Jeudi 15 décembre 4 15 /12 /Déc 09:47

Oscar, fils de l'époustouflante Beli, dominicain de sang et américain d'adoption, n'a pas une enfance facile. Ni une adolescence facile non plus, d'ailleurs. Il faut dire qu'il n'a pas hérité du physique dévastateur de sa mère. Personne ne veut de lui, personne ne l'aime, lui qui est un si grand amoureux des femmes. Alors, comment faire ? Oscar s'acharne et s'attache à des femmes toutes différentes, dans l'espoir d'être aimé. Mais Oscar ne vivra pas longtemps... Maudit fuku.

 

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Le livre, aussi coloré que l'est sa couverture chez 10-18, s'ouvre sur une définition du fuku, cette malédiction dominicaine qui peut s'abattre sur une famille et la condamner à la malchance ou des catastrophes plus ou moins prononcées... "On dit qu'à l'origine il arriva d'Afrique, charrié par les hurlements des captifs ; que ce fut le fléau mortel des Taïnos, frappant à l'instant où un monde périssait et où un autre surgissait ; que c'était un démon précipité dans la Création par une porte cauchemardesque entrouverte sur les Antilles."

Le fuku, on s'en doute dès le titre du roman, s'est abattu sur les Wao. Le malheur de la famille, c'est la beauté de ses femmes qui les a fait cibles de l'appétit des hommes, et des hommes les plus influents de République Dominicaine. Depuis le grand-père, médecin sous l'ère Trujillo, jusqu'à Beli, la mère d'Oscar, toute la famille s'est trouvée confrontée au bon vouloir des gouvernants, sans autre choix que d'obéir... ou mourir. L'auteur dépeint dans cet ouvrage l'horreur subie par les citoyens dominicains en désaccord avec le régime d'El Jefe et de ses sympathisants, mercenaires à la solde inconditionnelle du chef.

 

Les problèmes d'Oscar ne sont pas de cet acabit. Ce qui préoccupe le jeune garçon, c'est perdre sa virginité avec une jeune femme qui lui plaît. Mais si elles apprécient Oscar en tant qu'ami, elles ne se jettent pas au lit en sa compagnie, alors qu'elles ne sont pas farouches avec d'autres dominicains... Oui mais "Notre héros, c'était pas un de ces lascars dominicains dont tout le monde tchatche - c'était pas un as de la batte ou un bachatchero choucard, ni un bogosse avec un milliard de bombax scotchées au slibard." Attachant mais timide, mignon mais sans entrer dans les cases traditionnelles de la beauté dominicaine, ambitieux mais sans talent, le pauvre Oscar ne vit qu'à travers la figure des femmes aimées : soeur, mère, grand-mère, amoureuses...

 

Les femmes de la famille, étouffantes, imposantes, sont les véritables héroïnes du roman et l'on n'aura aucune peine à comprendre qu'il est difficile d'exister à côté d'elles. Beli est peut-être la plus forte d'entre eux, perdue par sa beauté qui se fane désormais que ses enfants sont grands, mais toujours aussi fière, malgré son manque d'influence sur ses enfants.

 

L'ouvrage, je le découvre à l'heure de cet article, a obtenu le prix Pulitzer à la sortie de son roman en 2008. Porté par une écriture qui en rebutera peut-être plus d'un, caractérisée par un argot espagnol très prégnant mais qui participe de la magie de ce roman très frappant, le livre m'a beaucoup plu : on en apprend énormément sur la dictature Trujillo ; ce qui dérange le plus, c'est de comprendre que tout n'est pas romancé.

 

Je remercie la douce Lady K de m'avoir offert ce roman qui n'avait pas obtenu ses faveurs et de lui avoir permis une nouvelle jeunesse chez moi ! Pari gagné !

Par Neph - Publié dans : D - Communauté : Salon Lecture
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Commentaires

Sincèrement, je suis vraiment contente que ce roman te plaise autant ! Et merci de m'avoir prévenue de la publication du billet ;)
Moi j'ai dû passer totalement à côté, il faut dire que ce n'est pas vraiment le genre de lecture qui me convient mais bon ... je lui avais laissé sa chance. Au moins, j'ai la satisfaction de savoir qu'il ne finit pas sa vie à prendre la poussière sur une étagère !! :)
Commentaire n°1 posté par Lady K le 15/12/2011 à 15h36

Tout le monde est content, alors ! J'espère que tes autres envois ont autant de succès !

Réponse de Neph le 27/12/2011 à 20h18
dépaysement garanti, on dirait bien! mais le "horreur" me bloque... je fais une pause de ce côté-là! ;-)
Commentaire n°2 posté par Violette le 20/12/2011 à 15h36

La réalité dominicaine de l'époque n'était pas rose ; c'est une grosse partie de l'intrigue, tu as raison de t'abstenir, dans ce cas !

Réponse de Neph le 27/12/2011 à 20h22
Je ne connaissais pas du tout le sujet de ce fameux Pulitzer, il a l'air bien plus grave que le Guide amoureux...
Je le note sur ma LAL, je n'ai jamais rien lu sur cette dictature et le traitement de la figure féminine me fait penser aux films d'Almodovar alors j'ai bien envie de me faire ma petit idée.
Merci ma Neph !
Commentaire n°3 posté par Caroline le 18/11/2013 à 08h14

Ajoute-le à ta liste, je te le prête la prochaine fois que l'on se verra !

Réponse de Neph le 20/11/2013 à 15h18
 
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