfant fut donc porté au cimetière, cette nuit-là, dans une petite boîte de bois blanc, sous un châle de vieille femme et enterré à la lueur d'une lanterne, moyennant un shilling et une chope de bière au fossoyeur, dans ce coin méprisable du terrain assigné à Dieu [...]. Malgré ces fâcheux alentours, Tess fit bravement une petite croix avec deux planchettes et un bout de ficelle et, l'ayant entourée de fleurs elle la planta au haut de la tombe, un soir qu'elle put entrer au cimetière sans être vue ; elle mit également à l'autre extrémité une botte des mêmes fleurs dans un petit vase rempli d'eau pour les conserver fraîches. Qu'importe si le regard du passant remarquait sur le vase les mots " "Confitures Keelwell" ! La tendresse maternelle, dans sa vision plus haute, ne les apercevait même pas."

Heureusement, tout au long du livre, les paysages de l'Angleterre, verdoyants, lumineux et fertiles, enchantent notre imagination et nous transportent avec Tess dans la laiterie, sur le lieu de son nouvel emploi. On comprend facilement qu'un tel retour à la vie, après des moments si sombres pour la jeune Tess, qui n'a que vingt ans, soit propice à l'amour de la nature et de l'autre en la personne d'Angel : "Sans jamais aller plus loin que les paroles, sans jamais tenter d'autres caresses, il lui fit une cour obstinée, à mi-voix, en accents aussi doux que le murmure du lait jaillissant, auprès des vaches, ou à l'heure de l'écrémage, ou tandis que se faisait le fromage ou le beurre, parmi les poules couveuses ou les cochons et leur portée. Jamais petite laitière n'avait été ainsi courtisée et par un homme comme lui." La vie là-bas est d'une simplicité déconcertante et pleine de tendresse.

C'est la raison pour laquelle les tours et détours connus par Tess après le mariage et la longue absence d'Angel m'ont moins convaincue. Je garderai toutefois le souvenir d'une Tess touchante, sincère et empreinte d'une conscience trop aigüe pour son temps et sa condition.

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 01:30

A dix-sept ans, c'est avec beaucoup de retard et pas moins d'effarement que Carrieta White découvre qu'elle vient d'avoir ses règles pour la première fois. Sanglotant dans les douches collectives du gymnase de son lycée, elle est tournée en ridicule par ses camarades, toutes plus cruelles les unes que les autres. Parmi elles toutefois, Sue Snell, prise de remords, décide de s'amender et demande à son petit ami, Tommy, de conduire Carrie au bal de fin d'année.

 

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Grâce au film qui en a été tiré, Carrie est peut-être l'un des King les plus connus. Avant d'être un film, voilà un roman qui, bien que court, instaure un climat étrange et nous met mal à l'aise.

 

Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas à Castle Rock que se déroule l'histoire mais à Chamberlain, une petite ville dont on sait très vite qu'elle va être mise à mal par l'issue meurtrière de la vengeance de Carrie. L'histoire ne semble pas très originale, au départ : à dix-sept ans, Carrie a toujours été la tête de turc de ses camarades et va essayer de s'en détacher, voire de s'en venger. Là où Stephen King réussit le tour de force de rendre son histoire accrocheuse, c'est en démarrant son histoire par la scène terrible des douches, durant laquelle Carrie est livrée à la cruauté la plus vile, la plus primaire de ses camarades, sans pouvoir se défendre contre cette meute, sans savoir ce qui lui arrive. La position du lecteur devient délicate, entre la volonté de défendre cette ado maltraitée et l'étonnement mêlé de dégoût pour cette fille si empotée et qui semble si abêtie.

 

