Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 13:30

Destinée à devenir la Mère de Béthely, celle qui perpétuera la lignée, Lisbeï est élevée dans le but de célébrer un jour la Danse, cérémonie rituelle qui vise à la procréation avec un Mâle. Mais, en grandissant, Lisbeï se révèle être stérile... C'est sa soeur, Tula, dont elle est si proche, qui va remplacer Selva en tant que Mère. Lisbeï, elle, doit trouver sa nouvelle place. L'exploratrice Kélys va l'y aider et Lisbeï, devenue à son tour exploratrice, va de découverte en découverte. L'une d'entre elle, majeure, va peut-être bouleverser les croyances du Pays des Mères, et la vie de Lisbeï par la même occasion.

 


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Toute nouvelle inscrite sur le Cercle d'Atuan, j'ai été ravie d'accompagner les membres tutélaires du forum dans une de leurs fameuses lectures communes, celle de janvier histoire de bien commencer l'année ! Malgré toute cette bonne volonté, j'ai quand même trouvé quelques désagréments à ma lecture...

 

Le Pays des Mères imaginé par l'auteur fait la part belle aux femmes ; c'est le moins que l'on puisse dire. D'ailleurs, je devrais dire "auteure", même si ce féminin abusif me hérisse le poil : Elisabeth Vonarburg fait de ce procédé la règle grammaticale fondamentale du Pays ! Les accords se font tous au féminin... au point que le mot "chevale" supplante le mot jument ! Il m'a fallu plusieurs bonnes dizaines de pages pour me familiariser avec l'idée, mais les 625 pages du roman ne m'ont pas permis de m'en remettre !

 

Le fonctionnement du Pays des Mères est fondé sur la domination des femmes sur les hommes, relégués au simple rang de procréateurs, et ce pour une faible marge d'entre eux. Les petites filles naissent plus nombreuses que les petits garçons et, en grandissant, les jeunes femmes n'imaginent pas un seul instant se lier d'amitié avec eux, ni même les côtoyer. Drôle de fonctionnement, mis au point après des siècles d'abus perpétrés contre les femmes et que l'on comprend au fur et à mesure l'Histoire du Pays se dessine devant nous :  Harems, Ruches, nombreux sont les systèmes d'Etat abandonnés au profit de celui-ci qui, enfin, fait des femmes le sexe au pouvoir, et ce à tous les rangs et places de la vie quotidienne comme au plus haut de l'Etat.

Toute l'éducation procède d'une préservation coûte que coûte des enfantes (sic !) qui, fruits des relations règlementées entre Rouges (femmes et hommes en bonne forme et en âge de procréer), sont éduquées loin de leur mère respective : ce terme même est inusité et les enfantes sont élevées par des nourrices. Pire encore : "Les enfantes sont élevées à l'écart, en garderie jusqu'à sept années, comme chez les Juddites les plus strictes. "Mosta", non-personnes, jusqu'à sept années [...] Pratiquement pas d'éducation avant sept années non plus, bien entendu ! "Moins les mosta en savent, moins elles en perdent si elles doivent rejoindre Elli"". Voilà qui est terrifiant : on n'éduque pas les enfant(e)s avant sept ans, des fois qu'ils/elles meurent en bas âge et que leur savoir soit ainsi perdu !

Si des références multiples évoquent au lecteur son propre monde dont il reste quelques traces à l'époque du Pays des Mères, la société mise au point possède des défauts qui m'ont semblé rédhibitoires à l'épanouissement de la majeure partie de ses membres. Par ailleurs, la réglementation absolue des relations charnelles amène à une incompréhension de la sexualité, au point qu'aucune des relations dont on sera témoin dans l'ouvrage n'échappe à l'inceste ou à une violence sous-jacente, physique ou morale et consistant alors en une grande méconnaissance de l'autre. Je crois que cela a été le point le plus difficile à surmonter au fur et à mesure de ma lecture.

 

Seuls les efforts de Selva pour contrecarrer, à sa modeste échelle, des traditions séculaires qu'elle juge douloureuses ou dépassées, ont trouvé grâce à mes yeux. Lisbeï est un personnage torturé, marqué au fer rouge par la séparation forcée d'avec sa soeur Tula : malgré les réussites, jamais elle ne s'épanouit complètement et sans arrière-pensée. Elle grandit et évolue, certes, sans échapper pourtant à un ressentiment qui la dépasse. Lisbeï, une héroïne tragique ? Elle en possède clairement quelques caractéristiques...

