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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 01:30

Danton, Victor Hugo et Churchill sont les trois grands hommes croqués par la plume puissante et stylisée d'Hugo Boris, qui en dresse trois portraits absolument saisissants.

 

boris.jpg

 

Voilà un roman de la rentrée littéraire qui fonctionne ! Alors que le sujet de départ n'avait rien de particulièrement séduisant, pour moi qui ne lis que très peu de biographies, j'ai été complètement happée par l'écriture d'Hugo Boris.


Dans la première partie, l'auteur revient sur l'enfance de Danton, victime à de multiples reprises de la violence d'animaux et de la maladie, ce qui le défigurera. Il doit composer avec la mort de sa tendre Gabrielle, qui l'aime tant et ne le trouve pas si laid : sa disparition l'accable tant qu'il ira jusqu'à la faire exhumer pour qu'un peintre en fasse un portrait. On le retrouve ensuite à la tribune, puis guidé à la guillotine, croyant jusqu'au dernier instant qu'il pourra y échapper.

C'est peut-être la partie que j'ai préférée, même si l'oeuvre tout entioère est particulièrement forte. Le portrait de Danton est à la fois humain et terrible, et donne à voir le grand homme à travers des faits plus personnels. Je ne peux que transcrire ici ces quelques lignes, absolument efficaces et évocatrices, du Danton orateur : "Les applaudissements l'enivrent et le guident. il s'interrompt, cherche un nouvel aliment pour son prêche. Des fils de salive s'étirent entre ses lèvres. Il se contredit à loisir dans ce festin de mots, soucieux d'abord de son plaisir, des cris et des bravos qui le paient. Si lui n'a pas de notes, c'est qu'il cannibalise sans trembler le plaidoyer de l'orateur précédent, s'en sert comme d'un brouillon pour son propre discours. ll ne supporte pas ces députés qui ne savent pas dire deux paroles de suite. Alors il prend la tribune et s'approprie leur propos, les agrège à son univers, répète des pans entiers de leurs exposés en y injectant le souffle qui leur manquait. Les énoncés des autres sont de vulgaires escabeaux au service de sa propre éloquence. Prononcées par lui, les phrases ne sont plus les mêmes, transfigurées, magnifiées par la puissance de sa voix de basse-contre, le velours menaçant de son regard." (page 26, c'est le petit Post-it sur la photo !).

 

La deuxième partie a pour objet Victor Hugo. Là encore, le style est acéré, et le Victor Hugo qui prend vie se révèle bien loin de l'image paternelle rassurante que transmettent les portraits du grand auteur que l'on connaît tous. Hugo est dépeint comme un homme à femmes, certes, mais un prédateur qui collectionne les femmes, même les plus jeunes. Un étrange parallèle est construit entre l'âge de ses maîtresses et celui de sa fille regrettée, Léopoldine ; par la suite, d'autres remarques laissent toujours planer un doute sur la nature de l'affection qu'Hugo porte à ses filles et petite-fille. Etrange, donc.

Là encore, la carrière du grand homme n'est dépeinte qu'à travers le prisme de la vie privée, ce qui est encore plus fin que dans la partie sur Danton. J'ai découvert comment Hugo avait survécu à tous ses enfants, comme un carnassier qui les aura dévorés les uns après les autres, ces enfants qui n'ont pas eu la place d'exister à côté de lui. Le sous-titre de la partie est d'ailleurs le suivant : "Où l'on apprend que Danton s'est trompé puisqu'il suffit de manger ses enfants pour gagner en longévité."

 

Enfin, la troisième partie concerne Winston Churchill, depuis son enfance, triste période au cours de laquelle le petit Winston est délaissé, abandonné par ses parents, jusqu'à l'après-guerre qui dévoile l'infinie mélancolie du grand Churchill. L'homme politique se construit sous nos yeux, dépassant de bien loin les maigres espoirs que son père avait pour lui, faisant fi des prétentions d'Hitler qu'il considère pourtant comme le seul ennemi à sa taille, et ne comprenant pas la fuite du gouvernement français au moment où les Allemands s'engouffrent dans la brèche en mai 1940.

Cette fois, le grand homme nous est donné à voir dans les souvenirs de Churchill lui-même, qui revient sur sa destinée.

 

Dans les trois parties, les vies des trois hommes se croisent, Hugo se comparant à Danton, Churchill à Hugo et admirant la statue de Danton, comme s'il existait des liens presque tangibles entre ces trois figures. Le livre est une belle réflexion sur la question de savoir ce qu'est un grand homme, et forme une leçon d'humanité à travers la leçon d'histoire. Magistral.

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Published by Neph - dans B
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commentaires

Carolinedécouvrelemonde 05/11/2013 20:18

Lu et adoré ! C'est fin, subtil et magnifiquement écrit !

Neph 11/11/2013 16:13



Je suis si contente qu'il t'ait plu ! Une belle découverte que ce M.Boris !



Edelwe 28/08/2013 11:21

Ton billet m'a convaincue! Je note!

Neph 12/09/2013 13:22



S'il ne devait en rester qu'un de la rentrée littéraire, pour moi ce serait celui-là !



Vicim 22/08/2013 12:36

Victor Hugo ! Je ne peux que l'acheter... Bises

Neph 22/08/2013 18:31



Je te le conseille, Vicim, c'est une vraie belle découverte pour moi !



Valérie 22/08/2013 11:03

C'est visiblement l'un des romans phares de cette rentrée.

Neph 22/08/2013 11:12



J'espère qu'il obtiendra le succès qu'il mérite !



Caroline 21/08/2013 14:05

Il a l'air excellent en effet et je n'avais déjà entendu que des éloges concernant Hugo Boris donc je pense qu'il va très vite arriver sur ma PAL !
Hâte que tu nous parles de tes autres lectures de la rentrée littéraire... :D

Neph 22/08/2013 10:45



Ca va venir petit à petit ! Je te l'aurais bien prêté, ce titre, mais il n'est pas à moi ! En tout cas, je crois qu'il peut te plaire !