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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 12:04

Enfermé depuis presque trois ans à la prison de Green River pour un viol qu'il n'a pas commis, Klein apprend par la bouche du directeur qu'il sera libéré le lendemain. C'était sans compter sur le coup de folie du directeur, frustré de n'avoir su mener à bien sa mission de réhabilition des milliers d'hommes sous sa garde et qui est bien décidé à les laisser se massacrer en mettant la prison à feu et à sang. Après avoir poussé les hommes à bout et les avoir humiliés dans un discours méprisant, le directeur se retire dans son bureau et observe... Les clans se révoltent : Blancs, Noirs, Latinos se livrent une guerre sans merci dans laquelle Klein se retrouve pris entre deux feux. Médecin bénévole de l'infirmerie, il s'indigne à l'idée que les mutins aillent assassiner dans leurs lits les malades du Sida : à ses risques et périls, s'associant à un prisonnier schizophrène et un gardien un peu secoué, Klein tente de se rendre à l'infirmerie, dans laquelle se trouve en plus coincée le Dr Juliette Devlin, une psychiatre qui se découvre des affinités avec Klein et qui se trouve être la seule femme de toute la prison au milieu de centaines d'hommes en furie. 

 

green-river.jpg

 

Voici un livre qui patientait depuis six mois dans ma PAL après avoir été acheté à Lyon lors du salon Quais du Polar 2010 : dédicacé par son auteur, l'échevelé Tim Willocks, il s'est avéré bien meilleur que ce que j'aurais pu imaginer...

 

Tim Willocks nous plonge dans un milieu carcéral bien plus cru et impitoyable que ce que l'on peut s'imaginer : sévices corporels, humiliations, rapports sexuels forcés, règlements de compte sont monnaie courante entre des prisonniers de deux rangs, dominés et dominants. On assiste impuissants à ces jeux cruels, jouissifs pour les dominants, inévitables pour les dominés résignés. Klein, de par son activité à l'infirmerie, s'est fait respecter et évite de son mieux les prisonniers les plus dangereux. Adepte des arts martiaux, il développe une stricte philosophie de vie et se force à se préserver avant les autres, contrairement à ce que la pratique de la médecine devrait lui commander.

Mais son attirance grandissante pour Devlin le conduit à prendre parfois des risques inconsidérés, et il va devoir laisser s'ouvrir la carapace qu'il s'était construite. Drôle de personnage que ce Dr Devlin, symbole absolu de la féminité, qui transcende son rôle de femme par la multitude de ceux qu'elle doit jouer pour les détenus : collègue, amante, mère, fantasme inaccessible, elle assume toutes ces facettes avec brio dans un contexte excessivement dur et stressant, tant et si bien que les hommes finissent par la trouver aussi dure qu'eux. Le plus beau compliment qu'elle recevra se révèlera être "sacré fils de pute".

 

L'écriture de Willocks, ni complaisante ni racoleuse, trouve le ton juste pour décrire un monde étrange, où les lois n'ont plus cours, où la violence nécessaire est le seul mode de survie adopté par des hommes privés de tout espoir. Willocks décrit aussi bien cette violence que les scènes de passion charnelle : tous les personnages (prisonniers, gardiens, innocents et coupables) semblent vivre dans la même fureur, dans l'instantanéité la plus pure qui leur permet d'échapper à des projections dans l'avenir, parfois bien illusoires.

 

Une lecture marquante que celle de Green River, donc, par petites touches, sans pouvoir absorber tout ce déchaînement de passions d'une traite. Un vrai coup de coeur pour moi, violent et marquant ; une claque monumentale. James Ellroy dit de ce thriller qu'il est "étourdissant. Peut-être le plus grand roman jamais écrit sur la prison".

 

Pimprenelle elle aussi a apprécié sa lecture !

En prime (sans mon prénom), la dédicace de l'auteur, parachevée par la devise latine de la prison, Virescit vulnere virtus (Le courage est renforcé par la blessure) :

 

willocks.jpg

 


 


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Published by Neph - dans W
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commentaires

Stephie 14/09/2010 11:06


Depuis que je l'ai vu chez Pimprenelle, il me fait envie ;)


Neph 18/09/2010 14:28



Alors il ne faut plus traîner ! Un livre de plus ou de moins dans ta PAL :)



pimprenelle 14/09/2010 06:59


Je suis entièrement d'accord avec toi! Ce roman m'avait vraiment remuée, mais en effet, quelle claque!


Neph 18/09/2010 14:27



Les grands esprits ! On a parfois des goûts très ressemblants :)



Constance 13/09/2010 14:01


Ca me tente bien... Ambiance prison break. je ne crache jamais sur un bon polar !!


Neph 18/09/2010 14:27



Prison break, oui, mais version hard !



Melmelie 13/09/2010 13:42


Ouh, mais ça a l'air bien, ça !!


Neph 18/09/2010 14:26



Ca n'en a pas que l'air !



Violette 13/09/2010 09:35


j'ai toujours été fascinée par l'univers carcéral (fascination que je ne m'explique pas d'ailleurs...), je le note, je le note!!!


Neph 18/09/2010 14:26



Il ne m'attire pas trop, moi... Mais là, j'ai été archi convaincue !