 

Les réticences que j'ai mentionnées ont fini par avoir raison de mon intérêt pour l'ouvrage : j'ai traîné pour lire les deux cents dernières pages... Peut-être suis-je encore trop néophyte en terme de SF : en tout cas, la complexité de l'univers mis au point par Elisabeth Vonarburg n'a pas réussi à me charmer, ni ses personnages. Mais ça a au moins été l'occasion de lire l'ouvrage d'un auteur dont j'ai appris qu'elle avait été professeur de français, elle aussi, et même pas très loin de chez moi !

 

Les avis des lecteurs du Cercle : Tortoise, ... [à venir].

 


 


Par Neph - Publié dans : V - Communauté : La littérature au féminin
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Commentaires

Parfois certains auteurs prennent des exemples pour démontrer une idée. Ici le matriarcat absolu prend la place du patriarcat absolu. C'est peut-être une sorte d'antithèse et il faudrait passer ensuite à la synthèse, c'est la règle des utopies, de ces récits qui fonctionnent comme des démonstrations ou des avertissements. Voilà par exemple ce qu'il ne faut pas faire pour remplacer le patriarcat. Et cela suscite cette réaction chez le lecteur. Ce que tu en dis est très intéressant. Dommage que le livre ne soit pas plus passionnant.
Commentaire n°1 posté par Anis le 06/02/2012 à 19h21

Merci Anis. Oui, le postulat de départ était intéressant, mais l'ensemble était trop lourd pour moi !

Réponse de Neph le 26/02/2012 à 12h42
Pour ma part j'ai beaucoup aimé ce roman foisonnant. Une vraie découverte.
Commentaire n°2 posté par Choupynette le 06/02/2012 à 21h42

Il en a ravit plus d'une ! Ca n'a juste pas vraiment marché avec moi !

Réponse de Neph le 26/02/2012 à 12h42
J'ai beaucoup apprécié ma lecture, même s'il est vrai que la lecture n'est pas des plus faciles.

Comme toi, la féminisation à outrance m'a perturbée au début, mais je m'y suis quand même accoutumée relativement rapidement !

J'espère que même si tu n'as pas été totalement satisfaite par ta lecture, tu ne regrettes pas ta première lecture au sein du forum, et que plein d'autres suivront !
Commentaire n°3 posté par Olya le 07/02/2012 à 10h38

J'étais même à deux doigts de quitter le pays après une telle déception... Meuh non, vous allez devoir me supporter encore !

Réponse de Neph le 26/02/2012 à 12h43
merci pour ton billet car la couverture aurait tendance à me faire fuir.
Commentaire n°4 posté par Theoma le 08/02/2012 à 11h12

Et encore, il y a bien piiiiire !

Réponse de Neph le 26/02/2012 à 12h55
J'espère que tu t'es remise de tes désagréments grammaticaux.
Commentaire n°5 posté par Alex-Mot-à-Mots le 11/02/2012 à 18h37

J'ai l'air un peu psycho-rigide, non ?

Réponse de Neph le 26/02/2012 à 12h55
Ah moi aussi je déteste le mot "auteure". J'ai au pays des mères dans ma PAL. Il faut absolument que je le remonte
Commentaire n°6 posté par Val le 17/02/2012 à 16h37

Je ne suis pas sûre de t'avoir beaucoup aidée, alors !

Réponse de Neph le 26/02/2012 à 13h05
Dans ma pile, celui-là... Offert et clairement porté aux nues par ma copine Yueyin. J'ai pu rencontrer l'auteur(e) à plusieurs reprises dans des soirées (bon, moi je me souviens de lui avoir parlé hein... elle, elle n'a aucune idée de qui je suis)... elle habite à quoi... 15 minutes de chez moi!
Commentaire n°7 posté par Karine:) le 22/02/2012 à 16h41

Oh là là, mais tu vis en immersion parmi les staaaars ! Je propose que tu passes à l'action, et que tu fasses dédicacer ton exemplaire !

Réponse de Neph le 26/02/2012 à 13h20
Jamais réussi à terminer ce livre, quel ennui, beaucoup trop démonstratif à mon goût.
Commentaire n°8 posté par SBM le 24/02/2012 à 21h19

J'ai tenu bon, mais ai expédié la fin bien plus rapidement que le début... Hum !

Réponse de Neph le 26/02/2012 à 13h21
ta chronique est très intéressante ! je pense que ça me plaira parce que j'adore cet idée d'un excès inverse avec une domination féminine. Après bon je crains aussi le côté indigeste mais je pense essayer. Merci pour ton éclairage !
Commentaire n°9 posté par Lael le 02/03/2012 à 14h32
 
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