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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 10:59

A soixante-dix ans passés, Robert Zimmerman, plus connu sous son nom de scène, Bob Dylan, se penche sur le chemin parcouru depuis son arrivée à New York en 1961. Débarquant du Midwest, il multiplie les rencontres, se laisse influencer par les styles de ses prédécesseurs, chante, joue, chante et chante encore. Dans le premier volume de ses Chroniques, il raconte aussi bien des souvenirs d'enfance que ses débuts, ses enregistrements, ses périodes de doute...


"Je suis né au printemps 1941. La Deuxième Guerre mondiale faisait rage en Europe et l'Amérique devait bientôt y prendre part. Le monde volait en morceaux, et déjà le chaos fichait son poing dans la figure des nouveaux venus. Si l'on était arrivé à cette époque, si l'on vivait avec les yeux ouverts, on sentait le vieux monde disparaître et le nouveau balbutier. Comme si l'on avait remis l'horloge à l'heure où av. J.-C. est devenu ap. J.-C." (page 43)


bob-dylan.gif

 

Si vous m'aviez demandé qui était Bob Dylan avant la lecture de ce livre, je vous aurai sûrement dressé le portrait d'un vieux chanteur aux cheveux longs, une légende de son temps aux tubes innombrables, sans pouvoir vous en citer trois de suite (j'ai déjà honte, ne me fouettez pas). Je me trompais, évidemment. "J'étais, disait-il [John Hammond, dénicheur de talents], l'héritier d'une longue tradition : jazz, blues et folk. Pas une espèce d'enfant prodige qui voudrait changer le monde avec son gadget à la mode." (page 14)


A travers ces Chroniques, ce n'est pas tant son oeuvre que Dylan raconte mais sa "construction" en tant que chanteur. On comprend la force, la puissance et l'importance qu'a pour lui la folk : "Les folk-songs, pour moi, ce n'était pas du divertissement. Elles traduisaient des réalités différentes, elles me servaient de précepteur, de guide vers une république d'un  autre ordre, une république libérée." (page 52), ou encore "D'une dimension plus éclatante, la folk music dépassait la réalité et l'entendement. Elle vous tirait par le petit doigt, et elle était capable de vous engloutir complètement. Je me sentais chez moi dans ce royaume mythique. On y rencontrait des archétypes, dessinés à traits vifs, des personnages métaphysiques couverts d'une peau humaine, débordant d'un savoir inné et d'une sagesse profonde, exigeant chacun une forme de respect. J'adhérais à tout l'éventail et je pouvais le chanter. Cette vision de la vie était plus vraie que la vie elle-même. Elle y était magnifiée. La folk music était tout ce dont j'avais besoin pour exister." (page 313) Dylan se révèle poète tant dans ses écrits que dans ses chansons. 

 Il explique comment tel ou tel titre lui est venu mais l'essentiel du volume est consacré aux rencontres déterminantes ou influentes sur sa vie et son style. Ces rencontres, parfois simplement auditives (il raconte comment l'écoute de certains chanteurs l'ont laissé sans voix), amènent petit à petit Bob Dylan à savoir qui suivre, qui écouter, qui reprendre. Woody Guthrie occupe, hante la majorité du livre, vénéré par Dylan. Et puis, après l'influence des autres, Dylan crée son propre style : "Quant à moi, tout en conservant les harmonies simples du folk, j'ai superposé une imagerie neuve, une autre manière de voir, des slogans et des métaphores qui, par leur ordonnance propre, ont formé quelque chose d'inconnu jusque là." (page 95). La colère gronde lorsqu'on veut le faire passer pour le porte-parole d'une génération.

 

Malgré la présence d'un lexique à la fin de l'ouvrage, les références à des titres folk du patrimoine américain ou à des chanteurs folk des années quarante à soixante restent absolument obscures pour une novice comme moi, mais on plonge dans un univers tellement dépaysant et mélodieux, lointain mais en même temps si bien raconté qu'on regretterait presque de ne l'avoir pas connu que tous ces chanteurs inconnus nous deviennent presque familiers. Dylan nous emmène avec lui à Manhattan, bar après bar, à la rencontre de toutes ses idoles, tombées dans l'oubli ou reconnues mondialement, à l'heure où elles ne chantaient encore que pour leur public new-yorkais.

 

 

 

Merci à l'équipe de Livraddict pour ce partenariat avec les éditions Folio !

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Published by Neph - dans D
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commentaires

Pascal 23/02/2011 15:40


La musique de Bob Dylan est très difficile à apprécier, car les périodes se suivent et ne se ressemblent pas. Il y a le folk singer des années '60 (acoustique, harmonica, brut), le musicien plus
rock électrique ensuite, et quelques albums où les genres varient entre chanson, country voire gospel. Pour le côté roots, le premier disque (avec "House of the risin' sun") est indispensable : du
talking blues vif, fougueux. Au milieu de sa carrière, le disque "Desire" est un clin d'œil à "sa Tziganie". Deux exemples, pour moi, d'albums aussi différents qu'excellents.


Neph 25/02/2011 15:18



Alors je note ces deux références ! Il est justement bien difficile de savoir vers quelle partie de l'oeuvre se tourner lorsqu'on n'y connaît rien !



souris philippe 26/11/2010 19:09


Pour ceux qui ont lu le livre de Bob Dylan et qui ne connaissent pas les nombreuses références musicales qu'il y fait,il y a un cd, intitulé lui aussi chroniques,qui est sortit peu après le livre
et qui présente tous les chanteurs qu'il cite.
Pour moi qui suis un fan absolu c'est un complément idéal.


Neph 09/12/2010 10:21



Merci beaucoup pour cette précision !



laurette maillet 26/08/2010 09:56


bonjour,

vous avez fait l'erreur courante qui consiste à croire que Bob Dylan est son nom de scène mais Bob né : Robert Zimmerman à officiellement CHANGE son nom en Dylan. Je peux vous assurer que sur son
passeport figure le nom Dylan. Et tous ses enfants sont nés Dylan ; la preuve son fils Jakob qui est aussi un chanteur à pour nom : Jakob Dylan.
merci de rectifier!


Neph 29/08/2010 21:11



Je vous crois avec plaisir. Je n'ai fait que me fonder sur la façon dont Bob Dylan présente le cheminement qui lui a permis de devenir Bob Dylan !



mango 18/08/2010 10:35


Je ne lirai peut-être pas le livre mais merci en tout cas pour cette chanson !


Neph 18/08/2010 12:11



Hihi, c'est un cadeau de la maison !



Ys 18/08/2010 09:58


Pas faciles toutes ces références quand on lit ce genre de biographie. C'est pour ça que les documentaires vidéo sont quand même beaucoup plus abordables parce que finalement, quand un titre est
cité, on croit qu'on ne le connait pas, mais à l'entendre, on se rend compte que si.


Neph 18/08/2010 12:11



L'ayant lu en vacances, je ne pouvais pas non plus me référer à chaque fois à Internet ou à Youtube pour trouver les explications que j'aurais aimées. Mais je trouve
souvent les documentaires vidéo trop longs lorsqu'ils se consacrent à un artiste : ici, le livre a l'avantage de ne pas respecter scrupuleusement la chronologie mais de fonctionner par
anecdotes.