Les sentiments éprouvés pour Carrie restent ambivalents tout au long du livre, sans qu'on puisse totalement la défendre, la condamner ou tout simplement la comprendre, bien que l'on comprenne quand même qu'elle ressente l'envie de se défendre et de se venger. Le personnage de sa mère, Margaret White, constitue presque une excuse au comportement de Carrie : Margaret, croyante fondamentaliste, est convaincue du peché dans lequel baigne sa fille et n'a de cesse de vouloir la soustraire au monde et la punir pour la moindre bêtise que celle-ci aurait pu faire. Obligée de prier à de multiples reprises, battue et enfermée des heures durant dans un placard pour "réfléchir", le petite Carrie vit sous le regard d'un Christ en croix de plus d'un mètre de haut dans son salon. Carrie a une idée bien particulière de la justice du Christ, en laquelle elle commence par croire pour se venger : "Et est-ce que maman n'a pas dit qu'il y aurait un Jugement dernier (le nom de cette étoile sera détresse et ils seront flagellés avec des scorpions) et un ange armé d'un glaive ? Si seulement ça pouvait arriver aujourd'hui et si Jésus apparaissait non pas avec un agneau et une houlette de berger, mais avec un rocher dans chaque main pour écrabouiller les ricaneurs et les railleurs, tonner contre le mal, l'extirper, le détruire - un dieu terrible de justice et de colère. Et si seulement elle pouvait être Son glaive et Son bras."


Mais la vengeance de Carrie contre ceux qui l'ont offensée s'exercera non pas grâce à Dieu, mais grâce à des facultés mystérieuses qu'elle s'efforce de cultiver en cachette. En effet, Carrie est douée de télékinésie : prenant petit à petit confiance en elle, elle s'affirme devant sa mère et use de ses pouvoirs pour la tenir à distance. Le récit entier est enchevêtré de témoignages, d'études de spécialistes et de rapports sur ces phénomènes télécinétiques. Ceux-ci, parfois nombreux, ont tendance à étouffer les souvenirs des survivants du massacre final. Cet épisode-là est évidemment perturbant, se déroule à une vitesse folle et l'on ressent la panique qui s'empare de la ville. Par ailleurs, Carrie, qui était devenue étrangement belle, se révèle fascinante autant qu'inquiétante.

 

La lecture de Carrie a été rapide mais laisse des traces bien présentes à l'esprit. C'est également une étape de plus dans le  Challenge Stephen King !

 

challenge stephen king

 

Pour lire d'autres avis sur Carrie ou sur les autres livres du King de l'horreur, voyez le récapitulatif du challenge !




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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 18:55

Zuleika Dobson, prestidigitatrice de renommée internationale, est de passage à l'Université d'Oxford pour rendre visite à son grand-père, recteur du lieu. Elle qui fait succomber les hommes les uns après les autres de par sa beauté fascinante et irrésistible semble ne faire aucun effet à l'un des invités de son grand-père, le Duc de Dorset. Voilà qui la séduit, puisqu'elle a l'habitude de voir les hommes se pâmer devant elle. Mais lorsqu'elle découvre que le Duc est en réalité comme les autres, Zuleika se trouve particulièrement déçue et prend ses distances, ce qui désespère le jeune Duc.

 

http://www.deslivres.com/images/products/image/Zuleika-Dobson.gif

 

Objet d'un partenariat avec l'équipe de Blog-O-Book et les éditions Monsieur Toussaint Louverture, ce très bel objet livre, emballé qui plus est avec grand soin et de façon très amusante, aurait du figurer bien plus rapidement dans un article sur ce blog. Si j'en ai commencé la lecture il y a fort longtemps maintenant, celle-ci s'est étirée en longueur sur de nombreuses semaines et n'a même pas réussi à s'achever pendant les vacances. Et pourtant, j'ai persévéré, n'ayant pas pour habitude d'abandonner en chemin un livre qui ne me plairait pas. 

 

Malgré tout, Zuleika Dobson n'aura pas su conserver mon intérêt, qui a défailli au cours des multiples efforts déployés par le Duc pour se faire aimer de sa belle, allant pour elle jusqu'à commettre un acte irréversible. Un style trop ampoulé et des longueurs à mon sens fatales ont nui à ce roman qui jouissait pourtant d'un point de départ amusant, mais rapidement dévoilé, au point que l'on se demande s'il est bien utile de lire la suite. En ce qui me concerne, il s'agit d'une grande déception, mais je garde le livre précieusement et peut-être lui redonnerai-je une seconde chance un peu plus tard !

 

Je remercie toutefois bien chaleureusement la Blog-o-Book team et les éditions Monsieur Toussaint Louverture, en les priant de m'excuser pour le retard pris pour ce billet.

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 01:30

Robbie a quatorze ans et est une petite frappe. Vols en tous genres, bagarres, drogues : avec sa bande de copains, rien ne l'arrête... jusqu'au jour où sa mère décide de mettre toute la famille au vert pour éloigner Robbie de Dublin. Il faut dire aussi qu'elle-même fuit ses nombreux créanciers.

