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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 14:24

Après avoir économisé pendant des lustres, Manda, Kylah, Chell et Kay retrouvent leur amie d'enfance, Finn, pour des vacances qu'elles s'imaginent idéales. Accompagnées d'Ava, une amie londonienne de Finn, les jeunes femmes ont bouclé leurs gigantesques valises et n'ont plus qu'à se décider au dernier moment sur la destination vers laquelle s'envoler... Mais à l'aéroport, les bourdes s'enchaînent et Manda perd son passeport. Entre compromis et perte de temps, la bande de six va devoir commencer par quelques jours à l'hôtel, à l'aéroport !

 

  warner.jpg

 

Comme dans Les Amants passagers , tout commence à l'aéroport... sauf qu'ici, on y reste !

 

J'ai lu les 515 pages de ce roman en oscillant constamment entre envie de meurtre et compassion extrême : Manda est un personnage terrifiant, qu'on a envie d'étrangler à chaque instant, et l'on ne peut qu'admirer la patience incroyable dont font preuve ses "amies" pour la supporter ! Il faut dire que le vase clos dans lequel vivent les six jeunes femmes va permettre à chacune de révéler ses pires travers... et c'est notamment le cas de Manda.

 

Là où les autres (et tout individu normalement constitué) baissent la voix, respectent autrui dans l'espace public, font preuve de considération les uns avec les autres, Manda ne montre aucune retenue ni la moindre gêne. Les remarques gratuites fusent à l'encontre des touristes en partance comme elles, des serveurs, etc, mais les piques les plus acerbes et cruelles visent ses amies, qu'elle accuse des pires maux de la terre. Je vous laisse admirer la sublime poésie de la prose mandienne : "Regarde Kay. Kay, Kay la fille du docteur, elle torpille son assiette comme une morte de faim. Cette gnasse en rut. T'as la dalle, Kay ? Comment ça se fait ? Hein ? T'es claquéé, Kay ? Comment ça se fait ? Tu as des poches sous les yeux, on dirait deux vieux slips noirs de petites pétasses." (p. 482)

 

Finalement, Manda se révèle être un parfait stéréotype : celui de la femme bornée et dont l'univers ne s'étend pas plus loin que son salon de coiffure et le bar qu'elle fréquente assidûment. Elle qui n'est pratiquement jamais sortie de son trou perdu écossais entend reproduire partout ailleurs le même mode de vie que chez elle. Elle a du mal à comprendre les études de philo de Finn et Ava, à envisager la possible homosexualité ou bisexualité de certaines d'entre elles come autre chose q'une perversion réservée aux soirs de beuverie, à croire que le bonheur pourrait ne pas être d'avoir accès aux carrés VIP des boîtes de nuit de son canton.

 

C'est donc aussi pour cela que les autres filles font preuve d'autant d'indulgence à son égard, se disant qu'elles auraient pu être Manda si elles n'avaient jamais eu la chance de s'ouvrir au monde en voyageant ou en étudiant.

 

Mais à l'autre extrémité de l'échelle sociale, Ava, riche, belle et intelligente, finit par se montrer elle aussi sous un jour pas très reluisant non plus. Plus perverse encore parce qu'elle maîtrise la rhétorique, elle méprise avec un air royal les goûts médiocres de ses compagnes de voyage. C'est à Ava que l'on pardonne le moins : elle exerce un clivage avec les autres, comme si elle valait mieux qu'elles alors que ses propres démons sont plus dangereux que tous ceux des autres réunis.

 

Heureusement, la majorité de l'oeuvre prête à sourire, et on finit par se demander si les vacances tant attendues auront bien lieu ! A ce propos, j'ai trouvé le rebondissement final de grande qualité. En faisant appel à un événement historique, l'auteur inscrit l'oeuvre dans une dimension tragique et nous fait comprendre que la belle innocence de ces six jeunes femmes va devoir laisser place à une prise de conscience du monde duquel elles se sont coupées ces quelques jours durant.

 

Les Etoiles dans le ciel radieux est une belle surprise : il ne s'y passe grand chose en terme d'action véritable, mais on sourit au gré des émotions qui se catapultent chez les personnages, avant d'être assommé par une fin aussi inattendue qu'efficace et douloureuse. Well done, Mr. Warner !

 

Livre lu dans le cadre du Prix du meilleur roman des lecteurs de Points.

Et par ici, pour le même Prix, Accabadora de Michela Murgia !

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Published by Neph - dans W
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commentaires

Moka 15/04/2013 10:22

Tu me donnes envie tiens !

Violette 14/04/2013 21:21

ton billet me donne bien envie de découvrir le roman...

Anis 11/04/2013 19:30

En tous cas, ta chronique est un exercice réussi puis que je suis entrée grâce à ce texte dans l'intimité de ces quelques filles !

Alex-Mot-à-Mots 11/04/2013 08:42

Il mérite son prix alors.

zarline 10/04/2013 23:03

Ton billet est intriguant mais alors la prose mandienne, ça risque de ne pas passer du tout, tout comme la personne qui la déclame. A voir...