Robbie, exilé au fin fond de la campagne, n'a de cesse de vouloir regagner la ville et ses mauvaises influences. Mais la vie loin de tout réserve pas mal de secrets : l'ancien locataire de la maison l'a quittée précipitamment en y abandonnant tous ses biens ; on raconte qu'une petite fille a été assassinée en ce même lieu ; le petit frère de Robby, Denis, se met à raconter qu'une "ptite bonne femme" vient lui rendre visite la nuit... et Robby entend en effet de drôles de bruits. Toute cette affaire attise malgré lui sa curiosité...

 

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Ma curiosité aussi était attisée : un ado rebelle face à des événements magiques, inexplicables et fantastiques, il y avait de monter une mayonnaise efficace. Et pourtant, quelle déception !

Ce Robbie est un môme détestable : il insulte et cogne sa mère, martyrise son petit frère, vole des voitures pour les flamber, se drogue, ment à la police et se moque sciemment de ceux qui veulent l'aider ; irrécupérable, il incarne la tête à claques puissance 1000. La mère, incapable de faire face à ses responsabilités, faible, se laisse insulter et violenter par un fils qu'elle semble ne pas avoir désiré et dépense sans compter l'argent qu'elle ne possèdera jamais. Triste tableau, auquel vient s'ajouter un petit garçon de quatre ans, perdu au milieu de toute cette violence verbale et physique, déjà habitué à se taire pour éviter les brimades.

 

Alors que le titre semble nous indiquer que l'intrigue a pour intérêt central la créature mystérieuse que les garçons entendent chaque nuit, il n'en est rien : loin d'être seulement la toile de fond du roman, les relations familiales conflictuelles et la violence de Robbie occupent tout le livre et le fantastique est relégué en arrière-plan. Qu'en est-il de cette "ptite bonne femme", de la disparition du locataire précédent, de l'assassinat présumé de la petite fille ? Bonnes questions : nous n'en saurons rien. Si l'interprétation est laissée à notre bon plaisir, les questions sont trop nombreuses pour que nous prenions plaisir à nous interroger une fois la lecture terminée : l'ensemble retombe comme un soufflé et l'on a l'impression d'avoir raté quelque chose. Même pas.

 

Créature de la nuit est un livre gagné sur Livraddict à la sortie de leur premier magazine online. Merci à eux !



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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 01:30

Par une glaciale journée d'hiver, on retrouve dans la chapelle d'une abbaye les corps de deux bonnes soeurs, roués de coups, le crâne fracassé. L'une d'entre elle vit encore faiblement. A cette affaire sordide (qui oserait s'attaquer à des religieuses ?) s'ajoute la découverte d'un corps de femme décharné, marqué de terribles lésions et auquel il manque les quatre membres, tous sectionnés. L'inspectrice Jane Rizzoli et Maura Isles, légiste surnommée la Reine des Morts, prennent les deux affaires en charge, essayant de faire le lien entre elles. Mais l'on dépasse vite le cadre d'un "simple" tueur désaxé : les deux femmes de tête suivent une piste bien plus complexe, qui les mène à un complot soigneusement ourdi et consciencieusement tenu secret par les hautes sphères financières mais aussi humanitaires.

 

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Tess Gerritsen a déjà eu sa place ici avec trois ouvrages : Mauvais Sang,  Le Chirurgien et  Mephisto Club. On retrouve ici l'inspectrice Jane Rizzoli, toujours aussi rude et handicapée des sentiments : à peine lancée dans une relation avec l'agent Dean, à distance qui plus est, elle qui se demande déjà si leur histoire vaut la peine se découvre enceinte.  Dans cette enquête prenante et qui nécessite la mobilisation de toute l'attention de l'inspectrice, celle-ci va devoir également faire face à son histoire, ses désirs d'avenir et affronter ses propres démons, qui lui semblent mille fois plus insurmontables que les embûches de son enquête.

Maura Isles, le médecin légiste, doit elle aussi affronter ses sentiments alors que son ex-mari, perdu de vue depuis trois ans, fait son grand retour, fleur au fusil. Mais là où l'on trouve intéressantes les circonvolutions de Rizzoli, en plein doute, Isles est difficile à suivre et touche parfois au ridicule dans des scènes dignes des plus grands Harlequin, entre "je suis forte et je déteste mon ex", "je dois être forte et ne pas lui montrer qu'il me fait vibrer de désiiiiiiiiir" et "on a forniqué toute la nuit, les draps s'en souviennent comme chantait l'autre, mais je fuis cet amour impossible parce que c'est quand même un sacré fourbe et c'est pas pour rien qu'on a divorcé". Gné.

 

A côté de cela, l'enquête tient la route, sans arriver toutefois au niveau de l'affaire de Mephisto Club. Dès qu'un thriller, prometteur au début pourtant, met au jour une affaire politique aux relents de complot financier, mon intérêt s'éteint. Un Gerritsen de plus dans ma bibliothèque, mais qui n'a décidément rien d'inoubliable.



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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 01:30

Sa femme Elizabeth ayant été assassinée par un mafioso contre qui elle avait témoigné, le narrateur patiente sept années durant pour mettre sur pied un plan destiné à la venger sans devoir passer le restant de sa vie derrière les barreaux. Il décide de mettre au point un piège sur la route qu'emprunte à rythme régulier le malfrat : il creuse une trappe dans la chaussée, destinée à piéger la Cadillac de ce dénommé Dolan sans que celui-ci puisse s'en échapper. Mais le narrateur doit abattre un travail titanesque pour réussir.

 

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La Cadillac de Dolan est un Stephen King qui nous change de Stephen King. Ici, pas de clown dans les égouts, de fantômes dans un hôtel, de bête enragée ou de démons incarnés : le livre nous présente un homme simple, veuf d'une épouse décédée avant l'heure à cause de son témoignage contre un mafioso qu'elle avait pris en flagrant délit et qui s'est vengé. Le narrateur explique que la voix de sa femme s'élève souvent et l'appelle à venger à son tour sa mort. Il va donc épier Dolan et essayer de trouver une faille dans la vie de celui-ci, faille qu'il pourrait exploiter pour accomplir ce qu'il estime être un devoir envers sa femme. Au départ, sa démarche est compréhensible : on ne peut que compatir à la souffrance de cet homme qui pleure la mémoire de sa moitié et ne veut pas laisser son assassinat impuni.

 

C'est là que la machine se met en marche : une fois que le narrateur a trouvé comment il pourrait agir, il ne vit plus que pour cela. Il change de travail, renie son mode de vie précédent pour s'astreindre à une discipline stricte et sans relâche. Son projet est un travail de longue haleine et il semble ne pas pouvoir trouver le repos tant que son "oeuvre" ne sera pas accomplie. Il devient implacable : l'intérêt du livre réside dans l'accomplissement du projet, nécessaire à la fois pour la mémoire de la défunte et pour la préservation de la santé mentale et physique du personnage, que l'on voit changer au fur et à mesure du livre.

 

La Cadillac de Dolan est un livre court, qui met en lumière le machiavélisme et la détermination sans faille du personnage principal. Il pose question également : la vengeance est-elle réellement l'accomplissement d'une justice envers les victimes ?

 


dolan.jpgBientôt chroniquée, la version ciné, avec Christian Slater dans le rôle titre.

 

challenge stephen king


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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 10:59

A soixante-dix ans passés, Robert Zimmerman, plus connu sous son nom de scène, Bob Dylan, se penche sur le chemin parcouru depuis son arrivée à New York en 1961. Débarquant du Midwest, il multiplie les rencontres, se laisse influencer par les styles de ses prédécesseurs, chante, joue, chante et chante encore. Dans le premier volume de ses Chroniques, il raconte aussi bien des souvenirs d'enfance que ses débuts, ses enregistrements, ses périodes de doute...


"Je suis né au printemps 1941. La Deuxième Guerre mondiale faisait rage en Europe et l'Amérique devait bientôt y prendre part. Le monde volait en morceaux, et déjà le chaos fichait son poing dans la figure des nouveaux venus. Si l'on était arrivé à cette époque, si l'on vivait avec les yeux ouverts, on sentait le vieux monde disparaître et le nouveau balbutier. Comme si l'on avait remis l'horloge à l'heure où av. J.-C. est devenu ap. J.-C." (page 43)


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Si vous m'aviez demandé qui était Bob Dylan avant la lecture de ce livre, je vous aurai sûrement dressé le portrait d'un vieux chanteur aux cheveux longs, une légende de son temps aux tubes innombrables, sans pouvoir vous en citer trois de suite (j'ai déjà honte, ne me fouettez pas). Je me trompais, évidemment. "J'étais, disait-il [John Hammond, dénicheur de talents], l'héritier d'une longue tradition : jazz, blues et folk. Pas une espèce d'enfant prodige qui voudrait changer le monde avec son gadget à la mode." (page 14)


A travers ces Chroniques, ce n'est pas tant son oeuvre que Dylan raconte mais sa "construction" en tant que chanteur. On comprend la force, la puissance et l'importance qu'a pour lui la folk : "Les folk-songs, pour moi, ce n'était pas du divertissement. Elles traduisaient des réalités différentes, elles me servaient de précepteur, de guide vers une république d'un  autre ordre, une république libérée." (page 52), ou encore "D'une dimension plus éclatante, la folk music dépassait la réalité et l'entendement. Elle vous tirait par le petit doigt, et elle était capable de vous engloutir complètement. Je me sentais chez moi dans ce royaume mythique. On y rencontrait des archétypes, dessinés à traits vifs, des personnages métaphysiques couverts d'une peau humaine, débordant d'un savoir inné et d'une sagesse profonde, exigeant chacun une forme de respect. J'adhérais à tout l'éventail et je pouvais le chanter. Cette vision de la vie était plus vraie que la vie elle-même. Elle y était magnifiée. La folk music était tout ce dont j'avais besoin pour exister." (page 313) Dylan se révèle poète tant dans ses écrits que dans ses chansons. 

 Il explique comment tel ou tel titre lui est venu mais l'essentiel du volume est consacré aux rencontres déterminantes ou influentes sur sa vie et son style. Ces rencontres, parfois simplement auditives (il raconte comment l'écoute de certains chanteurs l'ont laissé sans voix), amènent petit à petit Bob Dylan à savoir qui suivre, qui écouter, qui reprendre. Woody Guthrie occupe, hante la majorité du livre, vénéré par Dylan. Et puis, après l'influence des autres, Dylan crée son propre style : "Quant à moi, tout en conservant les harmonies simples du folk, j'ai superposé une imagerie neuve, une autre manière de voir, des slogans et des métaphores qui, par leur ordonnance propre, ont formé quelque chose d'inconnu jusque là." (page 95). La colère gronde lorsqu'on veut le faire passer pour le porte-parole d'une génération.

 

Malgré la présence d'un lexique à la fin de l'ouvrage, les références à des titres folk du patrimoine américain ou à des chanteurs folk des années quarante à soixante restent absolument obscures pour une novice comme moi, mais on plonge dans un univers tellement dépaysant et mélodieux, lointain mais en même temps si bien raconté qu'on regretterait presque de ne l'avoir pas connu que tous ces chanteurs inconnus nous deviennent presque familiers. Dylan nous emmène avec lui à Manhattan, bar après bar, à la rencontre de toutes ses idoles, tombées dans l'oubli ou reconnues mondialement, à l'heure où elles ne chantaient encore que pour leur public new-yorkais.

 

 

 

Merci à l'équipe de Livraddict pour ce partenariat avec les éditions Folio !

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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 23:51

Jeremiah et Ellie sont tous deux ados et fréquentent le même établissement scolaire huppé, réservé aux fils et filles de bonne famille et/ou fortunés. Leurs points communs s'arrêtent là : elle est blanche, il est noir ; les parents de Jeremiah sont divorcés, ceux d'Ellie toujours mariés ; Jeremiah est très proche de sa mère alors qu'Ellie ne comprend pas la sienne...

Pourtant, les deux ados se croisent au lycée et deviennent rapidement amoureux l'un de l'autre, et se posent de multiples questions sur la façon de gérer leur histoire d'amour naissante face à leurs familles.

 

woodson.jpg

La couverture est jolie et bien pensée. Mais la jeune fille paraît plus niaise que notre Ellie !

 

Je dois l'avouer avant d'aller plus loin : j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps en arrivant à la fin de l'ouvrage. Vous pouvez rire et me jeter la pierre : je suis une ado vieillissante irrécupérable. Mais quelle fin, mes amis, quelle fin ! Sans trop en dire, elle est d'une tristesse terrible, trop terrible même !

 

Pourtant, en y regardant de plus près, il faut avouer que le livre souffre de quelques défauts. L'histoire d'amour débute d'une manière très convenue, vue et revue. Notre couple d'ados est bourré de clichés sur la différence, quelle qu'elle soit. En réalité, ce ne sont que les défauts des qualités du livre (c'est clair ?) : je le dis haut et fort, nous, les filles qui aimons les films et les histoires d'amour, on adore les histoires d'amour impossibles ou contrariées. La preuve en images :

 

http://2.bp.blogspot.com/_d1cfSEIe8fQ/SwRPJ-vc5wI/AAAAAAAAI7U/ebxdYdQ_zHs/s400/loveactuallypuba.jpgLove Actually

 

http://www.premiere.fr/var/premiere/storage/images/cinema/photos/themes/les-baisers-de-cinema/node-889756/10537143-1-fre-FR/image_reference.jpgQuatre Mariages et un enterrement

 

http://img2.timeinc.net/ew/dynamic/imgs/070727/tearjerkers/romeo_l.jpgRoméo et Juliette

 

http://d3.img.v4.skyrock.net/d3b/sbata-2008/pics/1821368839_3.jpgTitanic


J'en passe et des meilleures. Ah, Héloïse, Abélard, Tristan, Iseult et tous les autres...

Alors voilà, ce n'est pas nouveau mais c'est une belle histoire d'amour contrariée qui devrait encore faire pleurer des milliers d'adolescentes (attardées mais pas que) !

 

Stephie et Clarabel l'ont lu aussi récemment.

Merci à Cécile, de chez Hachette Jeunesse, pour cet envoi qui a atteint son but !

 


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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 15:00

Alors qu'il n'a que deux ans, un petit garçon profite d'une porte ouverte chez lui en pleine nuit pour aller crapahuter dehors : il trouve refuge au cimetière voisin... Si la porte est ouverte chez lui, c'est qu'un tueur, nommé le Jack, est venu assassiner sa famille : constatant la disparition du bébé, il se lance à sa poursuite. Mais le petit est recueilli par des fantômes qui le soustraient à la violence du tueur ; deux d'entre eux, Mr et Mrs Owens, décident de l'adopter et l'appellent Nobody. Nobody Owens grandit donc en tant que libre citoyen du cimetière, en apprenant les pouvoirs des fantômes grâce à divers professeurs. Mais le Jack n'a pas dit son dernier mot et est bien décidé à achever sa tâche...

 

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La quatrième de couverture présente ce roman comme un roman "enchanteur, noir, magique, tendre et profond". Je vais avoir du mal à faire mieux, et loin de moi la prétention d'essayer. Ce livre m'a enchantée de la première page à la dernière, depuis la rencontre du petit Nobody à deux ans jusqu'à ses quinze ans à la fin.

 

Entouré de ses parents, son tuteur et ses amis défunts, Nobody n'est pas perdu : tous décédés depuis des lustres, ils ont le charme désuet que l'on trouve en regardant de vieilles photos ou en s'imaginant les vivants des siècles qui nous ont précédés. C'est amusant, à chaque défunt fantôme croisé, de lire entre parenthèses ses dates de naissance et de décès et son épitaphe.

Jamais morbide, le ton est toujours poétique, délicat et touchant. Tout le monde est prévenant envers le petit Nobody, et ses relations avec les autres toujours fondées sur un grand respect mutuel. Silas, le tuteur, est à la fois mystérieux et attentif à la croissance et au développement de Nobody, mais l'amitié entre Nobody et la petite Scarlett, qui habite près du cimetière, m'a convaincue. En plus du reste, on fait le plein de tendresse...

 

Et il s'en passe, des choses : entre les goules maléfiques, les Jack qui veulent à tout prix la peau de Nobody, Lizza la sorcière taquine, la Dame sur son cheval, les terreurs de l'école Mo et Nick, Nobody a fort à faire. On ne s'ennuie jamais ; si les épisodes avec les goules et la Vouivre m'ont moins plu, j'ai apprécié le livre dans son ensemble en ayant l'impression de le lire comme je lisais étant petite, en me faisant une joie de lire, chaque soir, un chapitre d'une histoire passionnante.

D'ailleurs, quand je l'ai terminé, j'avais très envie de le relire déjà, alors que je ne l'ai jamais fait auparavant... Pire encore, je n'avais aucune envie de le prêter mais plutôt de le garder pour moi comme un trésor...

 

Pour parachever le tout, des illustrations soignées (pas vraiment mon style, mais quand même) signées Dave McKean.

 

http://media.paperblog.fr/i/244/2449947/letrange-vie-nobody-owens-neil-gaiman-L-5.jpeg

 

Des tas d'autres avis chez les bloggeurs qui l'ont découvert avant, parfois dès sa sortie : El JC, Frankie, Lexounet, Emma, Lulu, Lasardine, Heclea, Resmiranda, Esmeraldae, Edelwe, Tiphanya, Lou, Ori, Leiloona, Clarabel, Lyra Sullivan, Cachou, Fashion... 

 


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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 22:39

Attention à ne pas confondre Arthur Miller et Henri Miller (qui n'a pas épousé Marilyn !)

 

Nous sommes dans le Nevada, à Reno, au cours des années cinquante. Alors qu'elle est sur le point de se rendre au tribunal pour divorcer d'un homme qui ne la rend pas heureuse, Roslyn rencontre Guido, un mécanicien : celui-ci s'éprend immédiatement de la belle. Il la retrouve un peu plus tard, accompagné de son ami Gay. Malheureusement pour Guido, Roslyn devient amoureuse de Gay... Mais son amour, qui supporte la dureté du mode de vie des hommes, ne s'accommode pas de leur violence envers les chevaux sauvages qui vivent dans les montagnes et qu'ils attrapent pour les vendre.

 

misfits

 

(Pourquoi Les Misfits ? La traduction admise en VF étant Les Désaxés, pourquoi ne pas l'avoir gardé ? Ou, quitte à garder la VO, ne pas avoir choisi The Misfits ? Voilà un parti pris qui m'intrigue...)

 

C'est un livre étrange que ce Misfits... Ecrit par Arthur Miller à l'époque où il était sur le point de devenir l'époux de Marilyn Monroe, il a pour prétexte l'envie de Miller d'offrir à Marilyn un rôle dramatique à sa mesure et n'est destiné qu'à être adapté en film. Cette particularité se retrouve dans la forme : les dialogues sont introduits par le nom du locuteur à chaque réplique, ce qui, selon moi, fait manquer l'ensemble des paroles de fluidité. Mais le livre est empreint d'une grande poésie et d'un style qui correspond exactement au titre : le narrateur omniscient semble tout aussi décalé, désaxé que ses personnages et observe le monde comme un témoin. Son étrangeté, sa beauté, sa force, son impassibilité, sa permanence glissent sur les personnages et laissent sur eux une empreinte terrible.
 

Les personnages, Roslyn en tête, ont souffert et souffrent encore du temps qui s'écoule et contre lequel ils ne peuvent lutter : Roslyn est désabusée de n'avoir jamais connu l'amour profond qu'elle attend mais tombe encore dans les bras de Gay ; s'efforçant d'aimer celui-ci du mieux qu'elle peut, elle souffre d'une candeur et d'un trop-plein d'émotions qui la poussent à prendre la vie et ses souffrances bien trop à coeur. Guido, veuf, se berce d'illusions ; Perce, le cow-boy, est irrémédiablement seul et vieillissant, sans vouloir en prendre conscience ; quant à Gay, lui aussi vieillit : il veut croire que ses enfants pensent à lui, que son amour pour Roslyn peut l'aider à rester jeune, mais garde trop bien ancrées en lui ses habitudes et ses moeurs de cow-boy solitaire et habitué à le rester.
 
Tous ces personnages semblent ne pas pouvoir lutter contre leur milieu, leur destin, et nous laissent l'impression persistante d'une tristesse profonde, poignante et inévitable. Pour moi, c'est une réussite magistrale qui me donne évidemment l'envie de voir le film, bien que je sois plus réticente à ce genre de films qui vous font sortir les mouchoirs et ne vous donnent envie que de pleurer le jour durant au fond de votre lit...
 
Ce serait aussi l'occasion de lire ça, qui dort dans ma PAL depuis trop longtemps :

 

http://www.deslivres.com/images/products/image/Blonde.jpg

 

Ce livre faisait l'objet d'un partenariat avec Blog-O-Book et les éditions Robert Laffont. Merci à eux !

 


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